Être une personne transgenre face au personnel médical: "On nous considère comme des citoyens de seconde zone"

Maxence Roelstraete, homme transgenre de 29 ans, témoigne de son vécu dans les services de soin de santé
Maxence Roelstraete, homme transgenre de 29 ans, témoigne de son vécu dans les services de soin de santé - © RTBF

Comme tout le monde, les personnes transgenres sont confrontées au quotidien à des problèmes médicaux. Mais lorsqu’elles se rendent dans des hôpitaux ou chez leur médecin généraliste, elles subissent parfois des remarques déplacées, des questions intrusives ou des comportements inappropriés. Résultat : une personne transgenre sur quatre évite au maximum les contacts avec les services de soins de santé en raison de leur statut transgenre, a conclu une étude parue en 2009.

Dès l’accueil

Le mal-être commence dès les premières minutes avec le personnel médical comme nous l’explique Maxence, un homme transgenre de 29 ans. “Le gros problème, c’est qu’on nous traite comme des citoyens de seconde zone. On ne respecte pas la façon dont on se présente, on pose des questions très intrusives sur notre transidentité ou nos opérations médicales, on nous appelle 'Madame' devant vingt personnes dans la salle d’attente et tout le monde commence à faire des messes basses".

Par ailleurs, la généralisation de l’obligation de présenter sa carte d’identité à l’accueil des hôpitaux entraîne des situations particulièrement gênantes pour les personnes transgenres. Maxence s’est ainsi déjà vu refuser une consultation gynécologique, car sa carte d’identité n’était pas encore conforme à son genre masculin. “On m’a dit de revenir avec ma femme pour les soins. J’ai dû répondre que c’était moi et me justifier devant tout le monde.”

Face aux spécialistes de la santé

Autre problème : le personnel médical n’est pas toujours compétent ou très coopératif pour aider un patient transgenre. Dans 60% des cas, le médecin généraliste n’a pas su ou n’a pas voulu donner d’informations aux personnes transgenres pour leurs problèmes spécifiques, selon une étude parue en 2009.

Maxence déplore d’être trop souvent réduit à sa transidentité : tous ses problèmes médicaux devraient être nécessairement des conséquences de sa transition. “Si j’ai mal à la tête, ce sont les hormones ; si j’ai fait de la rétention d’eau, ce sont les hormones ; si j’ai des problèmes de circulation – que j’ai depuis longtemps – ce sont les hormones". Au contraire, dans d’autres cas, le médecin ne connaît pas les particularités médicales des personnes transgenres ou leur traitement spécifique : “Ils ne savent parfois pas les symptômes liés à nos traitements et les interactions possibles avec d’autres médicaments”.

Un problème de formation?

De patient, Maxence devient presque médecin ou du moins acteur de sa propre santé. “Moi quand je vais chez le médecin, j’arrive avec ma fiche, et je dis ‘j’ai tel ou tel problème, et j’aimerais faire une prise de sang pour analyser ceci ou cela’. C’est une situation étrange : j’en sais plus que le spécialiste en face de moi…

Le personnel médical n’est pas formé dans ses études pour accueillir et prendre en charge des personnes transgenres. De même, les études scientifiques en Belgique sur ces questions sont rares et souvent peu accessibles : les associations se tournent alors vers le domaine anglo-saxon pour trouver par exemple des statistiques sur des problématiques transgenres.


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Une jeune diplômée en médecine explique ainsi qu’aucun cours ne présente les spécificités des personnes transgenres dans sa formation de base en médecine. “La seule fois où nous avons traité ces questions, c’était lors d’un travail de recherches à l’initiative des étudiants”. En réalité, ces questions sont abordées principalement dans le cadre de spécialisation en endocrinologie par exemple.

Se soigner pour les personnes transgenres devient donc un véritable défi. Soit elles communiquent entre elles les noms de médecins de confiance, soit elles décident d’éviter tout contact avec le personnel médical. “J’ai déjà eu des maux de ventre insupportables pendant 15 jours. Mon médecin habituel était en vacances, et je savais que j’aurais peut-être dû aller aux urgences, mais je n’y suis pas allé […] J’avais peur qu’on prenne de nouveau pour une bête de foire…”

Le rôle des associations

Maxence est membre des “Cheff”, une association LGBTQI qui organise des séances d’écoute et de conseils – y compris médicaux dans près de 50% des cas. “J’ai fait des études en langues romanes de base et je me retrouve à expliquer à des jeunes comment prendre soin de leur santé. C’est vraiment interpellant.”

Comme d’autres associations, “Les Cheff” propose également des formations au personnel médical sur l’accueil des personnes transgenres. “J’ai déjà donné des formations de 3 heures-4 heures à de futurs infirmiers. Ils étaient en mode 'C’est que ça ?'. Et oui, 'C’est que ça !', des petits mots, des petits gestes qui changent vraiment tout. Ce n’est pas compliqué de recevoir une personne transgenre.” Les associations notent une amélioration et se félicitent aujourd’hui de l’ouverture des professionnels de la santé, même si, dans la plupart des cas, l’initiative provient essentiellement du monde associatif.

Fin septembre 2018, 1625 avaient enregistré un changement de genre en Belgique. Autant donc de patients potentiels.

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