Coronavirus en Belgique: familles précarisées, malades chroniques, les oubliés du confinement

Familles nombreuses, malades chroniques : parole aux oubliés du confinement
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Familles nombreuses, malades chroniques : parole aux oubliés du confinement - © Tous droits réservés

Sur les réseaux sociaux, des milliers de vidéos "en mode confinement" sont partagées. Activités dans le jardin avec les enfants, ateliers cuisine dans de grandes maisons lumineuses.

Mais qu’en est-il de ceux qui vivent à 5, 6 ou 7 dans un petit appartement sans le moindre espace vert ? Qu’en est-il de ceux qui sont atteints de maladies chroniques et qui se voient brutalement privés de leurs soins médicaux et de leur aide psychologique ?

Témoignages d’oubliés du confinement

Confinés à 7 dans un appartement de 80 mètres carrés

Derrière les fenêtres de cet immeuble, l’appartement de Fatima et de ses cinq enfants. Ils vivent à sept dans un appartement 3 chambres, 80 mètres carrés, sans jardin.

"Si on avait juste une petite cour pour s’oxygéner, ça changerait beaucoup de choses", explique Fatima.


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Les enfants ont entre 4 et 19 ans. Aucun d’entre eux n’a sa propre chambre. Le temps est long. "On fait les devoirs, quelques bricolages avec ce qu’on a, et puis forcément ils sont devant la télévision, on ne sait pas faire autrement".

"La peste ou le choléra"

Youness, 28 ans, vit dans un logement social insalubre avec ses parents et son frère.

"Ma fenêtre est cassée depuis des mois, on ne sait pas l’ouvrir. Il y a des problèmes d’aération. Il y a des dégâts des eaux qui rendent parfois l’air irrespirable. C’est très dur de ne pas pouvoir sortir"

On n’a pas de jardin, pas de balcon […] Mon père passe toutes ses journées dans son lit.

"Même faire du sport, on n’a pas la place pour. Et quand on veut un peu sortir en respectant les règles, la police vient directement nous embêter et faire des contrôles abusifs", détaille Youness.

On doit choisir entre la peste et le choléra. Soit on reste confiné dans un espace insalubre, soit on sort et on risque d’attraper cette maladie… Ou de subir l’oppression de la police.

"La crise sanitaire s’ajoute à la crise sociale"

"On s’est toujours senti oublié dans les quartiers. Mais avec la crise du coronavirus, on se sent encore plus oublié".

Dans les quartiers précarisés, la crise sanitaire est encore pire ! Déjà de base, on a une crise sociale. Et maintenant avec cette crise sanitaire, on a une crise morale.

Selon Youness, les cas de dépression risquent d’augmenter. "Les gens pètent des câbles. Plus de dépressions, plus de colère… Je crains que si ça continue, ça devienne une sorte de chaos car l’instinct primaire risque de ressortir".

"Il faut prendre son mal en patience"

Autre témoignage : celui de Laura. Elle vit dans une cité sociale dans le Hainaut, avec son mari et ses quatre enfants. "On est les uns sur les autres. Heureusement, on a un petit jardin ! Mais c’est vrai que je n’ai plus de temps pour moi. Mes enfants et mon mari sont toujours autour de moi."


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Laura souffre de troubles bipolaires. "Heureusement que mon état s’est stabilisé ! Si j’avais été dans l’état que j’ai connu il y a quelques années, je ne sais pas comment j’aurais traversé ça !".

Je pense aux gens qui ont des troubles bordeline comme moi, et qui ne sont pas stabilisés. J’ai peur pour ces gens-là. Peur que les tentatives de suicide augmentent

Malgré tout, Laura se rend bien compte que la situation sanitaire exige ce confinement. "Il faut vraiment rester chez soi et prendre son mal en patience" martèle-t-elle.

Laura et son mari, tous deux en arrêt maladie, ne vivent qu’avec 1600 euros par mois, hors factures, avec quatre enfants à nourrir. "Financièrement, c’est compliqué. Mais pour les enfants, il existe beaucoup d’idées d’activités gratuites et de sites éducatifs sur internet. Heureusement, nous restons très soudés".

"Mon fils et moi avons une maladie orpheline et n’avons plus de soins !"

D’autres souffrent davantage de l’isolement. C’est le cas de Virginie. Elle vit seule dans une petite maison de Beaumont avec son fils de 14 ans. Tous deux sont atteints d’une maladie orpheline : le syndrome d’Ehlers Danlos.

Ils nécessitent un suivi médical et psychologique. Mais le coronavirus est venu changer la donne.

"C’est un coup de massue. Toutes les consultations sont suspendues, aussi bien pour le suivi physique que psychologique. On se sent seuls et oubliés".

En raison de cette maladie orpheline, Virginie a dû interrompre sa carrière, et son fils ne va plus à l’école depuis plusieurs mois. Le peu de contacts sociaux qu’ils avaient sont désormais impossibles. "On se sent vraiment à l’abandon. C’est comme une prison dorée. On a la télévision, les réseaux sociaux, mais au bout d’un certain temps, ça devient difficile à gérer".

A cause de leur maladie rare, Virginie et son fils sont des personnes à risque. Elle ne peut donc pas aller faire ses courses elle-même. "Heureusement, l’aide familiale fait les courses pour nous une fois par semaine".

Virginie nécessite aussi une aide ménagère. Mais elle a dû faire une croix dessus, confinement oblige.

Tous sont conscients de la situation inédite que nous traversons, et tous respectent à la lettre les mesures de confinement.

Mais tous espèrent une chose : que cette situation durera le moins longtemps possible. Il en va de leur équilibre mental, mis à rude épreuve ces dernières semaines.