EuroSkills Budapest, ou l'art d'évaluer des métiers

Euroskills 2016 à Lille
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Euroskills 2016 à Lille - © Belga

Dans les grands halls du Hungexpo de Budapest, ce sont plus de 500 jeunes de 18 à 25 ans qui s'affrontent jusque vendredi pour monter sur le podium européen de leurs disciplines respectives, du carrelage à la menuiserie en passant par la mode et l'électricité. Pour être capable de comparer le travail des concurrents dans des métiers aussi divers, pas toujours très "visuels", les comités d'experts ne lésinent pas sur la créativité dans la conception des épreuves.

Du côté des installations électriques, 16 concurrents s'activent face à un... mur, chacun gérant sa portion de cloison sur laquelle interrupteurs, lampes et fils apparaissent. Les grandes horloges sont là pour rappeler que le temps est compté.

"Pour des jeunes comme ça, faire ce qu'ils font en trois jours, c'est incroyable", note Jean-François Delerue, l'Expert qui a coaché Florian Evrard. A 18 ans seulement et originaire de Ciney, il fait partie des plus jeunes de la bande. "Je suis confiant, mais on peut vite avoir une désillusion", ajoute l'Expert au sujet du travail de son poulain. Il s'agit, sur les trois jours, de réaliser "une installation électrique telle que ce qu'on pourrait faire dans le secteur tertiaire, comme dans un hôtel ou des bureaux. Il faut entre autres programmer une installation domotique assez complexe, avec de l'éclairage avec de la variation, la montée et descente d'un volet électrique, un module HVAC, etc. Ce serait bien qu'il puisse mettre sous tension aujourd'hui, mais je vois que tout le monde est un peu à la bourre..."

Un peu plus loin, Ophélie Depotter s'active entre les vases et les fleurs. La jeune fille de 22 ans a déjà sa propre boutique à Couvin, mais elle voit plus large. Le premier jour de compétition, il a fallu réaliser "une composition de plantes, ainsi qu'une couronne incluant du papier", explique-t-elle, montrant sa réalisation dans les tons verts, blancs et bleutés, qui a déjà été scrutée par le jury. Jeudi en milieu de journée, elle avait bouclé "un bouquet pour une demande de fiançailles", plus chaleureux, mais le concours continue. Au menu: "une épreuve surprise avec un buste de mannequin, sans doute un bijou floral".

La même créativité est requise du côté de la coiffure, où Florine Capelle s'apprête à réaliser pour une jeune femme un chignon de mariée avec un accessoire imposé, en 1h30 tout pile. Laetitia Lecomte de coiffure.org, l'association professionnelle des coiffeurs, venue soutenir et observer, explique que d'une épreuve à l'autre "soit on lui demande de reproduire une image, soit on ne lui donne qu'une 'inspiration', en lui fournissant un moodboard juste avant de commencer". "Je trouve que mercredi, elle a excellé, elle était du niveau d'un podium dans la coiffure hommes, qui était pourtant un de ses points faibles quand elle a commencé", ajoute Robert Van Dongen, qui a été un des formateurs de Florine Capelle. "On est épaté par son sérieux et son talent".

Dans le secteur des services, les concurrents pour la "réception d'hôtel" s'affairent tour à tour derrière un bureau, qui reproduit sous le regard des curieux l'accueil d'un établissement hôtelier fictif. C'est l'univers de Maxime Cabo, qui semble être le boute-en-train des Red Bears. Mercredi, il a "fait le check-in des faux clients". Mais il faut aussi "gérer le back office", précise-t-il, et "faire le suivi, donner des informations sur la ville". Le vendredi sera le jour des "situations exceptionnelles, c'est plus spectaculaire!". "Une alerte à la bombe, une femme enceinte..."

Dans un tout autre style, le Carolo Thomas Claude, en web design, doit quant à lui "réaliser un simulateur d'animation" lors du deuxième jour de compétition. "Hier, on a fait du code côté serveur, ce qui n'est pas du tout mon dada. Ici, c'est comme si on faisait une petite application, on nous a fourni une liste de fonctions et une vidéo, il faut calculer l'animation". "Il l'a dit et redit, son objectif est surtout de se situer par rapport aux autres", ajoute son Expert, Pierre Charlier. "Je n'ai pas le droit de parler à Thomas pendant la compétition, mais il m'a raconté sa matinée pendant la pause midi et j'ai un peu recadré ses priorités. Il est très relax, même parfois un peu trop", sourit-il.

Les "Experts" qui accompagnent chaque concurrent sont en même temps le jury de leur épreuve, cotant chaque participant sauf leur propre jeune. C'est, pour chaque métier, également le groupe d'experts correspondant qui a imaginé l'épreuve.

Dans la plupart des disciplines, celle-ci est connue des participants depuis plusieurs semaines, mais une partie du test ("environ 30%) a été modifiée, de telle sorte qu'elle comporte une dose d'inconnu, selon les explications d'Eric Spinnoy, l'Expert qui accompagne Omar Lo. Ce dernier, Sénégalais mais qui a depuis plusieurs années le statut de réfugié en Belgique, était le porte-drapeau du pays lors de la cérémonie d'ouverture. Depuis mercredi, il défend ses chances en plafonnage/plaquisterie. Il s'active, casque anti-bruit sur les oreilles, mètre en main, mesurant, sciant, vissant. Il s'agit de construire un "module", un cabanon: une structure métallique à construire, avec des cloisons en plaques de plâtre à fixer puis à enduire. "Nous avons changé un coin, et le plafond", indique Eric Spinnoy. Là, une fenêtre doit être percée, là, une ouverture doit accueillir une colonne, coulée en plâtre. Ce qui sera évalué? "Cela va de la propreté en fin de journée à la dimension des plaques, que l'on va mesurer", indique-t-il. "Il y a une centaine d'éléments à évaluer!"

La compétition se termine vendredi, les podiums seront quant à eux annoncés samedi soir lors de la clôture de l'évènement.

Archives: Euroskills, Nos jeunes ont du talent (2016)

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