Exposition à Virelles: l'abeille, cet individu à part entière perdu dans sa colonie

La disparition des abeilles serait en marche. A la clef, les impacts environnementaux et même sanitaires seraient catastrophiques selon les scientifiques. Indispensables à la pollinisation et donc à la reproduction de très nombreuses espèces de plantes, la disparition de l'abeille pourrait réduire les approvisionnements mondiaux en fruits de 22,9%, en légumes de 16,3%, et de 22,9% en noix et graines, mais avec des disparités selon les pays.

Alors, pour sensibiliser le public, une biologiste passionnée de photographie a décidé de braquer son objectif sur cette infatigable travailleuse. Le but? L'humaniser à travers des portraits réalisés à l'aide d'un objectif macro: "Quand on se focalise sur l'individu plutôt que sur la colonie, on lui donne une dimension humaine, explique Myriam Lefebvre dont l'exposition "Etre abeille" a lieu à l'aquascope de Virelles.  A ce moment-là, on la voit telle qu'elle est, on voit qu'elle a un caractère propre et que l'abeille n'est pas uniquement programmée pour effectuer sa tâche mais que leur comportement peut varier". 

L'art scientifique 

Parfois dansante, parfois menaçante ou montant la garde telle une sentinelle, à travers une séries de photos aussi artistiques qu'informatives, cette chercheuse pluridisciplinaire a tenté de capter "l'âme" des abeilles mellifères: "Ce n'est pas très scientifique de dire cela, en tant que biologiste je me mets donc dans mon rôle de photographe pour tenir de tels propos mais ces photos, au plus près de l'individu, m'ont aidée à voir leurs particularités, leurs difficultés comme lorsque j'ai capté une abeille qui avait la langue cassée, ça m'a permis aussi de voir les mâles sous un nouveau jour alors que de nombreux apiculteurs les réduisent au rôle de simple d'outil à féconder la reine de la ruche, analyse Myriam Lefebvre. Aujourd'hui dans mes propres ruches, je ne limite pas leur nombre au strict minimum comme certains apiculteurs et je constate moins de pertes dans mes ruches chaque hiver car ils réchauffent la colonie".

Une autre approche

Près de 5 années de patience, un appareil photo à la main, assise juste en face de la rampe d'envol de nombreuses ruches un peu partout dans le pays, Myriam a développé une relation presque personnelle avec les abeilles, elle "sent" certains comportements en dehors du cadre rigide de l'étude scientifique. Mais elle a surtout à cœur de sensibiliser tant les particuliers que les apiculteurs. Et la démarche fonctionne: "En les voyant "en grand" comme ça, on remarque les détails. C'est totalement différent de l'abeille qu'on regarde de loin sans réellement y prêter attention, même en tant qu'apiculteur amateur", s'enthousiasme l'un des visiteurs. "Maintenant je vais réfléchir à deux fois avant de "sprotcher" une abeille sans état d'âme", complète un autre.

L'exposition veut nourrir l'imaginaire. Certains visiteurs perçoivent ou imaginent même de vraies histoires de vie pour ces infatigables butineuses. Cette envie de proposer un nouveau regard sur les colonies d'abeille où chaque individu n'est plus tel un chiffre anonyme parmi des milliers de congénères semble en tout cas toucher ses visiteurs. 

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