Euthanasie: consensus très peu probable sur une extension de la loi

L'euthanasie se limite-t-elle à "retirer la prise". Non, clament Philippe Mahoux et Catherine Fonck. Mais ils restent divisés sur la loi, sans parler de son éventuelle extension.
L'euthanasie se limite-t-elle à "retirer la prise". Non, clament Philippe Mahoux et Catherine Fonck. Mais ils restent divisés sur la loi, sans parler de son éventuelle extension. - © MaxPPP / Sami Belloumi

Faut-il améliorer ou étendre la loi sur l’euthanasie, dix ans après son entrée en vigueur ? Le débat est périodiquement relancé, certains voulant étendre le champ d'application de la loi aux mineurs de moins de 15 ans et aux personnes dont l'état de conscience s'affaiblit. Mais les politiques sont-ils d'accord sur ces points ? Le sénateur socialiste Philippe Mahoux et la députée cdH Catherine Fonck, tous deux médecins, ont des avis tranchés. Et opposés. Ils les développent au micro de Matin Première

"La loi fonctionne mais elle ne fonctionne pas suffisamment", estime Philippe Mahoux, sénateur et médecin, l’un des "pères" de la loi. "L’objectif de la loi était d’ouvrir un espace de liberté en mettant des balises pour éviter les abus mais en même temps pour répondre à des demandes face à des situations dramatiques", poursuit-il. L'euthanasie, selon lui, c'est "l’acte ultime d’humanité qu’un médecin peut proposer à son patient, à sa demande bien entendu".

Il reste, selon le sénateur-médecin, des "zones difficiles". Et d’évoquer le fait notamment que la loi et ses modalités doivent rester connues. Problème aussi avec l’utilisation de la clause de conscience, qui devrait selon lui demeurer l’apanage du médecin mais qui tend à devenir l’instrument aux mains des institutions hospitalières.

La fin de vie, ce n’est pas juste "retirer ou laisser la prise", estime pour sa part la cdH Catherine Fonck, dont le parti avait à l’époque voté contre la loi. "L’accompagnement de fin de vie c’est quelque-chose d’éminemment personnel (…) c’est d’abord toute une prise en charge au niveau de la souffrance, c’est aussi un accompagnement social", souligne-t-elle. Catherine Fonck reconnaît que des demandes d’euthanasie existent et qu’il faut pouvoir y répondre, "mais à côté de cela, la loi ne prévoit pas qu’il faille faire appel à des équipes de soins palliatifs, ce qui est déjà impressionnant, mais en plus elle est extrêmement large dans son champ d’application puisqu’elle ne vise pas seulement des situations de fin de vie –les termes sont très larges, très imprécis", juge-t-elle, disant demeurer sceptique sur la loi elle-même.

Pour l’élue cdH, la loi sur l’euthanasie met à mal le principe fondateur de l’interdiction de tuer, et elle considère que "l’état de nécessité" auquel un médecin pourrait être confronté pourrait légitimer une action de type euthanasie. Mais "banaliser l’euthanasie et dès lors banaliser la mort comme on l’a fait, sur la manière dont cette loi a été faite, n’était pas un bon choix".

"En aucune manière" la loi ne banalise l’euthanasie, réagit Philipe Mahoux. Il voit dans la position du cdH une "caricature". Pour lui, "les auteurs de la loi sur la prise en compte du droit de mourir dans la dignité ont évidemment intégré la totalité des situations et le caractère dramatique de ces situations, ont considéré qu’il y avait plusieurs types de réponse à apporter, que le fait que les patients soient entourés(…) à leur dernière minute(…) a autant de valeur qu’une minute de nos vies actuelles…" Tout cela pour lui relève de l’évidence.

Le sénateur socialiste estime qu’il n’y a pas eu d’abus. Il rappelle qu’une commission a été spécialement créée à ce propos. Du reste, pense-t-il,  "s’il y a eu des abus, ce sont des abus par défaut", soit des situations où la personne en souffrance n’a pas trouvé l’interlocuteur susceptible de répondre à sa demande. Ce n’est pas l’avis de Catherine Fonck: "Je crois que les médecins et les infirmières ont les garde-fous de cette loi ; mais je note quand même (…) qu’une fois sur 10 il y a une demande d’euthanasie qui est entendue, acceptée, donc réalisée alors qu’il s’agit d’un décès qui n’est pas prévu à brève échéance. Et ça c’est quand même un chiffre qui est interpellant , mais logique par rapport à la loi".

Par rapport à la problématique de euthanasie des mineurs ou des personnes dont l’état de conscience diminue de manière progressive, il ne faut "pas de réponse à l’emporte-pièce".  Il faut certes ouvrir le débat, selon Philippe Mahoux, par "devoir d’humanité". Il y ajoute la question de l’obligation pour le médecin auquel la demande est formulée de pouvoir "répondre à temps et à heure". "Je pense que les choses vont trop loin" juge pour sa part Catherine Fonck. "Chaque situation individuelle doit pouvoir être prise en compte par rapport à sa réalité, qui ne peut pas être décrite dans une loi".

Une opposition franche de point de vue qui augure certainement de nombreux débats encore autour de ces questions délicates.

T.N.

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