Famille nombreuse, couple moins heureux ? Les mamans sont en tout cas en première ligne

Les familles nombreuses rendraient-elles les parents moins heureux ? C’est ce que suggère une étude scientifique menée dans une trentaine de pays. Plus on a d’enfants, plus le bonheur du couple serait mis à mal. Surtout quand on est une femme athée avec des diplômes. Retour sur ces trois variables – le genre, la religion, l’éducation – avec Moïra Mikolajczak, psychologue experte en burn-out parental.

L’étude est internationale, publiée dans la revue scientifique Plos one. Elle a été menée dans une trentaine de pays par des psychologues de l’université de Wroclaw en Pologne. Au total, 7000 personnes ont été interviewées, visiblement des couples hétérosexuels. Le premier résultat montre que plus ils ont d’enfants, plus le bonheur conjugal est impacté négativement.

4 images
Evolution de la taille des ménages privés en Wallonie (indice 1992 = 100) © Iweps https://www.iweps.be/indicateur-statistique/nombre-et-taille-des-menages/

Un résultat que vient nuancer Moïra Mikolajack. Cette psychologue et chercheuse de l’UCLouvain a également mené une étude internationale avec sa consœur Isabelle Roskam. Elles se sont intéressées aux parents surchargés, au burn-out parental. Si ce n’est pas tout à fait la même thématique que le bonheur conjugal, les deux sont liés. "On sait que le burn-out parental engendre des conflits dans le couple. Quand il y a burn-out, l’un fait souvent des reproches à l’autre." Et puis, le résultat est le même : des parents stressés, des parents pas heureux.

Le nombre d’enfants joue très peu par rapport au burn-out parental

"Le nombre d’enfants joue très peu par rapport au burn-out parental", nous dit-elle. "Les résultats de l’étude publiée dans Plos One sont plus intuitifs : s’il y a plus d’enfants, il y a moins de temps pour le couple. Or il faut quand même un peu de temps pour que les partenaires puissent s’épanouir dans leur vie conjugale et être satisfaits de celle-ci."

Le facteur temps pourrait donc être une explication aux résultats de l’étude publiée cette semaine. "Si vous avez plus d’enfants, vous avez moins de temps pour votre couple. Le soir, si vous avez un seul enfant à mettre au lit, que ça prend 20 ou 30 minutes, après cela, vous pouvez redescendre avec votre conjoint-e. Si vous avez 5 enfants, c’est d’autant plus de temps consacré à la mise au lit. Donc il reste peut-être moins de temps pour le couple."

Quand on est une femme

Là où les résultats de la chercheuse néo-louvaniste rejoignent ceux des psychologues de Pologne, c’est sur le facteur genre. Selon l’étude de l’université de Wroclaw, ce sont surtout les mamans de familles nombreuses qui sont le plus touchées négativement par la taille de leur tribu. Ce sont en effet sur elles que les tâches quotidiennes retombent le plus alors que les papas s’occupent surtout des activités récréatives, expliquent les scientifiques.

Cliché ? Peut-être. Vérifié ? Sûrement. Dans le graphique ci-dessous, c’est assez clair : ce sont deux fois plus les femmes que les hommes avec de jeunes enfants qui ajustent leur emploi du temps pour concilier boulot et vie de famille. Nous sommes en Belgique. Les chiffres sont publiés en 2020 par l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes.

4 images
18-64 ans qui sont actif-ve-s professionnellement, qui ont de jeunes enfants et qui indiquent avoir fait des ajustements concrets au niveau du nombre d’heures de travail, des tâches, du travail, de l’employeur, des régimes de congés, etc. © Institut pour l’égalité des femmes et des hommes https://igvm-iefh.belgium.be/sites/default/files/downloads/135_-_factsheet_conciliation_vie_privee_vie_prof.pdf

Dans ce deuxième graphique de l’Institut, on peut voir que c’est bien le soin et la garde des enfants qui est la première cause de mise à temps partiel des femmes.

4 images
18-64 ans qui travaillent à temps partiel et qui en indiquent la raison principale. Source : Statbel, Enquête sur les forces de travail 2019. © Institut pour l’égalité des Femmes et des Hommes https://igvm-iefh.belgium.be/sites/default/files/downloads/135_-_factsheet_conciliation_vie_privee_vie_prof.pdf

Un temps partiel qui, on le rappelle, n’est pas sans conséquence sur le salaire et sur le montant de la future pension comme le souligne l’Institut dans sa note. "Le fait que les femmes travaillent plus souvent à temps partiel que les hommes ne constitue pas une discrimination en soi. C’est cependant un symptôme de l’inégalité dans la répartition des tâches de soins. Il s’agit de l’un des obstacles majeurs à l’égalité de genre sur le marché du travail et de l’une des principales causes de l’écart salarial."


►►► Lire aussi : Les femmes ont toujours plus de mal à concilier boulot et vie de famille


Mais revenons à notre indicateur bonheur. Le fait que les femmes soient davantage touchées par une vie de famille nombreuse n’étonne guère notre spécialiste en burn-out parental. "Parmi les parents en burn-out, nous avons compté deux tiers de mères dans des pays 'égalitaristes' comme les nôtres. Dans des pays non-égalitaristes, on frise les 100% de mères parmi les mamans en burn-out. Et ce n’est pas étonnant car même dans les pays égalitaires, les femmes prennent encore 65% de la charge parentale sur leurs épaules. Et il est vrai qu’il existe encore des différences de genre qui font que les papas s’occupent plus des activités récréatives."

Quand on est éduquée

Heureux les simples d’esprit ? Les résultats de l’étude polonaise montrent en tout cas que les parents de familles nombreuses ayant un plus haut niveau d’éducation ont plus de mal à être heureux dans leur couple.

Là encore, c’est un facteur qui revient aussi dans le burn-out parental : plus les parents sont éduqués, plus ils sont soumis au stress. Le stress d’être un bon parent.

"Il y a plein d’explications possibles, répond Moïra Mikolajzcak. Pour le moment, aucune étude ne les a cherchées. Mais c’est vrai qu’on peut supposer que les parents les plus éduqués sont ceux qui lisent le plus de livres et d’articles sur l’éducation et se mettent alors une pression sur les épaules pour être ce mythe du parent positif et disponible."

Quand on est non-croyante

Troisième variable : la religion. Les parents croyants sont plus heureux que les autres selon la publication de Plos One. C’est le dernier point où les résultats des chercheurs polonais rejoignent ceux des Belges.

"On a observé que la religiosité était protectrice, répond la chercheuse néolouvaniste. Une étudiante de notre faculté a également mené un mémoire sur le burn-out parental dans les familles belges d’origine maghrébine. Elle montre que la religion vient modifier la perception de toute une série de difficultés. Là où un parent moins religieux se responsabilise et culpabilise, le parent croyant va trouver en Dieu une explication.

Le parent va rechercher le soutien de son dieu

"'Dieu ou Allah m’envoie une épreuve'. C’est connoté différemment. On est plus serein. Et en plus, le parent va rechercher le soutien de son dieu. Il va le prier Dieu pour qu’il l’aide, il confie sa vie, il y a une certaine confiance. Il y a un soutien, le parent ne se sent pas esseulé."

Du soutien, s’il y a bien quelque chose dont le parent en stress a besoin, c’est de cela. Peut-être peut-il venir de Dieu pour certains. Peut-être aussi de la réorganisation de notre société pour une meilleure conciliation vie privée, vie professionnelle. Un volet annoncé dans le plan pour l’égalité en Fédération Wallonie-Bruxelles. Reste à en voir les mesures concrètes.

Garderie pour les enfants: JT 11/05/2020

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK