Vivre sans désirer le corps de l'autre? C'est le cas des asexuels... et "c'est chaque jour une bataille"

"Etre asexuel, c'est chaque jour une bataille"
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"Etre asexuel, c'est chaque jour une bataille" - © Tous droits réservés

Vivre sans éprouver de désir sexuel, est-ce possible ? Dans une société où la représentation du corps est omniprésente, certains ont du mal à trouver leur place. La RTBF a rencontré Sophie, Zachary et Florian. Chacun à leur manière, ils racontent comment ils vivent ce qu'on appelle l'asexualité.

Sophie, 28 ans, est asexuelle. Une particularité qui n'a pas été facile à assumer. A 18 ans, elle connait son premier rapport intime. Elle reste ensuite sept ans sans avoir la moindre relation charnelle. "Pendant toutes ces années, je n'ai ressenti aucun manque, aucune envie. J'ai alors commencé à me poser des questions". 

Un coming out difficile

En s'informant sur le net, Sophie comprend petit à petit qu'elle est asexuelle. Elle décide alors d'en parler à son petit ami. " Il fallait que je lui en parle. Il me demandait quelque chose que je ne pouvais pas lui donner, à savoir avoir du désir pour lui. Quand il me disait qu'il avait envie de moi, je ne savais pas quoi répondre. Je ne pouvais pas m'obliger à mentir". Un coming out qui sera fatal pour le couple. "Il m'a quittée, et j'ai alors dû expliquer à mes proches pourquoi il m'avait quittée. C'est à ce moment-là que j'ai révélé mon asexualité".

Une révélation qui suscite d'emblée beaucoup de questionnements... et laisse libre cours à tous les stéréotypes. "Mes amis pensaient que j'étais frigide, coincée, lesbienne refoulée, ou même malade et que je devais aller voir un psy. Mais pour moi, être malade, c'est se sentir mal! Or, je me sens bien en étant asexuelle!".

Asexuelle et en couple

Aujourd'hui, Sophie est à nouveau en couple. Elle n'est pas dégoûtée par le sexe, elle peut même avoir des relations sexuelles et y prendre du plaisir. "Je le fais par amour pour mon copain et je passe même un bon moment. Mais au départ, je n'en ai jamais envie. Je ne ressens jamais du désir".

Au début de la relation, Sean, le compagnon de Sophie, s'est posé pas mal de questions. "Je savais que Sophie était asexuelle mais je ne pouvais pas m'empêcher de me remettre en question. Je me demandais pourquoi elle ne revenait jamais vers moi, pourquoi elle ne me désirait jamais. Mais aujourd'hui, j'ai compris. Nous avons trouvé notre équilibre et nous sommes heureux".

L'hypersexualisation de la société me dégoûte

Zachary, 20 ans, est un étudiant belge qui vit au Canada. C'est vers l'âge de 17 ans qu'il met un mot sur son asexualité. "La révélation est venue quand une amie m'a parlé de son asexualité. Je me suis reconnu dans ce qu'elle vivait".

Zachary a encore du mal à accepter son asexualité. Contrairement à Sophie, il refuse toute relation sexuelle. "Je suis dégoûté par l'hypersexualisation de la société, mais aussi par le sexe en général. Je baisse les yeux quand il y a une scène de sexe à la télévision, je n'aime pas en parler, je n'aime pas y penser".

Zachary a tout de même un point commun avec Sophie : une fois son asexualité révélée, il a souffert du regard des gens. "Les gens pensent que nous sommes des robots, que nous n'avons pas de coeur, pas d'humanité. De nombreuses personnes pensent que nous sommes malades. Ils veulent nous "réparer" avec une thérapie forcée. Ces clichés sont douloureux. Mais le plus douloureux, c'est que ma propre mère ne me comprenne pas. Elle ne veut pas comprendre".

Etre asexuel n'est pas un choix

Florian Houdart est écrivain. Dans son roman "Correspondances", il aborde l'asexualité à travers son personnage principal, qui ne ressent aucun désir sexuel.

Florian est lui-même asexuel. C'est dès l'adolescence qu'il s'en rend compte. "Lorsque mes camarades de classe discutaient des filles dans les vestiaires, la façon dont ils en parlaient me laissaient perplexe. Je ne me sentais pas concerné".

Pour Florian, l'asexualité n'a rien à voir avec un mouvement militant, qui dénoncerait l'hypersexualisation de la société. "C'est stérile de penser qu'être asexuel est un choix. Aussi stérile que de considérer l'homosexualité ou la transexualité comme des choix. On naît comme ça et on essaie de vivre notre différence au mieux".

1% de la population serait asexuelle

Selon des études américaines, 1% de la population mondiale serait asexuelle. Sans compter tous ceux chez qui le désir disparaît avec l'âge. Selon les chiffres relayés par l'Association pour la Visibilité Asexuelle, près de 90% des asexuels sont des jeunes de moins de 30 ans. 57% sont des femmes, 12% sont des hommes, et 31% ne s'inscrivent pas dans la binarité hommes-femmes.

Aujourd'hui, l'asexualité est de plus en plus visible. Pour certains, elle devient une forme de militantisme. Zachary conclut "j'espère qu'à l'avenir nous serons mieux acceptés. Mais pour l'instant, c'est une bataille".

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