Fausses locations à la Côte belge : comment une fille et sa mère ont escroqué plus de 100 personnes via 2ememain

Cet article a été modifié en date du 26 avril 2021.

Derrière la promesse d’un appartement sur la digue avec vue sur la mer, une escroquerie particulièrement bien organisée. Deux femmes, une mère et sa fille, originaires du Brabant wallon, étaient poursuivies ce lundi par le Tribunal correctionnel de Nivelles. Elles sont accusées de faux en écriture, usages de faux, faux informatiques et escroqueries, pour avoir mis en location des biens fictifs situés sur la Côte belge. Le parquet du Brabant wallon dénombre 48 victimes au total… Le duo, O. et J., avait déjà été condamné en novembre 2019 dans un dossier similaire pour lequel 69 victimes ont été recensées.

J’ai toujours eu des doutes par rapport à certaines annonces mais là…

Mohamed, 46 ans, est Bruxellois a été l’une des victimes du duo. S’il bosse dans l’informatique et est au fait des petites combines du web, il est tombé dans le panneau, l’illusion ayant été tellement parfaite. Il était présent ce lundi devant le tribunal tout comme des dizaines d’autres victimes.

Tout débute à quelques jours du week-end de Pâques 2019, entre les 19 et 22 avril. Il va faire chaud, très chaud. Mohamed, son épouse et leurs trois enfants veulent s’offrir une escapade bien méritée à la mer. "Je me suis mis en quête d’une location saisonnière", raconte-t-il à la RTBF. C’est sur le site 2ememain.be qu’il pense avoir trouvé son bonheur. Une annonce l’attire, il prend contact. "On me dit que l’appartement est loué mais on me transmet les annonces d’un autre propriétaire."

Mohamed communique par chat et mail avec ce dernier qui dispose "d’un appartement à Coxyde, sur la digue. L’appart était sympa." Le bien est situé au rez-de-chaussée d’un immeuble et compte deux chambres. Idéal pour la petite famille. Le deal est conclu.

350 euros pour quatre jours

Mais Mohamed reste tout de même méfiant. Il veut procéder à quelques vérifications : il s’apprête à verser 350 euros (dont 150 euros de garantie) pour quatre jours sur place. "J’ai toujours eu des doutes par rapport aux annonces qui sont postées sur 2ememain.be", explique-t-il. "Je préfère d’autres sites où la sécurité est plus grande avec des authentifications d’identité, etc. Mais j’ai déjà eu des expériences positives également. Et puis là, j’ai vérifié une série de choses qui me semblaient correspondre à la réalité."

Mohamed effectue ainsi une recherche au niveau des photos de la location. "Je découvre que le bien est également proposé sur le site Internet d’une agence qui a pignon sur rue à Coxyde et les photos sont identiques." Premier point rassurant. Autre élément : sur le site de l’agence, l’appartement est disponible aux dates choisies par Mohamed. "Je me suis dit : l’agence n’est pas parvenue à le mettre en location. Et en dernière minute, le propriétaire le loue en direct. Tout cela me semble plausible."

Le contrat de location est envoyé par mail. Mohamed, toujours soucieux, passe au crible l’adresse du propriétaire. "C’est une maison qui est en vente. C’est toujours plausible." Mohamed a signé le contrat et veut le renvoyer. "On me dit qu’il n’y a pas de souci et que je peux le remettre sur place." Encore un signe de confiance envoyé par le bailleur qui annonce qu’il sera présent à la remise des clés.

L’adresse du bien fait tout de même tiquer Mohamed. Mais pas assez pour renoncer à son weekend. "Je ne retrouve pas l’adresse à Coxyde. Mais le "propriétaire" me rassure en me disant qu’il y a l’adresse officielle et le nom que les habitants de la ville donnent à la place en question." Un genre de lieu-dit. "C’est possible."

Je tourne, retourne, reretourne : je ne trouve pas l’adresse

Nous sommes vendredi et la famille prend le départ pour la mer. La voiture est chargée, tout le monde se réjouit de profiter de l’air frais et des activités sur la plage. Mais le père de famille reste méfiant, comme tout qui aurait versé une somme d’argent pour un service qu’il n’a pas encore consommé. "Depuis un dernier contact la veille, après la confirmation du paiement, plus de nouvelles !" Et si c’était une arnaque ? "Une autre particularité : les contacts se faisaient par mail, pas par téléphone." La E40 est avalée après une heure et trente minutes, place à la localisation de l’appartement.

"Je tourne, retourne, reretourne en rond comme un âne : je ne trouve pas l’adresse. Ça ne correspond pas." Après quelques minutes, Mohamed parvient enfin à trouver l’endroit, sur base des photos de l’annonce. "J’y croise une dame qui fait le nettoyage. Je lui dis que je viens pour l’appart. Elle me dit qu’il est libre et donc pas loué." Ni Mohamed, ni pour personne.

J’étais dégoûté

"Par chance, je croise une personne dans une voiture de l’agence immobilière où j’avais vu la même annonce. Je lui explique la situation. Et là elle me dit que le contrat n’est pas bon, que ce n’est pas le vrai propriétaire, que j’ai été visiblement victime d’une arnaque." Mohamed est "dégoûté. J’étais avec les enfants, on était fatigués. Le weekend à la mer tombe à l’eau. Il va falloir rentrer. On se sent mal en fait."

L’agence immobilière prend le dossier en main et annonce à Mohamed qu’elle va porter plainte. "Elle me conseille de le faire également. Mais je n’avais pas la tête à cela." Mohamed est las : il ne se fait guère d’illusion. "Allais-je récupérer mes 350 euros ? Il fallait prendre un avocat, aller en justice…" La victime craint de devoir perdre de l’argent en longues procédures judiciaires.

Quelques jours plus tard, l’agence le rappelle et lui donne les coordonnées d’un commissaire de Coxyde en charge du dossier. Mohamed l’appelle. "Mauvaise expérience : il ne voulait s’exprimer qu’en néerlandais et n’a fait aucun effort pour m’écouter."

Une fausse assistante sociale d’Anderlecht

Les mois passent. "Je reçois alors une convocation pour me présenter à la police de Wavre, en Brabant wallon. Je procède à une déposition et on me dit que je ne suis pas la seule victime et que les organisateurs de cette arnaque ont été repérés."

Près de deux ans après les faits, nouvelle convocation. "Il y a quelques jours, je reçois un courrier m’invitant à me présenter ce lundi 11 mai au Tribunal correctionnel de Nivelles." Mohamed et près de 50 autres victimes vont se retrouver face aux escrocs dont le profil surprend : une mère et sa fille qui proposaient de locations fictives pour les montants allant de 75 à plus de 800 euros ! Le montant total des arnaques s’élèverait à environ 15.000 euros !

Ma cliente est en aveux complets

Des fausses locations ont été conclues durant quatre années, de 2016 à janvier 2020. On l’a dit, un premier procès par défaut a eu lieu en novembre dernier portant sur 69 faits. O. a été condamnée à trois ans ferme. Et malgré la peine, les arnaques ont continué. C’est l’arrestation d’O., 30 ans, en février dernier, qui mettra un terme définitif à ce cycle infernal. Les victimes sont originaires de tout le pays et une bonne trentaine était présente ce lundi au tribunal correctionnel. O. se faisait passer pour une fausse propriétaire mais également pour une assistance sociale du CPAS de la commune d’Anderlecht.

"Ma cliente est en aveux complets. Elle ne saurait rien contester vu qu’il y a des traces de versements sur des comptes bancaires qu’elle a elle-même créées.", explique Maître Thomas Puccini, avocat d’O. qui a plaidé, pour ce dossier ainsi que le précédent, le sursis avec conditions. Lesquelles ? Un suivi psychologique voire psychiatrique. Sa cliente a un travail mais exprime le besoin inexplicable d’avoir de l’argent, encore de l’argent, toujours plus d’argent. Cette arnaque lui a permis d’améliorer son train de vie au détriment de dizaines de personnes.

"Mais elle n’était pas folle", s’offusque Mohamed. "Elle savait très bien comment gagner la confiance de ses victimes. Il y avait tout un stratagème derrière ses arnaques. Souvenez-vous : c’est via une première annonce qu’on me conseille une deuxième, celle dans laquelle je vais tomber. Je pense que l’auteure de l’arnaque était la personne qui se cachait aussi derrière la première annonce."

Jugement prévu le 8 juin

Concernant la mère, J., la justice doit maintenant déterminer précisément son rôle. Elle était titulaire des comptes sur lesquels les sommes versés par les locataires transitaient.

Le parquet requiert deux ans de prison ferme pour O. et 12 mois pour J.. Jugement prévu le 8 juin.

Selon nos informations, un troisième dossier devrait prochainement arriver entre les mains de la justice, avec ici aussi des dizaines de nouvelles victimes.

Précisons enfin, comme nous l’indique le parquet du Brabant wallon que "les intéressées ont déjà fait l’objet de poursuites pour des faits de faux et usage en 2013".

Peine

Le 8 juin, la peine de la troisième chambre correctionnelle du Brabant wallon est tombée, concernant la fille O.. Les deux dossiers ont été joints (dont le jugement du 27 novembre pour lequel la prévenue était en opposition).

Une peine d'un an avec sursis probatoire pour ce qui excède la détention préventive a été rendue. Pour l'opposition, le tribunal l'a déclarée non avenue. La peine de trois ans prononcée le 27 novembre 2019 est donc maintenue.

Appel n'a pas été interjeté. O. a été admissible au bracelet électronique. Elle est sortie de prison en juillet 2020. 

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