Faut-il apprendre à écrire plus tôt à l'école?

Faut-il apprendre à écrire plus tôt à l’école?
Faut-il apprendre à écrire plus tôt à l’école? - © FRED DUFOUR - AFP

Les élèves belges ont du mal avec la lecture. C’est ce qui ressortait de l’enquête internationale Pirls publiée en décembre 2017. La Belgique faisait d’ailleurs partie des derniers de la classe européenne selon cette étude qui évaluait les capacités de lecture des élèves de 4e primaire. Une équipe de chercheurs de Liège s’est penchée sur ces résultats et constate que les enfants ont en réalité du mal à formuler leur pensée en mots. L’écriture serait donc elle aussi problématique. 

Lorsqu’il s’agit de reconnaître des mots ou des éléments dans un texte, les élèves francophones s’en sortent. Le problème se situerait plutôt au niveau des "questions ouvertes", ces interrogations qui nécessitent de construire un raisonnement et de le traduire en mots. Si bien, que de nombreux élèves ne répondraient carrément pas à la question posée, explique Patricia Schillings, professeure à la faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de l’ULiège, au micro de Soir première.

Tous concernés

C’est le cas en 4ème primaire, comme épinglé dans l’enquête Pirls et analysé par les chercheurs de Liège, mais ce problème se retrouve aussi dans le secondaire. Françoise Chatelain, professeure à l’ULB l’assure : "L’inférence est le problème des élèves : ils parviennent à reconnaître ce qui est écrit, mais interpréter et mettre en relation des éléments qui se trouvent à des endroits divers d’un texte, c’est difficile pour eux... encore a 15 ans". Or cela a des conséquences bien au-delà du cours de français : comprendre une consigne est indispensable dans toutes les disciplines, et même au-delà du système scolaire.

Comment expliquer cette difficulté ? Pour la chercheuse liégeoise, une piste d’explication se trouve dans l’apprentissage consécutif de la lecture et de l’écriture. Les élèves apprennent d’abord à lire, et seulement ensuite à écrire. Or les deux sont liés, explique Patricia Schillings, et devraient donc être davantage mêlés. De plus, ce sont les codes de l’écriture qui sont enseignés avant tout (les lettres, la formation de mots et de phrases par exemple) alors que la priorité devrait être mise sur le sens, sur la communication, sur la production d’un message, estime la professeure de l’ULiège.

Écrire plus tôt…

Alors ne faudrait-il pas enseigner l’écriture plus tôt aux écoliers ?  C’est une évidence pour Patricia Schillings : les élèves devraient être en contact avec une forme d’écriture au plus vite, pour qu’ils en comprennent la logique. Cela pourrait d’ailleurs également en aider certains qui ont des difficultés en lecture, explique-t-elle.

Françoise Chatelain participe à l’élaboration des socles de compétences pour le français dans le cadre du Pacte d’Excellence et avance qu’à l’avenir les élèves devront faire preuve de compétences en matière d’écriture dès la première primaire. "On ne leur demandera pas une dissertation, mais un enfant qui veut choisir une activité plutôt qu’une autre doit pouvoir expliquer son choix. En fin de première primaire, un enfant devra être capable d’écrire une phrase qui ait du sens, en autonomie" explique-t-elle.  Il n’est pas question d’orthographe ou de grammaire, mais l’écolier devra montrer qu’il a compris la logique de l’écriture, même si lui n’en maîtrise pas encore totalement la technique.  

… et écrire plus

Pour développer un goût pour l’écriture, et en comprendre la logique, les élèves devraient donc écrire bien plus souvent.  Et cela ne doit pas forcément se répercuter sur la charge de travail de l’enseignant, insiste Patricia Schillings, puisque tout ne doit pas être corrigé. "Un auteur écrit énormément de choses mais il ne va choisir peut-être qu’un seul texte qu’il va alors toiletter, peaufiner" dit-elle.

Sans ses contraintes orthographiques et grammaticales (laissées de côté pour un temps), l’écriture pourrait alors réellement devenir un plaisir.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK