Extrême droite, extrême gauche, pro-Russie : la Sûreté de l'Etat met en garde contre les fake news coronavirus

Une analyse des renseignements belges relative à la désinformation sur les réseaux sociaux.
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Une analyse des renseignements belges relative à la désinformation sur les réseaux sociaux. - © MIGUEL SCHINCARIOL - AFP

"Un maximum de désinformations relatives au Covid-19 sont diffusées via les médias sociaux dans le but de monter les uns contre les autres certains groupes de la population." Ce constat, c’est la Sûreté de l’Etat qui l’émet. Dans une publication mise en ligne cette semaine, les services de renseignements belges, à savoir la Sureté de l’Etat et SGRS (le renseignement militaire) mettent la population en garde contre les dangers cachés derrière cette crise. Notamment : les fake news liées au coronavirus circulant très largement sur les réseaux sociaux.

Extrémisme de droite

Première source de désinformations, les réseaux de l’extrême droite. Selon nos services de renseignements, ces réseaux "exploitent la crise du Covid-19 pour monter certains groupes de la population les uns contre les autres dans le but de saper l’autorité du gouvernement belge et du monde médical". Exemple avec les Knights of Flanders (380 membres sur Facebook).

Ce groupement de templiers d’extrême droite, récemment apparu, diffuse une théorie, dit la Sûreté, "selon laquelle l’origine du coronavirus remonterait au vaccin contre la grippe. D’autres groupements d’extrême droite répandent des messages de haine contre les musulmans. C’est ainsi que le groupuscule francophone Nation avait diffusé à un certain moment le message selon lequel une fatwa 'appelait les musulmans contaminés à tousser au visage des mécréants'." Cette publication est également reprise par des réseaux identitaires français.

La cible de l’extrême droite est connue : l’immigration. Dans le cadre de la crise actuelle, le modèle de pensée ne varie pas. "Il existe (aux yeux de l’extrême droite) un lien entre l’épidémie du coronavirus Covid-19 et l’immigration. Un mélange de faits, 'fake news' et formulations d’extrême droite censé apporter un message clair. Ce discours de l’extrême droite prédomine aujourd’hui dans les médias sociaux, avec comme dénominateur commun l’immigration qui aggrave la propagation du coronavirus", analyse la note des renseignements belges.

Dans le même registre, a également circulé récemment sur Internet des appels à la fermeture d’un centre pour demandeurs d’asile à Mouscron. "Le parti d’extrême droite francophone Parti National Européen (PNE), un groupement dissident du parti francophone Nation, décrit par exemple un centre d’asile situé à Mouscron comme étant un foyer de contamination pour les alentours. Le PNE exige même la fermeture de ce centre en raison du coronavirus, en ajoutant : 'ils (les demandeurs d’asile) devraient tous être logés au parlement, celui-ci n’est d’aucune utilité'."

Les réseaux pro-russes et anti-européens

D’un côté l’extrême droite et en parallèle, des réseaux pro-russes, anti-Europe mais aussi anti-islam et immigration. Exemple cité, "Squadra Europa". "Ce mouvement (actif sur Twitter et comptant plusieurs comptes, NDLR) publie des messages contre l’immigration, l’islamisation perçue de l’Europe et la mondialisation. Il établit en outre un lien entre ces phénomènes et l’épidémie de coronavirus. Par ailleurs, force est de constater que "Squadra Europa" diffuse également un discours anti-européen et pro-russe."

L’analyse des autorités se poursuit : "D’autres publications de profils individuels exploitent l’épidémie de coronavirus pour diffuser de la propagande russe en la matière. Toutefois, son influence réelle sur la scène d’extrême droite dans notre pays est très limitée. Les personnes qui diffusent ces messages sont plutôt considérées comme des 'idiots utiles' et des porte-drapeaux des intérêts russes."

Dans le même temps, il existe également, rapporte la Sûreté, des campagnes de désinformation et de propagande organisées par des puissances étrangères. Sur base d’un screening des médias étrangers et la manière dont la crise du Covid-19 est abordée, la Sûreté de l’Etat en arrive à la conclusion que ces campagnes "s’inscrivent dans le cadre d’une stratégie hybride destinée à affaiblir l’Occident" et visent à influencer l’opinion publique belge.

La source ? Principalement la Russie. "La désinformation russe s’inscrit dans la stratégie du Kremlin de stimuler les dissensions et les méfiances par rapport aux autorités nationales et européennes avec comme objectif de saper la cohésion sociale. La désinformation est également axée en partie sur la propre opinion publique russe, qui doit ainsi être convaincue de l’approche russe de la crise, prétendument juste et efficace", peut-on lire dans l’analyse des renseignements belges.

Virus créé par un laboratoire et diffusion favorisée par les migrants

"Un aspect de la propagande est donc de toute évidence lié à ces campagnes de désinformation", pointe encore la Sûreté. "Les théories les plus répandues qui circulent sont que le virus a été créé par un laboratoire en tant qu’arme biologique et que sa diffusion est favorisée par les migrants. Des messages destinés aux Italiens et aux Espagnols se focalisent dès lors sur la manière dont leurs autorités respectives n’auraient pas maîtrisé la crise, sur la défaillance de l’Europe et, par contraste, sur la manière dont la Russie parvient à gérer efficacement la propagation du virus."

L’extrême gauche et les appels à la violence

Le Sûreté de l’Etat et les renseignements militaires expriment leurs inquiétudes : des réseaux anarchistes ont lancé des appels à la rébellion au début de la crise sanitaire. "Ainsi, le 8 avril 2020, le site web anarchiste de gauche Indymedia Bruxsel a lancé un appel exhortant à exploiter l’épidémie du COVID-19 pour commettre des actes violents à l’encontre de la police, des agents pénitentiaires et de l’infrastructure de télécommunications, afin de nuire autant que possible à la société. Selon Indymedia, l’épidémie du coronavirus constitue le moment idéal pour passer à l’action : en effet, les services d’ordre sont occupés à autre chose."

D’autres organisations, telles que le Secours Rouge, organisation d’extrême gauche, restent également actives pendant la crise du corona, constate la Sûreté.

Reprises stratégiques d’entreprises en difficulté

Les menaces sont nombreuses affirme la Sûreté de l’Etat. Elles sont directes et indirectes. La propagande venant des puissances étrangères viserait également un autre but que celui de la guerre idéologique. Dans le contexte de la crise du coronavirus, la Sûreté "tient à insister dès lors sur le fait que nous devons rester vigilants à l’égard des puissances étrangères qui convoitent des reprises stratégiques d’entreprises en difficulté à la suite de la crise du coronavirus. Il s’agit principalement d’aubaines dans le secteur des hautes technologies permettant à un pays de renforcer sa position stratégique et à s’implanter sur le marché européen."

Des puissances étrangères pourraient également utiliser le levier d’actions humanitaires "pour se livrer à des activités d’ingérence dans le cadre de processus décisionnels", craint encore la Sûreté. "Cette 'diplomatie corona' ne se fait pas nécessairement dans l’intérêt de notre pays."

Les risques liés à la vidéoconférence

Depuis le début du confinement, les entreprises s’organisent pour mettre en place le télétravail qui implique toujours la tenue de réunions virtuelles. Des vidéoconférences qui ne sont pas sans risque. "Les services de renseignement étrangers peuvent exploiter habilement les failles du système en recourant à des activités d’espionnage technique", avance la Sûreté de l’Etat qui donne des conseils : veiller à utiliser des systèmes d’exploitation à jour, faire paramétrer son logiciel par les informaticiens de l’entreprise, sécuriser son réseau, l’organisation de la vidéoconférence, sa mise en place (gare aux arrière-plans, identifier visuellement chaque participant)…

"Des informations peuvent être divulguées même après avoir clôturé la vidéoconférence. En effet, les participants peuvent enregistrer la vidéoconférence (avec le logiciel de vidéoconférence proprement dit ou avec d’autres outils). Si l’enregistrement est utilisé de manière imprudente (ou malveillante), ces informations peuvent être divulguées également de cette manière", prévient la Sûreté.

Important, enfin : une vidéoconférence passe par une infrastructure qui ne se situe pas nécessairement en Belgique. "En fonction de la localisation du prestataire de service et de son infrastructure, des règles de conformité étrangères peuvent s’appliquer. Encore plus en dehors de l’Union européenne, il est possible que les règles relatives à la protection de la vie privée et à la confidentialité des communications diffèrent de celles auxquelles vous êtes habitué en Belgique."