Fact checking: quel bilan carbone pour l'énergie nucléaire ?

C’était ce lundi dans l’émission CQFD, le président de l’ASBL " fin du nucléaire " remettait en question les chiffres du GIEC sur les émissions de CO2 de l’énergie nucléaire. Selon lui, ces chiffres sont en réalité ceux de l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique) et seraient très sous-évalués par rapport à la réalité. Alors, on a voulu en avoir le cœur net. 

Le GIEC se base-t-il sur les chiffres de l’AIEA pour calculer les émissions de CO2 des centrales nucléaires ?

Dans le rapport 2018 du GIEC, les chiffres sont exprimés en grammes de CO2 émis par KWh produit. Le Groupe Intergouvernemental d’Experts sur le Climat donne trois chiffres. Un minimum : 3,7g, un maximum : 110g et une médiane : 12g.

Il y a donc une forte disparité en fonction des centrales, des pays, de leur âge, de cycle d’extraction et de traitement de l’uranium…  Mais la valeur référence retenue par le GIEC est donc de 12g.  Si l’on compare cela avec les chiffres de l’AIEA, on constate qu’ils ne sont pas exactement les mêmes. Dans un rapport daté de 2015, l’Agence Internationale de l’Energie Atomique s’arrête sur le chiffre médian de 14,9g par KWh. 

Nous n’avons pas pu trancher la question de savoir si le GIEC s’appuie sur les données de l’AIEA pour chiffrer les émissions de CO2 du nucléaire, mais il s’avère que le GIEC retient une valeur plus basse que celle d’une agence chargée de faire la promotion de l’énergie nucléaire civile.

Le GIEC se base-t-il sur des émissions de CO2 sous-évaluées ?

Il est très difficile de trancher cette question. Ce qui est sûr c'est que d’autres rapports d’experts contredisent les chiffres retenus par le GIEC. C’est le cas des travaux de Benjamin Sovacool, professeur de politique énergétique à la University of Sussex (Grande-Bretagne). En 2008, il a comparé les émissions de 108 centrales nucléaires de différentes régions du globe sur l’ensemble de leur cycle de vie. Il arrive à une fourchette de résultats très large allant de 1,4 à 288 g par KWh. Au départ de cela, il calcule une empreinte moyenne de 66g par KWh d’énergie nucléaire.

Il estime dans cette même étude que l’empreinte carbone risque d’augmenter au fil du temps en raison de la vétusté des centrales et de la difficulté croissante de l’extraction d’uranium.  

Et par rapport aux centrales gaz ?

Là-dessus, il n’y a pas photo. Même si l’on prend les estimations les plus pessimistes pour le nucléaire, on reste très en deçà du chiffre généralement retenu pour les émissions de CO2 d’une centrale gaz. Le GIEC retient une médiane de 490g par KWh. Certaines autres estimations pour des centrales européennes parlent de 350 à 400g. Dans tous les cas, les centrales gaz restent largement plus émettrices de CO2 que les centrales nucléaires. 

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