Face à l'activité humaine envahissante, les mammifères vivent davantage la nuit

Face à l'activité humaine envahissante, les mammifères vivent la nuit
Face à l'activité humaine envahissante, les mammifères vivent la nuit - © ALEX OGLE - AFP

L'activité humaine prend une place de plus en plus importante sur la planète. Cette activité déborde sur l'espace vital des mammifères. Selon une étude d'une équipe de chercheurs de l'université de Berkeley publiée dans la revue Science, l'être humain a modifié les trois quarts de la surface de la Terre.

Face à cette activité croissante, de nombreux animaux adoptent une tactique : fuir les villes et les axes routiers, s'enfoncer dans la forêt ou grimper les montagnes. Mais cela ne suffit parfois pas, ou n'est pas toujours possible. C'est ainsi que certains mammifères adoptent une autre stratégie, "l'ajustement temporel" tel que le nomme Ana Benitez-Lopez, écologue de l'université de Radboud. Cela signifie qu'ils adoptent un mode de vie nocturne.

Changement de comportement généralisé

L'étude, qui a été réalisée à partir de 76 travaux répartis sur 25 ans, met en évidence une augmentation de l'activité nocturne dans 83% des cas. Le changement d'habitude face à l'être humain est frappant : en moyenne 68% du temps passé à vivre la nuit pour un animal qui répartirait équitablement son temps de vie jour/nuit.

Une autre équipe de chercheurs a procédé différemment à Sumatra : ils ont étudié leur propre impact sur la faune. Le résultat est sans appel : l'ours malais ne consacre d'habitude que 19% de son activité la nuit, contre 90% en présence des chercheurs. Au Gabon, l'activité des léopards est répartie quasi équitablement le jour et la nuit. Mais ils ne vivent pratiquement plus que la nuit dans les zones de chasse.

Des chercheurs néerlandais ont suivi des éléphants au Kenya. Ces animaux, qui voient très mal la nuit, optent malgré tout pour une vie nocturne à mesure qu'ils s'approchent des civilisations humaines, ne s'alimentant et se déplaçant qu'après le coucher du soleil. Les exemples sont encore nombreux dans cette étude. Au total, 62 espèces ayant changé de comportement ont été identifiées.

Une nouvelle manière de cohabiter

Le phénomène était connu des chercheurs, mais leurs observations ont permis de constater que le spectre des espèces concernées est très large. Et que seule la présence d'êtres humains suffit à modifier les habitudes animales. Ces résultats inquiètent à plus d'un titre. Certaines espèces diurnes sont en difficulté la nuit : alimentation pénible, prédateurs avantagés ou encore une communication inadaptée. Cela pourrait mettre en péril l'espèce par une natalité plus faible et une hausse de la mortalité.

A contrario, ces modifications de comportements pourraient préserver les espèces de la menace que représentent les humains. Il ne s'agirait finalement que d'une nouvelle manière de cohabiter, similaire à un exemple préhistorique selon Ana Benitez-Lopez : "L’ancêtre commun de tous les mammifères vivait au temps des dinosaures. Pour éviter ces prédateurs omniprésents, terrifiants et diurnes, il s’activait exclusivement la nuit. Ce n’est qu’après l’extinction des dinosaures que les mammifères ont exploré la lumière du jour. Désormais, les prédateurs omniprésents, terrifiants et diurnes, ce sont nous, les humains."

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