Euthanasie: un médecin jugé pour "empoisonnement" en France

Arnaud Dupin (d) et Benoît Ducos-Ader, les avocats du médecin  urgentiste Nicolas Bonnemaison, aux assises de Pau, le 11 juin 2014
Arnaud Dupin (d) et Benoît Ducos-Ader, les avocats du médecin urgentiste Nicolas Bonnemaison, aux assises de Pau, le 11 juin 2014 - © Gaizka Iroz

Le procès aux assises d'un médecin urgentiste, Nicolas Bonnemaison, accusé d'avoir empoisonné sept patients en fin de vie, s'est ouvert mercredi à Pau, en France, pour plus de deux semaines d'audience au cours desquelles la défense entend placer l'euthanasie au centre des débats.

Le médecin, âgé de 53 ans, encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Il est arrivé libre au tribunal, sans prononcer un mot, les traits tirés, costume gris et cravate claire, ses cheveux habituellement bouclés assagis par une coupe stricte, ont constaté des journalistes de l'AFP.

"Laissez-le", on crié certains membres de son comité de soutien alors que, assailli par photographes et caméras, il tentait de se frayer un chemin vers la salle d'audience comble, s'appuyant sur l'épaule de son épouse.

Le médecin est poursuivi pour "empoisonnement sur personnes particulièrement vulnérables", cinq femmes et deux hommes en fin de vie hospitalisés dans une unité du service des urgences de l'hôpital de Bayonne où il travaillait; ces personnes étaient décédées peu après leur admission, entre mars 2010 et juillet 2011.

A ce jour, aucune famille de victime n'a porté plainte. Une seule famille s'était constituée partie civile et un proche de victime en a finalement fait autant dans une lettre au président lue à l'audience.

Yves Geoffroy, fils d'André Geoffroy, mort le 24 février 2011, a indiqué dans ce courrier avoir réfléchi pendant le week-end et vouloir ainsi partager son "ressenti".

Sa sœur Sylvie, avait elle indiqué au cours de l'enquête qu'elle avait eu un contact avec un médecin à qui elle avait indiqué ne pas vouloir d'acharnement thérapeutique. Elle avait cependant, aussi, dit avoir eu des contacts avec le docteur Bonnemaison, sans qu'il fut question d'abréger sa vie.

L'affaire avait éclaté le 10 août 2011, lorsque l'urgentiste avait été placé en garde à vue, après avoir été dénoncé par des infirmières et une aide-soignante: elles avaient noté des agissements et propos, selon elles, suspects de l'urgentiste, qui dans un cas aurait même dit "je m'en occupe personnellement, l'histoire n'a que trop duré".

"Le procès de la fin de vie"

D'abord mis en examen pour les cas de quatre patients, le 12 août 2011, il a été mis en cause en janvier 2012 pour trois autres décès.

Me Benoît Ducos-Ader, l'un de ses avocats, a assuré que son client était "serein".

"On va avoir un véritable débat de société, tout le monde le veut, défense comme accusation", a-t-il ajouté. "Il s'est toujours expliqué sur les faits, il veut justifier ses actes, il veut répondre en médecin. C'est le procès de Nicolas Bonnemaison et le procès de la fin de vie", a-t-il ajouté.

Nicolas Bonnemaison est accusé d'avoir administré à ces patients des médicaments hors du protocole de soins et sans recourir à l'avis d'autres médecins. Il aurait utilisé de l'Hypnovel, un puissant psychotrope, et au moins une fois du Norcuron, à base de curare, substance entraînant la paralysie des muscles respiratoires, utilisée en anesthésie-réanimation.

L'euthanasie active n'est pas autorisée en France.

Le procès intervient en plein débat sur l'opportunité d'une réforme de la loi Leonetti du 22 avril 2005, relative aux droits des malades et à la fin de vie. François Hollande avait promis en 2012, pendant la campagne présidentielle, une nouvelle loi pour "compléter, améliorer" le texte.

L'affaire divise aussi le corps médical et une pétition en faveur de Nicolas Bonnemaison a recueilli 60 000 signatures.

Mercredi, des membres d'associations favorables au droit à l'euthanasie étaient présents, affichant sur leur dos le slogan: "maîtriser sa vie jusqu'à la fin".

Patricia Dhooge, l'épouse de Fernand Dhooge, au nombre des sept victimes, a elle décidé de témoigner pour lui.

"J'ai beaucoup de mal à comprendre ce procès. J'ai envie de dire au tribunal 'on était là, on était d'accord'. Je suis là pour dire 'stop', parlons de la loi Leonetti et avançons", a-t-elle déclaré.


AFP

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