Etats-Unis: 4 millions de Covid-19 recensés, mais l'épidémie faiblit dans certains foyers

Un établissement de pompes funèbres à Miami le 17 juillet 2020
Un établissement de pompes funèbres à Miami le 17 juillet 2020 - © CHANDAN KHANNA

Dans plusieurs régions des Etats-Unis, l'épidémie de Covid-19 semble marquer le pas, mais la Californie a encore battu un record de contaminations et les experts préviennent que les sous-capacités de tests empêchent de prédire quand la pandémie, qui a dépassé jeudi quatre millions de cas recensés, atteindra son "pic".

Si l’on s’en tient au nombre officiel de nouveaux cas détectés, plusieurs Etats ont stoppé la hausse exponentielle qui était observée en juin, comme l’Arkansas, l’Iowa, les Caroline du Nord et du Sud et l’Arizona, dont la capitale Phoenix était il y a quelques semaines l’un des foyers les plus actifs de circulation du coronavirus dans le pays.

Les alertes répétées de responsables sanitaires, les fermetures de bars et les obligations locales de port du masque décidées depuis juin semblent porter leurs fruits, bien qu’au niveau fédéral, Donald Trump ait attendu ces derniers jours pour s’inquiéter publiquement et dire que porter un masque était un geste "patriotique". "Cela va sûrement, malheureusement, empirer avant de s’améliorer", a-t-il déclaré mardi.

L’Arizona donne de l’espoir. Le nombre de nouveaux cas détectés dans cet Etat du sud-ouest voisin de la Californie a certes atteint les 20.000 dans la semaine passée, mais c’était 11% de moins que la semaine précédente, selon les statistiques officielles.

"Les choses s’améliorent", témoignait jeudi Matthew Heinz, médecin dans un hôpital de Tucson, qui crédite le port du masque, notamment par un gouverneur républicain longtemps réfractaire. "Beaucoup plus de gens portent des masques par rapport à il y a un mois", dit le docteur à l’AFP. Les hospitalisations y sont nettement en baisse depuis juin.

Mais la maladie court toujours

Sur l’ensemble du pays, l’épidémie est loin d’être contenue. Mais le nombre de nouveaux cas a augmenté de 7% en une semaine, soit moins que les +20% enregistrés dans les semaines précédentes. Le pays a identifié plus de 60.000 nouveaux cas quotidiennement depuis neuf jours.

Et les modèles épidémiques prédisent, en moyenne, un pic national dans les quatre prochaines semaines, selon Nicholas Reich, de l’université du Massachusetts, qui agrège les modèles d’une vingtaine de centres de recherche. "Les modèles répondent au ralentissement observé dans l’augmentation du nombre de cas la semaine passée", dit le biostatisticien à l’AFP.

Il prévient qu’on ne peut pas être certain d’avoir atteint un tournant, car dans des endroits comme le Texas et la Floride, les gens doivent faire la queue des heures pour un test, et les résultats mettent trois, quatre ou sept jours à être communiqués, ce qui brouille le suivi en temps réel de l’épidémie. La stabilisation "est sans doute en partie due aux embouteillages de tests", prévient Nicholas Reich.

Morts à venir

Le consensus scientifique est que la vague des décès suit de trois ou quatre semaines celle des infections. La courbe des cas est repartie à la hausse mi-juin, et celle des morts remonte modérément depuis début juillet sans signe de ralentissement, atteignant ces deux derniers jours un millier de morts.

Le Texas, la Californie, l’Alabama, l’Idaho ont chacun annoncé mercredi des records de décès en 24 heures (pour la Californie, record aussi du nombre de nouveaux cas). La Floride aussi jeudi, avec 173 décès.

Il est difficile de prédire jusqu’où les morts monteront, car la mortalité n’est plus aussi forte qu’au début de la pandémie, quand les médecins découvraient une toute nouvelle maladie. Aujourd’hui deux médicaments ont prouvé leur efficacité, les hôpitaux utilisent les respirateurs de façon plus subtile, et les malades sont plus jeunes. "Mais tout comme en avril, stabiliser ne suffira pas : le but est de supprimer, pas juste d’atténuer", dit à l’AFP Thomas Tsai, médecin et chercheur à Harvard.

Thomas Tsai s’inquiète déjà de voir d’autres régions prendre le relais, comme le Missouri. Le Mississippi et Porto Rico sont aussi en pleine explosion.

L’erreur des Etats-Unis fut de brûler les étapes du déconfinement en mai, et d’avoir rouvert trop tôt, trop vite, avant que la courbe des contagions soit complètement redescendue comme en Europe.

Si un tournant était réellement atteint cet été, Thomas Tsai insiste que le pays devra avoir la patience de continuer distanciation physique, port du masque, et une politique proactive de tests, de traçage de contact et de mise à l’isolement, choses qui ont été négligées à la fin du printemps.

Duplex des Etats-Unis dans notre JT du mercredi 22 juillet :

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