Euthanasie: "On est en train de détourner la loi de son objectif"

Euthanasie: "On est en train de détourner la loi de son objectif"
Euthanasie: "On est en train de détourner la loi de son objectif" - © Tous droits réservés

Après Frank Van Den Bleeken, un autre détenu a récemment demandé l'euthanasie en Belgique. Après 29 ans de prison, le prisonnier le plus turbulent du royaume, Farid Bamouhammad, a demandé le droit de mourir. Pour Jacqueline Herremans, présidente de l'Association pour le Droit de Mourir dignement (ADMD), "on est en train de détourner la loi de son objectif principal": celui de donner le droit à des malades incurables de mettre fin à leurs souffrances.

Les seuls points que Frank Van Den Bleeken et Farid Bamouhammad ont en commun, c'est qu'ils sont tous deux prisonniers, et qu'ils réclament l'euthanasie. Le premier a commis des délits sexuels dont l'un suivi d'un meurtre. Le second est incarcéré pour meurtres et tentatives d'enlèvement.

Frank Van Den Bleeken s'estime trop dangereux pour la société et dit souffrir d'insupportables souffrances psychologiques. Or, le traitement qu'il réclame pour parvenir à réfréner ses pulsions lui est refusé depuis quatre ans parce qu'il est dispensé aux Pays-Bas. Le ministère de la Justice a par contre accepté qu'il soit transféré vers un hôpital où il pourra être euthanasié. Farid Bamouhammad, lui, n'a aucune chance d'accéder à sa requête.

Pour Jacqueline Herremans, sa demande d'euthanasie est "l'aveu d'un échec du système carcéral belge". "Notre pays ne se distingue pas trop par les conditions carcérales de qualité, c'est un fait", dit-elle en ajoutant qu'"il ne faut toutefois pas se tromper d'interlocuteur": "Le problème de l'univers carcéral ne peut pas se régler en usant de la loi sur l'euthanasie", insiste-t-elle.

Elle dit craindre qu'"on se détourne de l'objectif de la loi sur l'euthanasie pour mettre l'accent sur ces problèmes de conditions de détention de prisonniers" qui ont valu des condamnations de la Cour européenne des Droits de l'Homme à la Belgique.

"Il faut régler cette question de manière cohérente et humaine, demande-t-elle, mais pas en détournant la loi sur l'euthanasie de son objectif", celui de permettre à quelqu'un qui éprouve des souffrances physiques ou psychiques inapaisables de demander de mourir.

Mais la présidente de l'Association pour le Droit de Mourir dignement (ADMD) précise aussi qu'"un détenu, s'il est atteint d'un cancer incurable par exemple, est privé de sa liberté mais pas des droits qu'un simple citoyen peut exercer". Il peut donc, lui aussi, demander ce droit de mourir.

RTBF

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