Erasmus au temps du coronavirus : les étudiants s’adaptent

Depuis 1987, plus de 10 millions d’étudiants ont participé à un échange ou projet lié au programme Erasmus. En mars 2020, la crise sanitaire battait son plein. Alors que le monde se confinait, beaucoup d’entre eux n’ont eu d’autre choix que de rentrer en Belgique. Un an plus tard, ces voyages sont parfois encore impactés par les mesures. Cela n’a pourtant pas empêché des milliers d’étudiants de sauter le pas. Une expérience différente des autres années et qui ne se passe pas forcément comme prévu.

Partir à l’étranger en temps de Covid, ce n’était pas gagné pour les étudiants qui ont décidé de se rendre en Erasmus. Cette année, le nombre de participants étaient beaucoup moins élevé que d'habitude. Malgré une forte demande, de nombreux séjours Erasmus ont dû être annulés. "Certains de nos étudiants n’ont pas pu se rendre là où ils devaient aller car il s’agissait d’échanges hors Union européenne. Ces annulations ne sont pas dues à nos choix. Elles ont été décidées par nos partenaires ou suite à la situation du pays", explique Sophie Henrard, responsable du département Erasmus à l’IHECS.

L’école a parfois décidé d’annuler elle-même les voyages ou les établissements ne proposaient que des cours en virtuel. À l’IHECS, "au premier quadrimestre, dès qu’il s’agissait de 100% virtuel, on a laissé tomber. Pour nous, cela empêchait de vivre l’expérience comme elle devrait être vécue". Parmi les déçus, certains ont quand même eu la chance de voir leur voyage être postposé à 2021.

Une fois sur place, un Erasmus (presque) normal

C’est une situation qu’a vécue Arthur. Étudiant en 3e année d’un bachelier en infographie et design à la Cambre, il a dû attendre février pour enfin se rendre à Lausanne. Malgré quelques craintes avant son départ, il a été soulagé une fois arrivé en Suisse. Là-bas, il peut participer en présentiel à certains cours. Une joie pour lui, qui ne se voyait vivre son expérience uniquement en distanciel. "En Suisse, si la bonne tenue du cours ne peut pas être faite de chez soi, alors on peut les suivre sur place. Les semaines sont donc assez variées car je peux alterner des semaines en 100% virtuel avec d’autres avec 2-3 jours en présentiel."

La seule différence, c’est qu’on ne crée pas le même type d’amitié qu’avant.

Du côté de Vigo, Marie, étudiante en traduction, n’a pas beaucoup connu l’enseignement à distance. "Quand je suis arrivée, les chiffres n’étaient pas bons en Espagne. Résultat des courses, je me suis retrouvée à suivre pendant 15 jours mes cours en 100% virtuel. Heureusement, depuis quelques semaines, la situation s’est calmée et j’ai repris la quasi-totalité de mes cours en auditoires."

Pour elle, la situation sanitaire n’a pas de réel impact sur les moments qu’elle peut vivre là-bas. "Depuis mon arrivée, j’ai pu faire connaissance avec plusieurs personnes sans aucun souci. La seule différence, c’est qu’on ne crée pas le même type d’amitié qu’avant. Ici, pas de tape sur l’épaule. On garde nos distances et nos masques mais cela n’empêche pas de passer de bons moments."

Erasmus à domicile

Tous n’ont pas eu la chance de pouvoir partir. Emeline (nom d'emprunt), 23 ans, avait prévu de suivre son deuxième quadrimestre au Danemark. Avant son départ, elle se réjouissait de pouvoir rencontrer des personnalités de tous horizons et de vivre "l’ambiance Erasmus". Alors qu’elle était prête à embarquer, elle a vu s’envoler ses espoirs de voyage avec la fermeture des frontières en place depuis le 27 janvier dernier. Les règles du côté danois n’étaient pas meilleures pour sa situation.

Pour aller dans le pays, il faut absolument avoir un permis de séjour. Une simple formalité pour les ressortissants de l’Union européenne mais qu’il faut demander une fois sur place. Du coup, l’étudiante n’a pas pu s’en fournir un. Une situation qui n’est pas facile à vivre pour elle. "Comme j’étais supposée partir, j’ai mis ma chambre en sous-location. Je n’ai donc plus de chez moi. Du coup, je vis en attendant chez mon copain avec une valise de 20kg et c’est tout."

Si les mesures sont encore reportées en avril, je tenterai de rentrer quand même au Danemark

Elle attend donc avec l’impatience d’avoir l’autorisation de partir. "En ce moment, ce sont un peu les montagnes russes. À chaque fois, on a un espoir et, lors des comités de concertations, rien n’est assoupli au niveau des frontières. Je ne sais pas si je pourrai partir un jour."

Cependant, si début avril, il n’y a pas d’amélioration de la situation, elle tentera le tout pour le tout. "Si les mesures sont encore reportées en avril, je tenterai de rentrer quand même au Danemark. C’est ce qu’on fait des étudiantes allemandes. Elles ont pris le train depuis Hambourg et une fois sur place, elles n'ont pas eu de problèmes. Les règles sont tellement floues que la police locale n’a pas eu les moyens de les renvoyer chez elles."

En attendant, elle ne peut se contenter que de suivre ses cours depuis Bruxelles. "Heureusement, les Danois se sont bien adaptés à l’enseignement en ligne. Nous sommes en un petit groupe de 14 étudiants, ce qui change des grosses classes que nous pouvons avoir dans mon université belge. Les cours sont différents aussi. On a une demi-heure de théorie puis on va en discuter tous ensemble. Ça ne remplace pas l’ambiance Erasmus mais ça aide à nouer des contacts."


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Pour les travaux de groupe, par contre, c’est un peu plus compliqué. Dans sa classe, la plupart des étudiants sont dispatchés chez eux, ce qui impose un peu d’improvisation. "Pour un travail, je devais faire une vidéo avec une fille qui était bloquée en France et une qui vit au Danemark. Je me suis retrouvée à filmer de chez moi pour qu’une des deux autres se retrouve à monter de chez elle et nous étions connectées sur Zoom."

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Certains, comme Emeline, se retrouvent donc à suivre leurs cours en 100% virtuel depuis la Belgique. © Tous droits réservés

Est-ce que les difficultés de cette année vont décourager les étudiants à partir à l’étranger ? À l’IHECS, la réponse est clairement non. L’école de communication et journalisme a même vu une hausse des demandes pour l’année académique prochaine. "Nous avons été très étonnés mais il semble que les étudiants veulent absolument partir après cette période qui nous empêche de voyager comme on le voudrait", explique Sophie Henrard qui espère ne pas voir certaines destinations être interdites au moment du départ. Un risque que les étudiants ont tenté d’éviter en se concentrant cette année sur des destinations européennes.

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