Espagne: l'espoir renaît pour le lynx ibérique

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Les panneaux routiers du parc national de Doñana, site classé Patrimoine mondial de l'humanité dans le Sud-Ouest de l'Espagne, alertent les conducteurs: attention aux lynx ibériques, félins les plus menacés au monde.

Mais il est bien rare d'y croiser un spécimen de cette espèce féline, la plus menacée au monde.

Moins de 50 spécimens de ces animaux peuplent les 335 km2 de garrigue, de forêts et marais du parc, l'un des deux derniers endroits d'Espagne où le lynx ibérique survit en liberté. Au début du XXème siècle, ils étaient environ 100.000 en Espagne et au Portugal.

Mais l'urbanisation, la chasse, et surtout le dramatique déclin de l'espèce dû à une maladie transmise par les lapins sauvages, principale proie du lynx, ont fait qu'en 2002 il n'en restait plus que 150 en liberté.

Ces gros chats tachetés, qui peuvent mesurer jusqu'à un mètre de long et peser 15 kg, sont l'espèce féline la plus menacée d'extinction depuis le tigre à dents de sabre disparu il y a 10.000 ans.

Dans une enceinte à l'intérieur du parc, la vétérinaire Astrid Vargas mène depuis cinq ans avec un succès un programme de reproduction en captivité.

Cette Américaine de Puerto Rico a commencé son travail en décembre 2003 avec cinq lynx adultes de Doñana, quatre femelles et un mâle.

Le mois dernier, un total de 17 bébés sont nés en captivité à Doñana et dans un autre centre d'élevage à La Olivilla, dans la province andalouse de Jaen, un record depuis le début du programme.

On recense aujourd'hui 77 lynx en captivité dans les deux centres dirigés par Vargas et au zoo de Jerez.

Vargas, diplômée en biologie de la conservation estime avoir atteint son but: les 30 adultes mâles et 30 adultes femelles nécessaires pour pouvoir réintroduire une espèce dans la nature.

"Nous sommes maintenant en avance de deux ans sur les prévisions de croissance du programme d'élevage en captivité. Notre prochain grand défi est de préparer les animaux nés en captivité pour qu'ils puissent survivre en liberté", explique-t-elle.

Elle projette de relâcher quelques animaux l'an prochain dans des zones où ils vivaient nombreux auparavant. Par ailleurs, certains lynx en liberté vont être transférés vers de nouvelles zones cette année.

A Doñana, les animaux en captivité vivent dans une vingtaine d'enclos, où ils sont surtout nourris avec des lapins, y compris vivants pour que les petits lynx puissent apprendre à chasser.

A l'intérieur d'un petit bâtiment, Vargas et son équipe d'experts les surveillent 24 heures sur 24 grâce à 57 caméras en circuit fermé.

Vargas, tout en expliquant son travail ne cesse de jeter des coups d'oeil nerveux sur les écrans.

"Les pauvres petits ont si chaud aujourd'hui!", dit-elle en regardant trois bébés qui luttent désespérément pour se débarrasser de moustiques dans une fournaise de 43°C.

"Nous tâchons d'intervenir le moins possible, sauf quand ils se battent", explique-t-elle. En 2005, un frère et une soeur nés en captivité se sont entretués.

Le programme d'élevage en captivité est juste le commencement d'un processus qui pourrait prendre encore 16 ans, pendant lesquels le lynx ibérique devrait passer de la catégorie "en danger critique d'extinction" -la plus élevée pour un animal sauvage selon l'échelle de l'Union internationale de la conservation de la nature- à "en danger", puis "vulnérable".

Vargas, qui a déjà travaillé à sauver le furet à pattes noires, le loup mexicain aux Etats-Unis et le tigre de Sibérie en Russie, explique que cela fait simplement partie d'un plus large projet: "la protection d'un habitat menacé, celui de la forêt et de la garrigue méditerranéennes".

Les lynx de Doñana peuvent être observés sur http://icts.ebd.csic.es.

 

(M.S. avec Belga)

 

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