"Facebook se fiche de lutter contre les fake news"

"Facebook se fiche de lutter contre les fake news" estime Brooke Binkowski.
"Facebook se fiche de lutter contre les fake news" estime Brooke Binkowski. - © THIERRY ROGE - BELGA

Au lendemain de l'élection présidentielle américaine de 2016, durant laquelle les "fake news" et les articles militants ont inondé les réseaux sociaux et atteint des millions de personnes, Facebook décidait de conclure un partenariat avec des journalistes de plus de 40 médias pour lutter contre ce phénomène relativement nouveau. L'objectif était de repérer les informations erronées, de les signaler et de pouvoir en limiter la propagation.

Parmi ces journalistes, Brooke Binkowski, de la société Snopes, un site internet spécialisé dans le fact checking, comprenez la vérification des informations. Interrogée par The Guardian, elle explique avoir décidé d'arrêter cette collaboration car selon elle, Facebook a ignoré ses recommandations et n'a pas utilisé l'expertise qu'elle mettait pourtant à la disposition du géant américain pour lutter contre la désinformation.

"Plus confiance en Facebook"

Après 2 ans de collaboration, Brooke Binkowski ne voyait plus l'utilité de poursuivre son travail avec Facebook. "Ils nous utilisaient surtout en cas de crise", explique-t-elle, "mais ils ne prennaient rien au sérieux. Tout ce qui les intéresse, c'est de donner une bonne image d'eux-mêmes et puis de passer à autre chose... Clairement, ils s'en foutent." Lors de sa collaboration avec Facebook, elle dit avoir par exemple attiré l'attention sur l'utilisation de la plateforme à des fins de haine et de désinformation à l'étranger, comme pendant la crise des Rohingyas en Birmanie. "Je n'arrêtais pas de revenir avec la Birmanie. Mais ils ne voulaient pas en entendre parler", explique-t-elle. 

Une de ses collègues, elle aussi frustrée par cette collaboration, va dans le même sens: "J'ai vite compris que Facebook voulait donner l'impression qu'ils essaient d'empêcher ce phénomène de fake news tout en ne faisant rien pour y arriver." Une troisième personne abonde dans le même sens: "J'étais démoralisé. C'est une entreprise horrible. Personnellement, je ne veux rien avoir à faire avec ces gens-là."

Une collaboration réaliste?

Cette situation a fini par susciter une autre question chez ces journalistes: la collaboration avec Facebook était-elle seulement réaliste? Outre le fait qu'elle ait déclenché un torrent d'insultes, de harcèlement et même de menaces de mort, elle n'était pas logique, estime aujourd'hui Brooke Binkowski. Selon elle, à plus d'une occasion, Facebook a poussé les journalistes à traiter en priorité les fake news qui concernaient ses annonceurs. "Dans ce cas-là, ce n'est plus du journalisme que vous faites, c'est de la propagande", dit-t-elle aujourd'hui. Elle accuse également Facebook d'avoir payé des consultants pour abîmer l'image de ses concurrents. "Comment faire confiance à Facebook quand eux-mêmes propagent des rumeurs que nous appelons nous-mêmes des fake news?", s'interroge-t-elle.

Pour sa collègue, c'est surtout le lien financier entre Facebook et leur société qui était gênant: "Facebook a une mission mais nous, nous en avons une autre, qui est totalement différente."

Pour quel impact?

L'impact que le travail que ces journalistes a réalisé pendant 2 ans est difficile à évaluer. Ils estiment pour leur part qu'il a été "minime" et expliquent que Facebook a refusé de leur communiquer les chiffres relatif à l'impact de leur travail.

Le géant américain explique pour sa part que si un article contient de fausses informations, il est "rétrogradé" dans le fil des informations, ce qui permet de réduire les vues d'environ 80%. Facebook refuse par contre de publier l'étude qui l'a amené à cette conclusion.

Angie Drobnic Holan, qui travaille pour PolitiFact, autre partenaire de Facebook dans la traque des fake news avoue ne pas savoir quel est l'impact de son travail. "Est-ce que cela réduit le nombre de fausses informations sur Facebook? Je n'en sais rien. Est-ce que Facebook le sait? J'imagine que oui, mais je n'en ai aucune preuve." Elle continuera pourtant à collaborer avec le réseau social car elle estime que cela rend service au public. Quant à Facebook, il annonce que des rapports trimestriels seront envoyés à ses partenaires dans ce domaine et que des statistiques seront publiées début 2019.

 

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