Expédition Doggerland : "Une magnifique aventure pour découvrir un continent perdu"

Le Doggerland
Le Doggerland - © Polaris999 Wikimedia Commons

La mer du Nord cache-t-elle une cité engloutie ? C'est ce que vont essayer de vérifier des chercheurs qui ont embarqué à bord du Belgica, le navire scientifique. Ils vont partir à la recherche de traces d'activités humaines. Interrogé sur La Première, le préhistorien Marcel Otte, professeur émérite à l'ULiège, explique qu'on "connaît bien la topographie ancienne de la mer du Nord, en général, pas seulement du Doggerland. C'était un continent depuis les îles britanniques jusqu'au Danemark pendant toute la période glaciaire, il y a une centaine de milliers d'années. Et on a retrouvé des choses beaucoup plus anciennes, comme un crâne de Néandertal, et très souvent, des objets archéologiques qui ont été extraits par les filets des pêcheurs. Donc s'il y a quelque chose, disons vers 10 000 ans, ce ne peut être que le mésolithique, une période de chasseurs-cueilleurs, qui installent des huttes tout autour des points d'eau. Mais à cette époque-là ce ne peut pas être des populations sédentaires. Le néolithique ne viendra que beaucoup plus tard, plusieurs milliers d'années après, lorsque la mer du Nord aura rempli complètement la place qu'elle occupe aujourd'hui".

Mouvement élastique

Selon le préhistorien "il ne fait guère de doute qu'il y ait une occupation humaine, puisque c'était un continent qui rejoignait les deux parties de l'Europe, et on a retrouvé des traces beaucoup plus anciennes du paléolithique. Donc il y a une continuité d'occupation à peu près certaine. Lorsque la glaciation s'est terminée, le niveau de l'eau a remonté par la fonte des glaciers. Cela a provoqué le passage de l'eau dans la mer Baltique, par exemple. Mais partout sur la Terre, à ce moment-là, on a eu une montée des eaux et une descente des continents, c'est ce qu'on appelle le statisme. Ce n'est pas seulement l'eau qui monte, mais la terre aussi qui s'élève, parce que lorsque la glace est libérée, il y a une sorte de rebond qui fait que les continents remontent en même temps que la mer remonte. Donc il y a deux phénomènes parallèles qui font que, partout sur la Terre, il y a ce mouvement élastique. De telle sorte que des civilisations que nous connaissons nous, en bordure de mer du Nord, depuis le Danemark, les Pays-Bas, la Pologne, par exemple, sont les mêmes que dans les îles Britanniques. Donc il nous manque en fait les milieux, qui doivent être là, et qui permettraient de comprendre, pas seulement ce qu'il se passe dans la mer du Nord, mais ce qu'il se passe aussi de chaque côté. Car le territoire de chasse principal était là à toute cette période".

"Une magnifique aventure"

Au cours de cette recherche on ne fera que de la cartographie, fait remarquer Marcel Otte : "On ne touche pas aux terrains. Et c'est important. D'habitude, quand il est sur le terrain, l'archéologue est en train de détruire le site. C'est un peu comme si un historien détruisait son manuscrit à chaque fois qu'il le lit parce que la fouille détruit. Tandis qu'ici, nous sommes un pas avant cela, et ça va nous permettre, probablement, j'espère, de repérer les structures d'habitats. Et comme ça, nous aurons une idée de la démographie par exemple. Quelle est la densité humaine dans ce lieu ? Mais il faudra aussi un jour faire des fouilles, pour comprendre. Si le C14 peut nous aider, il ne pourra pas tout de même analyser le matériel qui s'y trouve, donc il faudra un jour ou l'autre descendre et faire des fouilles. Mais c'est une magnifique aventure, tout de même, et en particulier pour les Belges, de découvrir ce continent perdu. C'est une très belle perspective pour la recherche en Belgique".

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