Et si l'incendie de l'Innovation s'était produit aujourd'hui ?

C'était un bâtiment prestigieux, un lieu de délassement féerique au cœur de la capitale. L'un des premiers temples de la consommation du pays. Ce lundi noir, le 22 mai 1967, un millier de personnes faisait leurs emplettes au moment où tout a basculé. Aux alentours de 13h, en revenant de sa pause déjeuner, une vendeuse aperçoit de la fumée dans une réserve au premier étage. Le feu se propage très rapidement, le célèbre grand magasin l'Innovation s'embrase et ne laisse aucune chance de survie à 251 victimes prises au piège à l'intérieur.

Les causes du drame

Comment l'impensable a-t-il pu se produire ? Siegfried Evens s’est penché sur la question. Il est historien et vient de publier un livre sur la catastrophe intitulé "L’incendie de l’Innovation". Selon lui il n’y a aucun doute, l’origine de l’incendie est accidentelle. "On a souvent pensé que c’était un attentat, ce n’est pas juste. Je le prouve dans mon livre. C’est dû à une cause technique. C’est une lampe dans un faux plafond qui a provoqué l’incendie. Il y avait très probablement des fuites de gaz dans le bâtiment qui ont accéléré le feu".

Après 3 ans d'enquête, l'affaire de l'incendie de l'INNO sera finalement classée en "non-lieu". L’enquête de l’époque ne permettra pas d’identifier formellement les causes de la tragédie. Siegfried Evens, qui a eu accès à l’ensemble du dossier, considère toutefois que les experts de l’époque ont bien travaillé. "Je pense que les recherches de l’époque ont été bien menées. Elles ont été réalisées de façon approfondie et scientifique".

Si la tragédie de l’Innovation s’était produite aujourd’hui, il n’est pas certain que les spécialistes actuels auraient pu être plus précis.

L’identification des victimes

Pierre Genard est expert en détermination de causes d’incendie : "J’ai le sentiment que malgré tout dans un tel contexte qui était imaginable de pouvoir situer l’origine de l’incendie, la situation resterait la même. Depuis les 25 années où je procède à des déterminations de causes d’incendie, il y a très peu d’évolution au niveau des techniques de recherches". Au niveau de l’identification des victimes par contre, la situation aurait été tout autre. Les techniques ont fortement évolué.

A l’époque, plus de la moitié des corps n’a pu être identifié. " En 50 ans, beaucoup de choses ont changé. Notamment au niveau des informations dentaires, que ce soit les soins ou les implants. Les prélèvements ADN sont également de plus en plus précis. Depuis les années ’80, nous travaillons également avec Interpol " explique Patricia Vanderlinden, inspectrice au service d’identification des victimes.

La prévention

50 ans plus tard, l’incendie de l’Innovation n’aurait pas été aussi dramatique. Ce drame a marqué un tournant en Belgique en matière de prévention de risques incendie. A l’époque, l’esthétique de l’édifice construit par Victor Horta était plus importante que la sécurité. " La structure même du bâtiment constituait un réel danger, mais on n’en avait pas réellement conscience " explique Alain George, l’ancien directeur de l’Association Nationale de pour la Protection contre l’Incendie et l’intrusion (ANPI).

Depuis, les normes de sécurité ont beaucoup évolué. Les grands magasins sont équipés d’extincteurs hydrauliques automatiques, les parois sont résistantes au feu et les sorties de secours sont correspondent à la capacité d’accueil. "Malheureusement, il aura fallu une catastrophe pour que tous magasins soient finalement protégés" déplore Alain George.

 

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