Faire la grasse matinée, c'est dangereux? Gare au "jet lag social"

"À long terme, il y a une augmentation du risque de dépression, de problèmes de cholestérol, de diabète, d’obésité et par heure de décalage, 11% d’augmentation du risque des maladies cardiaques."
"À long terme, il y a une augmentation du risque de dépression, de problèmes de cholestérol, de diabète, d’obésité et par heure de décalage, 11% d’augmentation du risque des maladies cardiaques." - © Jonas Hamers / ImageGlobe

Faire la grasse matinée est-il dangereux pour la santé ? Peut-être n'accepterez-vous pas la réponse à cette question, mais, "malheureusement, oui", répond Arielle Nuchowicz, médecin. "Si vous pratiquez cette délicieuse habitude régulièrement, c’est ce qu’on appelle le jet lag social."

Si le nom ne vous dit peut-être rien, le jet lag social est un phénomène que l'on a tous vécu : "Imaginez, le lundi matin, vous êtes de retour au boulot après un chouette week-end. Vous avez bien profité – rythme ralenti, grasse matinée... – vous vous sentez vraiment bien reposé et content. Et, pourtant, ce lundi, sensation de grosse fatigue. Vous avez même l’impression d’être plus fatigué que vendredi à la fin de votre semaine de travail". On est alors en train de vivre ce fameux jet lag social.

"Un décalage de l'horloge biologique"

Ce jet lag-là n'a rien à voir avec un quelconque voyage en avion, "mais il est lié à notre mode de vie et de travail dans la société", explique Arielle Nuchowicz. "C'est à l’occasion du forum mondial Sleep de 2017 que les médecins et chercheurs spécialistes des troubles du sommeil, de la chronobiologie, du métabolisme et des maladies cardiovasculaires ont dévoilé leurs conclusions au grand public" à ce sujet.

Et la grasse matinée dans tout ça ? "En fait, pendant toute la semaine, vous avez un rythme. Le fait de dormir plus tard le week-end perturbe ce rythme et crée un décalage dans votre horloge biologique interne. Donc, faire la grasse matinée le week-end est comme si, chaque vendredi soir, vous partiez pour New York, en prenant un vol Bruxelles-New York, et que vous reveniez le lundi matin à Bruxelles pour travailler."

"Vous bousculez votre horloge biologique, vous vous mettez en décalage horaire. Vous imaginez un aller-retour Bruxelles-New York-Bruxelles tous les week-ends pendant des années ? Il y a de quoi être épuisé le lundi", résume la médecin.

Irritabilité, risque de dépression, cholestérol, diabète...

L’horloge biologique est primordiale et les conséquences de ce jet lag social peuvent être importantes. "Chaque humain est régi par une horloge biologique interne propre, basée sur un cycle de 24 heures. Cette horloge orchestre et régule très précisément toutes nos fonctions biologiques et comportementales au cours de la journée et de la nuit. Notre corps aime la régularité et la routine et il déteste la rupture ou le changement, qui l’obligent à dépenser de l’énergie pour se réadapter. Or, 85% des gens – et ça, ce sont les conséquences – sont en jet lag social."

"Ils s’endorment et se réveillent plus tard le matin les dimanches et les jours fériés, avec pour effet dans la semaine un état de somnolence, de fatigue, d’irritabilité et de moindre concentration. Mais, à long terme – et c’est ça qui est grave–, il y a une augmentation du risque de dépression, de problèmes de cholestérol, de diabète, d’obésité et par heure de décalage, 11% d’augmentation du risque des maladies cardiaques."

Il est courant de penser que dormir plus ou moins 8 heures par nuit, y compris le week-end, permet au corps de récupérer à tous les coups. "C’est vrai que la quantité d’heures de sommeil compte, mais ça ne suffit plus", répond Arielle Nuchowicz. Il faut également "une horloge biologique bien réglée, qui, sur le long terme, si elle est bien réglée, joue un rôle important de prévention pour notre santé métabolique, cardiaque, mais aussi psychologique et mentale".

La clef ? "La régularité"

Alors, que faire ? Les solutions sont celles qui ont été énoncées durant ce congrès sur le sommeil : "la régularité", lance-t-elle. "Il vaut mieux dormir moins longtemps, mais garder son rythme."

"Soit vous êtes un couche-tard, alors grasse matinée tous les jours si vous avez le privilège de pouvoir créer un environnement social adéquat. Ou alors vous êtes comme les 'early birds', ceux qui se lèvent tôt, et il faudra vous adapter et adapter votre horloge biologique aux exigences extérieures liées à l’environnement : dormir plus ou moins 8 heures par nuit, mais en conservant un rythme le plus régulier possible la semaine comme le week-end, et, exceptionnellement, une grasse matinée après une sortie. Oui, je sais, c’est un peu triste."

"C’est à ce prix seulement que ce type de principe lié à l’hygiène de vie constitue un traitement préventif efficace, simple et bon marché pour lutter contre les maladies cardiaques et améliorer la santé en général", conclut Arielle Nuchowicz.

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