Exclusion du chômage: des visages et des chiffres

Exclusion du chômage: des visages et des chiffres
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Depuis le premier janvier, des milliers de personnes n'ont plus droit à leurs allocations de chômage. C'est la conséquence des mesures prises par le gouvernement Di Rupo et qui limite à trois ans le bénéfice des allocations d'insertion. Seul filet social restant pour ces exclus: le revenu d'intégration sociale octroyé par les CPAS. Mais le droit à ce revenu n'est de loin pas garanti à tous ceux qui en feront la demande. Qui sont ces demandeurs d'emploi soudain privés de revenu? Comment vont-ils vivre désormais? Voici quelques témoignages, sertis de chiffres pour tenter d'y répondre.

Les pensées noires de Nathalie, mère de trois enfants

Depuis le mois de novembre dernier, Nathalie vit avec une angoisse tenace. Une angoisse dont le déclencheur s’est concrétisé depuis ce premier janvier 2015.

Depuis ce jour, Nathalie a perdu le droit à ses indemnités de chômage. Plus précisément à ses allocations d’insertion.

Cette mère célibataire qui vit avec ses trois enfants fait partie des dizaines de milliers de Belges pour qui la limitation dans le temps des allocations d’insertion à trois ans (décidée sous le précédent gouvernement fédéral) va se traduire par une perte pure et simple de son revenu.

Après un parcours difficile, émaillé de problèmes de santé, cette ancienne coiffeuse ne retrouve pas de travail malgré les formations suivies.

Ce n'est qu’en novembre dernier, soit à quelques semaines du couperet, que la mère de famille a reçu un courrier lui annonçant la nouvelle. A ce moment-là, tout s'écroule pour elle, a-t-elle confié à la RTBF. "On s’effondre, tout simplement. On se demande : ‘Est-ce que je vais perdre ma maison ? Est-ce que je vais encore savoir nourrir mes enfants’? Parce que du boulot, cela ne se trouve pas du jour au lendemain", nous explique-t-elle.

Cette incertitude est d’autant plus grande que son CPAS n’a pas été en mesure de lui donner une réponse concrète sur son cas dans l’immédiat. "Quand est-ce que, réellement, on va toucher quelque-chose? Si on touche quelque chose!", se demande-t-elle. Quand ? Combien ? Autant de question qui restent en suspens. Du coup, Nathalie avoue avoir parfois "de mauvaise pensées" lorsqu’elle envisage la possibilité de "ne plus pouvoir nourrir les enfants".

Elle ne sera fixée, au mieux, que dans les prochains jours concernant son droit à bénéficier du revenu d’insertion sociale (RIS). Un revenu qui, dans son cas, s’élèverait à 1089€ mensuels, soit à peine une vingtaine d’euros de moins que ce qu’elle percevait jusqu’ici du chômage.

Pour rappel, voici le montant des allocations d'insertion:

 

Une mère de famille célibataire au chômage avec enfants touche, comme vous le constatez, actuellement 1105€ mensuels d’allocations d’insertion. Pour rappel, le seuil de pauvreté pour un adulte seul avec deux enfants est fixé en Belgique à 1719€. Nathalie, elle, en a trois à sa charge. Tant qu’elle ne retrouvera pas de travail, elle restera donc, dans le meilleur des cas, nettement en-dessous du seuil de pauvreté fixé en Belgique pour une personne dans sa situation. Et dans le pire des cas, sans aucun revenu.

"Comment allez-vous vous en sortir désormais?"​

Il ne se voyait pas là. Pas à 34 ans. Pas avec un bachelier en droit en poche. Pourtant Nicolas Hubert est bel et bien chômeur.

"Je vais trois fois par semaine au Forem. J’ai déjà un nombre très important de recherches d’emplois. En moyenne, ça doit tourner autour d’une quinzaine de candidature par mois. Je passe des coups de téléphone, j’envoie des e-mails, j’introduis des candidatures spontanées par courrier,… J’essaie vraiment tout ce que je peux, toutes les démarches possibles pour y arriver", assure le jeune homme.

 

Malgré de nombreuses et fréquentes démarches pour s’en sortir, ce diplômé ne voit pas le bout du tunnel. Et plutôt que de trouver un emploi, il trouve face à lui de nouvelles règles qui le privent de chômage depuis ce début d’année civile.

Et le contexte économique n’est évidemment pas de nature à le rassurer. Il nous a confié son manque de confiance en l’avenir, son pessimisme quant aux évolutions du marché de l’emploi.

Et la banale question "comment allez-vous vous en sortir désormais?" le fait presque craquer physiquement face à notre caméra.

Si son exclusion est bel et bien actée, il perdra les 425€ (montant ordinaire) à 453€ d’allocations d’insertion que touche un cohabitant. En vivant avec ses parents, Nicolas n’a aucune chance de pouvoir prétendre au RSI. Il sera donc privé de tout revenu en attendant de trouver un hypothétique emploi, comme il tente vainement de le faire depuis des années.

Le "carrousel" vicieux de Tanguy

"J’essaie vraiment de trouver du travail mais je crois que je suis rentré dans un carrousel", raconte le Namurois Tanguy Laurent. Ce carrousel est en fait un cercle vicieux, où s’enchaînent les galères professionnelles. "Jamais de piste, jamais de boulot… Ou alors on a un stage pendant lequel on promet un engagement et tout. Mais après, on nous dit ‘non on n’engage pas’. Je ne sais plus où j’en suis pour le moment".

Il le reconnaît d’emblée, se retrouver au CPAS, "ça fait un peu mal". Et pas seulement matériellement mais également au niveau de la perception, du regard des autres.

"Les gens qui sont au CPAS sont regardées différemment par les autres. Et par exemple un propriétaire louera plus facilement à quelqu’un qui travaille qu’à une personne qui émarge au CPAS. J’ai un peu peur pour moi mais ce qui me tracasse le plus, c’est l’avenir de mes enfants". Car des enfants, Tanguy Laurent en a cinq. Et au CPAS, il reçoit un RIS de 1089€ mensuel…

@julienvlass avec Adeline Bauwin et Thierry Vangulick

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