Est-il déjà trop tard pour restaurer l'avenir de la biodiversité?

Est-il déjà trop tard pour restaurer l'avenir de la biodiversité?
Est-il déjà trop tard pour restaurer l'avenir de la biodiversité? - © JOAQUIN SARMIENTO - AFP

132 États représentés, dont la Belgique, ainsi que 150 experts internationaux se réunissent dès ce lundi à Paris pour présenter trois années de travaux sur l'état de la biodiversité mondiale mais aussi proposer des modes d'action aux gouvernants de ce monde.

Il s'agit de la première synthèse globale de l'état de la nature depuis une quinzaine d'années et certains souhaitent en faire l'acte de naissance d'une mobilisation internationale sans précédent pour la biodiversité.

Marc Dufrene, professeur à Gembloux Agro-Bio Tech, spécialiste du patrimoine biologique de nos régions et expert des services écosystémiques, détaille les grandes lignes du rapport qui doit être produit lors de cette réunion. "Il s'agit de faire un diagnostic qu'on connaît déjà depuis plusieurs années, qui est assez négatif, sur l'état de la biodiversité, avec une réduction extrêmement importante, puisque sur les 100.000 espèces qui ont pu faire l'objet d'une analyse, sur pratiquement 8 à 10 millions d'espèces connues dans le monde, on estime qu'environ 20% d'espèces sont considérées comme menacées, dont une partie a déjà disparu.

Sixième extinction de masse

Le terme de sixième extinction de masse, après celle des dinosaures, est même évoqué. Un constat pas tellement exagéré selon Marc Dufrene. "On a effectivement des espèces qui disparaissent tous les jours. On observe ce type de phénomène, ça fait partie de la sélection naturelle, et on est ici à des taux 100 à 1000 fois plus importants que ceux qui sont observés normalement", explique-t-il. "On peut donc vraiment parler d'une sixième extinction puisque c'est pratiquement les mêmes taux qui ont eu lieu il y a 65 millions d'années avec les dinosaures".

Parmi les espèces les plus menacées aujourd'hui, on retrouve les grands mammifères qui sont directement concernés par l'impact des activités humaines  mais aussi les espèces marines qui sont extrêmement impactées par la pollution de l'eau, l'acidification des océans et la quantité de plastique. Plus proche de chez nous, de nombreuses espèces associées à des milieux extrêmement sensibles comme par exemple des pelouses calcaires, des tourbières ou des forêts sur les pentes, sont aussi largement menacées.

Toutefois, certaines espèces renaissent et connaissent une augmentation de leur population. "Dans l'hémisphère nord, à l'échelle du globe, on constate une réaugmentation d'un certain nombre d'espèces, mais il faut savoir qu'on avait perdu des populations de manière très importante au cours des 100 dernières années", explique Marc Dufrene. "Donc, cette augmentation ne doit pas cacher le chemin qu'il nous reste à faire pour récupérer les densités qui étaient observées il y a 50 ou 100 ans".

"Déconnectés"

Alors à qui la faute ? "Les coupables, ce sont nous tous à travers nos modes de consommation", annonce Marc Dufrene. "À partir du moment où nous ne sommes pas prêts à payer la nourriture, nos habits, nos vêtements et notre environnement au prix auquel on devrait les payer, c'est-à-dire un prix relativement plus important que celui qu'on paye maintenant pour éviter de le détruire lorsqu'on produit de la biomasse, nous sommes tous coupables."

"La production industrielle nous a directement déconnectés des modes de production", poursuit-il, "mais depuis maintenant une dizaine d'années, on constate qu'il y a une vraie demande, à travers notamment les potagers urbains, la mobilisation pour les circuits courts, etc.", précise Marc Dufrene. "Les citoyens veulent beaucoup mieux connaître d'où vient leur nourriture, comment elle est produite, et ils sont évidemment de plus en plus exigeants sur la qualité puisqu'ils sont directement impactés par des problèmes de santé."

Est-il déjà trop tard pour régler l'avenir de la biodiversité ? Plusieurs études internationales ont tendance à montrer que la situation est grave et que le délai pour restaurer une situation déjà extrêmement dégradée se mesure en dizaine d'années. Marc Dufrene l'affirme, les enjeux de la biodiversité sont d'ailleurs plus importants encore que les enjeux du climat, dont on parle abondamment ces derniers mois.

"Enjeux climatiques et biodiversité devraient être strictement associés", rajoute Marc Dufrene. "D'ailleurs, la démarche faite au sein de l'IPBS, la plateforme intergouvernementale biodiversité et services écosystémiques, est très similaire à celle qui a eu lieu pour le GIEC, donc le changement climatique, il y a maintenant une trentaine d'années. On est juste en retard. Biodiversité et climat, c'est vraiment le même combat."

Journal télévisé 29/04/2019

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