Est-il possible d'être réinfecté une deuxième fois par le coronavirus après avoir été diagnostiqué et déclaré guéri?

Est-il possible d'être réinfecté une deuxième fois par le coronavirus après avoir été diagnostiqué et déclaré guéri?
Est-il possible d'être réinfecté une deuxième fois par le coronavirus après avoir été diagnostiqué et déclaré guéri? - © dowell - Getty Images

Il y a plusieurs semaines, des dizaines de cas de patients sud-coréens guéris, puis testés à nouveau positifs, avaient soulevé de nombreuses interrogations. Mais ce ne seraient pas des réinfections,  dit l’OMS, ce serait lié à la présence de cellules ayant persisté dans les poumons après la guérison.

Maria Van Kerkhove, une des responsables de la gestion de la pandémie à l’OMS, expliquait il y a quelques jours à la BBC : "Sur base de données récentes sur le virus, il semble que des patients après guérison ont été testés positifs parce qu’ils avaient expulsé des "cellules mortes" ayant persisté dans les poumons, dans le cadre de leur rétablissement. Ce n’est donc pas une réinfection, cela fait partie du processus de récupération."

Des explications de l'OMS tirées par les cheveux

Pour Jean-Luc Gala, spécialiste des infections à l’UCLouvain, l’explication de ces restes de l’infection (vivants ou non) venant du poumon profond et qui se retrouveraient dans le nez paraît un peu tirée par les cheveux.

Lui-même a contracté une forme sévère de la maladie et a été testé au moins à six reprises dont plusieurs après la sortie de l’hôpital, et à aucun moment après sa guérison, le test n’a été positif.

Bien sûr, ce n’est qu’un exemple personnel mais cette affirmation de l’OMS, pour expliquer les tests positifs chez des malades guéris, ne le convainc pas. Les Coréens guéris testés positifs ont peut-être été des faux positifs à cause de prélèvements mal réalisés. 

Mais nous réinfecter c'est peu probable

Cela remet-il en question, ce que l’on sait déjà, sur la faible réponse immunitaire induite par ce nouveau virus, et donc sur la possible réinfection de malades guéris du Covid-19 ? Jean-Luc Gala nuance :"Un patient qui se réinfecte, je n’y crois pas, parce que si nos anticorps contre le Covid-19 ne sont pas nombreux, nous avons une immunité innée qui joue probablement aussi un rôle important dans la lutte contre l’infection, mais c’est un rôle totalement méconnu puisque c’est l’immunité humorale (par les anticorps censés attaquer et détruire le virus) que l’on teste."

Peu d'anticorps produits mais une immunité globale acquise contre ce virus

Pour Jean-Luc Gala, le coronavirus ne stimulerait que très peu notre immunité : "Nous ne savons pas encore tout sur ce nouveau virus, nous ne savons pas si cette immunité sera forte, et combien te temps elle durera. Pour le Coronavirus, cousin du Covid-19, responsable du SRAS en 2002, la réponse immunitaire n’était pas très forte et ne restait que quelques mois. Mais l’hypothèse que parce que nous ne produisons pas beaucoup d’anticorps, le virus reviendrait, je n’y crois pas. Tous les patients post-Covid que je teste restent négatifs".

Plus de questions que de réponses sur l'immunité induite par le Covid-19

Autrement dit, nous avons très peu de risque d’être réinfecté par le Covid-19 après en avoir été guéris. Mais les scientifiques restent prudents, il faudra suivre l’évolution de l’épidémie dans les mois qui viennent. Même, Maria Vankerkhove de l’OMS insiste : "Même si les études montrent que les patients infectés développent des anticorps dans les trois semaines suivant la maladie, cela ne répond pas pour autant complètement à des questions cruciales : sommes-nous immunisés après l’infection par le SARS-Cov-2 ? Et si oui, à quel degré et pendant combien de temps ? Nous n’avons pas de réponse".

En revanche, des réactivations du virus sont possibles, explique le spécialiste des infections de l’UCLouvain : "Quelques jours après que la charge virale commence à diminuer, il peut y avoir un petit rebond de l’infection qui est dû sans doute à la faible réponse immunitaire contre ce nouveau virus. Mais généralement, il disparaît définitivement après quelques jours."

Manque d'étude et de recul : "On est dans le noir complet"

Mais il faut rester humble, admet le scientifique : "On est dans le noir complet sur l'immunité. D’abord, nous n’avons pas beaucoup de tests en Belgique, ni dans le reste du monde (sauf quelques pays très privilégiés qui ont pu lancer l’une ou l’autre étude), ensuite nous manquons de recul, chez nous, cela ne fait que deux mois que l’épidémie a commencé, il faudra analyser notre immunisation dans un an."

La seule chose que l’on sait déjà, c’est que les 30% à 35% de personnes qui ont été contaminées mais n’ont eu aucun symptôme, ne développent pas ou très peu d’immunité, les 55% de ceux qui ont eu une infection légère à sévère, développent une immunité modérée, et les 15% qui ont souffert d’une infection très sévère et qui ont eu la chance de s'en sortir, développent une forte immunité. C’est le cas de notre expert, il a désormais un taux d’anticorps contre le Covid-19 très élevé.