Face à l'adversité, doit-on se tourner vers la spiritualité ?

Et si il existait une troisième voie à notre quête de sens ?
Et si il existait une troisième voie à notre quête de sens ? - © Chung Sung-Jun - Getty Images

Du jour au lendemain le monde tel que nous le connaissions a cessé d’être. Face au coronavirus nous avons été renvoyés à la question même de notre humanité et de son sens. En effet, toutes nos certitudes et nos capacités à contrôler un tant soit peu notre environnement ont vacillé. Dans ce contexte, la spiritualité peut sembler être "la bouée"… Oui mais…

Après tout si cette question du sens de l’existence est inhérente à chaque être humain, nous avons généralement les ressorts pour ne pas devoir trop y penser. Le travail, la famille, la vie sociale, remplir le frigo, finir les fins de mois, ça occupe pas mal de temps de cerveau disponible.

Sauf que là, dans une crise où d’un coup, d’un choc, la vie a été placée à l’arrêt. Voilà qu’on a le temps. Voilà qu’on a peur. Voilà qu’on ne sait rien.


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" La crise sanitaire est le réveil de quelque chose qui n’est pas nouveau mais qui était assoupi. Ça nous réveille à la réalité du risque de l’existence […] à la réalité de notre mortalité et de notre vulnérabilité ", explique le professeur de philosophie de l’UCLouvain, Michel Dupuis.

Et nous voici donc de retour à la question ancestrale et centrale de la philosophie : je suis un être doué de conscience, je suis sur terre pour une durée déterminée… Pourquoi ?


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 Alors forcément face à cette question de recherche de sens, plongé dans l’incertitude quasi-totale du coronavirus, l’appui spirituel pourquoi pas.

Le positif dans l’incertain, le ressort des religions

Pour Marc Maesschalck, également professeur de philosophie à l’UCLouvain, ce moment que nous vivons est traumatique sur deux niveaux : le premier, il crée " une angoisse de l’ordre de l’invisible qui nous rappelle que nous sommes mortels ". Le second, " c’est la rupture du lien social avec nos proches […] c’est un choc […] quelque chose nous n’avons plus vécu depuis la seconde guerre mondiale ".

Nous sommes désormais face à " l’invisible " et à l" incertain ".

Et ça tombe bien, l’invisible et l’incertain c’est justement l’apanage des religions et de la spiritualité. Ce sont deux éléments qui sont positifs et fondateurs du discours religieux. " Le sens du religieux cherche un sens sur ce qui dépasse la raison et fonctionne sur l’incertitude et l’invisible ", explique Marc Maesschalck. D’autant plus que l’incertitude (par exemple, la vie après la mort) et l’invisible (par exemple, dieu) font partie d’un ensemble positif dans le discours spirituel.

S’il n’est pas possible de savoir de façon prémonitoire si cette période de doute générée par la crise du coronavirus conduira à un regain des adhésions religieuses, en revanche le discours spirituel peut trouver sa place. En effet, " il peut y avoir un regain d’intérêt possible, car les discours religieux ont cette capacité à construire une parole positive par rapport à l’événement " que nous vivons, selon Marc Maesschalck.

Les ressorts de la certitude mis à mal

Un refuge qui pourrait être d’autant plus important que les ressorts auxquels nous avons habituellement recours sont mis à mal. La politique et la science, sanctuaires des certitudes et des vérités si ce n’est absolues, du moins absolument vraies, vacille face à la méconnaissance de ce virus.

Un troisième élément qui perturbe notre rapport au monde tel que nous le connaissions est le basculement que connaît la scène publique. Et le monde scientifique, s’il fait des prouesses en matière de recherche actuellement, n’est toujours pas en mesure de nous apporter une réponse. " Notre espace mental n’est pas prêt à accueillir cette réalité ", détaille Marc Maesschalck

Effectivement, la crise du coronavirus est traumatisante à plus d’un titre. " L’ampleur de la crise et l’absence d’une réponse logique scientifique font que l’on tâtonne ", résume ainsi Antoine Basbous. " Et face à l’absence de savoir c’est dieu qui pourrait être mis en première ligne."

" C’est d’ailleurs la perversité de la vérité institutionnelle qui nie l’incertitude alors que la spiritualité c’est précisément la mise en avant de cette incertitude", analyse ainsi Maesschalck.

Echec et mat ? En tout cas sans ces vérités dites rationnelles, nous sommes un peu perdus.

La troisième voie, le sens nouveau ?

L’autre voie n’existe peut-être pas encore. Ou bien elle est en train de se construire dans cette situation de " déconfort ", telle que la nomme le philosophe Michel Dupuis. Finalement, tout dépend du " logiciel avec lequel nous lisons le monde ", explique pour sa part Antoine Basbous. Les croyants auront tendance à se raccrocher à ce qu’ils connaissent. Mais il n’est pas certain que cette période nouvelle nous conduise à se raccrocher à la religion ou à la spiritualité. Face à l’inédit peut être qu’une troisième se dessine.

" Toutes ces choses qui vacillent nous poussent à faire un saut ", indique Michel Dupuis. Et Finalement, dit-il, se raccrocher au spirituel serait se retourner vers une voie que l’on connaît déjà dans une situation qui n’est jamais arrivée. Ce serait attraper " une bouée de sauvetage crevée ", dit-il. Il s’agirait " d’un appui habituel ", " ça reste le dormicom du peuple ".

Or, pour le philosophe, c’est autre chose qui se passe. " Si nous sommes dans un scénario où tout fout le camp, ça ouvre des questions mais aussi de nouvelles directions comme le partage, le collectif, c’est quelque chose qui mobilise aussi ", détaille-t-il. " Nous sommes sortis de notre zone de confort pour entrer dans une zone de déconfort ".

Ce qui n’est pas nécessairement négatif. Nous sommes simplement face à de nouveaux horizons encore inexplorés. 

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