Espionnage: le torchon brûle entre Européens et Américains

Espionnage: le torchon brûle entre Européens et Américains
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Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a demandé un contrôle de la sécurité de la Commission, après les allégations sur l'espionnage des institutions de l'UE par les Américains, a annoncé lundi sa porte-parole. L'Europe entière a demandé des explications aux Américains à propos de ces programmes et certains ont exigé la fin immédiate de cet espionnage "entre amis".

José Manuel Barroso monte également au créneau

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a demandé un contrôle de la sécurité des bâtiments de la Commission à Bruxelles, a annoncé sa porte-parole.

"Compte-tenu de ces allégations, le président Barroso a ordonné aux services compétents de la Commission de procéder à un contrôle complet de la sécurité", a déclaré Pia Ahrenkilde-Hansen lors d'un point de presse.

La France a aussi, à son tour, "demandé dimanche des explications aux autorités américaines" sur les allégations d'espionnage des institutions européennes par Washington, révélées par la presse allemande, a déclaré le chef de la diplomatie française Laurent Fabius.

"La France a demandé aujourd'hui des explications aux autorités américaines au sujet des informations dévoilées par l'hebdomadaire allemand Der Spiegel selon lesquelles la National Security Agency (NSA) aurait espionné les institutions de l'Union européenne", a indiqué Laurent Fabius dans un communiqué. "Ces faits, s'ils étaient confirmés, seraient tout à fait inacceptables", a-t-il ajouté. "Nous attendons des autorités américaines qu'elles lèvent dans les plus brefs délais les inquiétudes légitimes suscitées par les révélations de la presse", poursuit le ministre.

Cette demande de Paris a été transmise par l'ambassade de France à Washington à la Maison-Blanche et au Département d'Etat, a-t-on précisé de source diplomatique française.

Le président de la République François Hollande a déclaré que la France ne pouvait accepter "ce type de comportement", et estimé que les éléments révélés justifiaient une demande d'explications.

"Entre partenaires, on n'espionne pas !"

L'Union européenne et l'Allemagne ont déjà réclamé des explications à Washington, à la suite de nouvelles allégations, attribuées au fugitif américain Edward Snowden, selon lesquelles Washington a espionné les bureaux de l'UE à Bruxelles et la mission diplomatique de l'UE à Washington.

La délégation de l'UE auprès des Nations unies a fait l'objet d'une surveillance similaire, a aussi écrit Der Spiegel.

Les Européens ont exigé dimanche des explications sur le programme d'espionnage américain, qui aurait également visé les institutions de l'UE et des millions de citoyens européens, Bruxelles mettant même en garde contre de possibles conséquences de cette affaire sur la négociation d'une zone de libre-échange transatlantique.

"Entre partenaires, on n'espionne pas ! ", a lancé dimanche au Luxembourg la commissaire européenne à la Justice, Viviane Reding. "On ne peut pas négocier sur un grand marché transatlantique s'il y a le moindre doute que nos partenaires ciblent des écoutes vers les bureaux des négociateurs européens", a-t-elle averti, en réclamant que les Etats-Unis "dissipent ces doutes très rapidement".

Viviane Reding réagissait aux révélations de l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, qui a assuré dimanche que Prism, le programme d'espionnage de l'Agence nationale de sécurité (NSA), avait visé les institutions de l'Union européenne. Le Spiegel fonde ses accusations sur des documents confidentiels dont il a pu avoir connaissance grâce à l'ancien consultant américain de la NSA, Edward Snowden, au coeur d'un imbroglio mondial digne des meilleurs romans d'espionnage.

"Guerre froide"

La ministre allemande de la Justice, Sabine Leutheusser-Schnarrenberger, a aussi exigé que Washington dise "immédiatement et en détail si ces informations de presse à propos d'écoutes clandestines totalement disproportionnées (...) sont exactes ou non". "Cela dépasse l'entendement que nos amis américains considèrent les Européens comme des ennemis. Si les informations des médias sont exacts, ce n'est pas sans rappeler des actions entre ennemis pendant la Guerre froide", a-t-elle ajouté, cinglante.

La Commission européenne avait indiqué plus tôt dans la journée avoir immédiatement "mis (les Américains) face aux informations de presse. Ils nous ont dit qu'ils vérifiaient l'exactitude des informations publiées hier et qu'ils reviendraient vers nous", a expliqué une porte-parole.

"Cibles à attaquer"

Selon le Spiegel, le programme était constitué non seulement de micros installés dans le bâtiment de l'UE à Washington, mais aussi d'une infiltration du réseau informatique qui lui permettait de lire les courriers électroniques et les documents internes. La représentation de l'UE à l'ONU était surveillée de la même manière, toujours selon ces documents, dans lesquels les Européens sont explicitement désignés comme des "cibles à attaquer".

Et les toutes dernières révélations du Spiegel, faites dimanche après-midi, risquent d'enflammer l'opinion allemande, très sensible sur les questions de protection de la vie privée. L'Allemagne est en effet "le pays européen le plus surveillé" par la NSA, avec 500 millions de connexions téléphoniques et Internet enregistrées mensuellement, assure le magazine, qui explique qu'une journée "normale" d'espionnage y tourne autour de 15 millions d'appels téléphoniques recensés en Allemagne, pour environ deux millions quotidiennement en France.

L'Allemagne, comme la France, sont considérées par la NSA comme moins fiables que le Canada, la Grande-Bretagne, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, explique aussi Der Spiegel se fondant sur ces documents.

Les Européens sont pourtant "parmi les alliés les plus proches" des Etats-Unis, a assuré dimanche le conseiller adjoint à la Sécurité nationale, Ben Rhodes, dans l'unique réaction américaine à ce stade. Le président du Parlement européen, Martin Schulz, a quant à lui évoqué un possible "immense scandale", tandis que le député européen écologiste Daniel Conh-Bendit a appelé à une rupture immédiate des négociations sur le traité de libre-échange transatlantique, qui viennent d'être lancées, tant qu'un accord n'a pas été signé avec les États-Unis sur la protection des données personnelles. Des négociations en ce sens, lancées en 2011, n'ont toujours pas abouti.

"Pas inhabituel", selon John Kerry

En première ligne, le secrétaire d'Etat américain John Kerry a rencontré lundi son homologue européenne Catherine Ashton, en marge d'un sommet asiatique à Brunei, minimisant l'ampleur du scandale.

"Je dirai que chaque pays dans le monde qui est impliqué dans les affaires internationales, de sécurité nationale, exerce de nombreuses activités afin de protéger sa sécurité nationale et toutes sortes d'informations qui peuvent y contribuer", a-t-il ajouté. "Tout ce que je sais, c'est que cela n'est pas inhabituel pour un grand nombre de pays".

"Nous coopérons avec l'Europe sur tellement de sujets, nous sommes si proches en raison de nos intérêts dans le monde que nos relations vont rester fortes", a renchéri Ben Rhodes, conseiller adjoint du président Barack Obama pour la sécurité nationale. "Nous allons travailler avec eux (les Européens) sur les questions de sécurité, économiques, et franchement nous partageons aussi beaucoup de valeurs démocratiques qui, je pense, peuvent transcender toute controverse", a-t-il ajouté.

Face au déluge de documents communiqués via Edward Snowden, au coeur d'un imbroglio mondial digne des meilleurs romans d'espionnage, Bruxelles a averti de possibles conséquences sur les négociations en vue de la création d'une zone de libre-échange transatlantique.

"Si c'est vrai que les Américains ont espionné leurs alliés, il y a aura des dégâts politiques. Cela dépasse de loin les besoins de sécurité nationale. C'est une rupture de confiance et on est parti pour quelque chose de très sérieux", a confié à l'AFP un responsable européen.

Après les premières révélations sur Prism, la Commission européenne avait assuré que Washington avait accepté d'informer les Européens. Mais la promesse ne semble pas avoir été tenue, Bruxelles ayant à nouveau réclamé le 19 juin des réponses "aussi rapidement que possible".

Toujours selon le Spiegel, la NSA avait même étendu ses opérations jusqu'à Bruxelles il y a "plus de cinq ans".

En 2003, l'UE avait effectivement confirmé la découverte d'un système d'écoutes téléphoniques des bureaux de plusieurs pays - dont la France, l'Allemagne, l'Espagne, le Royaume-Uni, l'Autriche et l'Italie - au siège du Conseil de l'Union européenne. Il est difficile de savoir s'il s'agit de la même affaire, l'enquête de la justice belge n'ayant débouché sur rien.

RTBF avec agences

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