Esclavage et colonisation: faut-il supprimer les traces?

Plutôt que d’enlever les traces d’un passé esclavagiste, plutôt que débaptiser les lieux, il faut expliquer. C’est ce que pense Karfa Sira Diallo, le directeur de Mémoires & Partages.

"Il faut mettre du sens sur ces vestiges de l’histoire coloniale, sur l’histoire de la traite des noirs. La rencontre brutale et terrible entre les peuples d’Afrique et les peuples a laissé des traces dans nos rues et dans nos villes. Il faut pouvoir en débattre. Il faut pouvoir les réinterroger dans un optique de pédagogie et de transmission. Il faut mieux comprendre la complexité de l’histoire de nos peuples qui s’est bâtie sur la violence et la barbarie alors que nous devons continuer à vivre ensemble".

Karfa Sira Diallo prend l’exemple du général Faidherbe, l’un des principaux gouverneurs de l’administration coloniale française. Au Sénégal, sa statue porte la mention "Le Sénégal reconnaissant à Faidherbe ". La statue s’est retrouvée récemment à terre. Elle a rapidement été remise en place. "Cela a cristallisé la blessure coloniale. La mention peut légitimement choquer. Mais il ne faut pas pour autant déboulonner la statue. La ville de Saint-Louis au Sénégal porte le nom d’un roi français. Cela aussi peut poser problème. Il faut interroger ces noms de lieux. Mais pas pour effacer le passé. Car alors on effacera aussi la mémoire".

"Ces polémiques nous révèlent la persistance de racisme et de discriminations ", estime Karfa Sira Diallo. " Si des populations demandent la suppression des vestiges, c’est parce que elles éprouvent un manque de reconnaissance et de réparation. C’est compréhensible, mais ça nous empêche d’avancer. Il faut présenter l’histoire dans sa complexité. L’espace urbain devrait être un lieu d’histoire et pas seulement de mémoire. La mémoire trie, sélectionne et oublie. L’histoire, elle, est en mouvement : elle permet de construire un savoir".

Retrouvez l’interview de Karfa Sira Diallo par Eddy Caekelberghs dans Au bout du jour.

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