Euro de football dans onze villes différentes : quel impact écologique pour nos Diables rouges ? "On y est attentifs"

Vous n’avez pas pu passer à côté : l’Euro de football bat son plein. Cette nouvelle formule de l’Euro, organisé dans 11 villes différentes, pose de nombreuses questions sur le plan environnemental.

Quel impact écologique de nos Diables rouges dans cette compétition ?

Frédéric Veraghaenne, directeur des opérations au sein de l’Association royale belge de football et directeur du camp de base des Diables rouges à Tubize, était l’invité de La Première ce matin.

Pourquoi organiser une telle compétition dans 11 pays différents, à l’heure où l’on sensibilise de plus en plus les populations à l’écologie ?

"Disons que c’est toute une logistique à laquelle nous devons faire face. C’est évidemment un pari fou, mais c’est aussi des déplacements moins loin pour nous que, par exemple, la Coupe du monde en Russie, alors que c’était dans un seul pays, si on prend en termes de distance".

L’UEFA affirme que la compétition serait plus écologique qu’il y a quatre ans. Comment est-ce qu’on peut affirmer cela ?

"Déjà, les distances sont moins longues, puisque si on prend notre propre cas, nous voyageons depuis Tubize, donc depuis un aéroport belge, et les distances sont limitées au niveau de l’Europe. Évidemment, on a évité Bakou, ce qui était le plus grand déplacement pour tous les pays de l’Europe centrale. Mais la Russie était tellement grande que les distances en Russie à couvrir étaient beaucoup plus grandes que ce qu’on fait actuellement".

Justement, nos Diables se déplacent en avion privé. Est-ce que l’on peut déjà chiffrer le nombre de kilomètres qu’ils ont fait ? Et imaginons, s’ils arrivaient à la finale, est-ce que vous avez déjà un chiffre du nombre de kilomètres qu’ils auraient parcourus ?

"On n’a pas encore chiffré le nombre de kilomètres, mais ce qui est évident, c’est que ce n’est pas très facile de limiter l’empreinte carbone parce qu’on doit voyager pour jouer tous les matchs. Dans l’absolu, c’est une règle qui s’applique en permanence. Ce type de compétition nécessite des voyages, donc nécessite de voler".

Pas de possibilité d’envisager le bus, comme à Séville, où ils vont jouer dimanche ?

"L’idéal, c’est de permettre la récupération des sportifs après et avant un évènement tel un match de football. Donc, si on leur demande de passer trois jours dans un bus, au niveau musculaire, c’est très compliqué. C’est d’ailleurs pour ça que nous essayons aussi de limiter le temps de voyage de porte à porte pour diminuer l’impact, notamment au niveau du physique des joueurs, d’un tel voyage. C’est donc évident qu’après et avant un voyage — on sort de l’écologie — on a de la récupération, du travail sur le corps, pour qu’on leur permette de jouer dans les meilleures conditions. Idéalement, une compétition devrait se passer dans une seule ville avec toutes les équipes".

Qu’est-ce qui est mis en place pour compenser un peu ces trajets en avion, au niveau du matériel par exemple ?

"Ce qu’on a essayé, c’est de faire coller au mieux nos besoins et le matériel, l’équipement emporté. Donc, on a évité tout ce qui était en supplément et on a limité l’avion à la taille nécessaire, sans prendre des avions de taille imposante — c’est un 737.

On embarque quand même avec nous 1,5 tonne de matériel par match, donc ça représente une soixantaine de malles, des ballons, des machines, tout un équipement à utiliser. Le reste, on le réserve sur place pour ne pas devoir le transporter.

Il est évident que d’habitude, pour favoriser l’empreinte carbone, on essaye de regrouper tous les gens qui volent sur le même vol. Ici, pour des questions de Covid, parce que c’est une donnée en plus à laquelle on doit faire face, on a été obligé de séparer, pour garder des bulles distinctes, les joueurs et le staff du reste de la délégation et de la presse.

Ça demande donc maintenant un morcellement et plusieurs avions. Là, sur ce côté-là, on est beaucoup moins écoresponsables, mais c’est une imposition à laquelle on a dû faire face dû aux normes Covid".

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© Belga

Et au niveau du camp, comment est-ce que ça se passe ?

"Nous, on est très sensibles et attentifs à la gestion écoresponsable. Ça fait plusieurs années qu’on est entrés dans un process à ce niveau-là. Le camp de base à Tubize est assez vert, en dehors du look, évidemment, puisque ça fait déjà plus de quatre ans que nos terrains sont 100% bio, donc sans produits phyto, sans aucun produit chimique, et on ne travaille qu’avec des produits naturels, des compostières que nous faisons nous-mêmes, des pulvérisations propres et du personnel qui est chargé de nettoyer le site au lieu de pulvériser des produits chimiques. Donc ça, c’est vraiment important.

On a un nouveau bâtiment en construction pour la Fédération qui est complètement écoresponsable et on va installer des panneaux solaires pour produire notre propre électricité.

À terme, nous allons avoir un bassin d’un million de litres qui nous permettra de récolter toutes les eaux de pluie et les eaux d’arrosage pour les réutiliser et arroser nos terrains sans pomper dans la nappe. Et on a déjà commencé en amont, comme je vous le dis, on a des ruches, on produit notre propre miel, ce sont nos gardiens de l’éco-responsabilité.

On évite l’utilisation des bouteilles en plastique, que ce soit dans les bureaux, où on est passés au vert et où on a des lave-vaisselle, mais également pour les joueurs, pour qui on utilise des bouteilles qu’on recycle, qu’on lave et qu’on réutilise. L’utilisation du PMC est limitée à sa plus simple expression, quand on n’a pas le choix. Et encore, on utilise au maximum du jetable, mais recyclable.

Même dans le village de presse actuellement, ce sont des bouteilles en verre et on n’utilise que du verre, sauf certains gobelets qu’on n’a pas le choix d’utiliser, et à ce moment-là, ils sont jetables, mais recyclables.


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Est-ce que nos joueurs sont conscientisés par rapport à toutes ces questions, vous qui les côtoyez ?

"Ils sont conscientisés. On leur explique ce qu’on fait sur deux niveaux. D’abord, ils voient ce qu’on fait avec les gains des tournois et avec le budget de la Fédé. Donc, je pense que c’est quand même assez remarquable de leur montrer qu’avec ça, on développe des projets écoresponsables, mais qui sont aussi d’abord et avant tout des outils de travail de haut de gamme. On arrive donc à combiner les deux et on en est assez heureux.

Et je peux vous dire que pour être tous les jours sur les terrains, ils sont vraiment sensibles au fait que les terrains sont complètement bio et propres et qu’ils ne doivent pas jouer sur des terrains avec des produits chimiques, parce que c’est vraiment l’outil de travail sur lequel ils sont tous les jours. Donc oui, ils sont sensibilisés. Ce n’est pas un sujet très marketing, mais ils sont sensibilisés et on leur explique ce qu’on fait".

Avec la Coupe du monde au Qatar en 2022, est-ce qu’on peut imaginer que le côté écologique sera un peu plus pris en compte ?

"On entend comme tout le monde beaucoup de choses, mais je dois vous avouer que les premiers contacts avec nos collègues qataris sont en cours et ils vont évidemment être plus fréquents après cet Euro.

On sera attentifs à ce qui va être fait, mais maintenant, vous savez que quand vous participerez à ce type de compétition, vous êtes aussi mis devant un fonctionnement auquel vous devez adhérer pour pouvoir être performant.

On va être attentifs à tous les points et on va, au mieux de ce qui nous sera donné, importer nos objectifs d’éco-responsabilité dans ce projet auquel on sera heureux de participer, même si on est conscients que ça risque d’être compliqué sur certains points".

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