Entretien avec le directeur de l'OCAM: "La menace est plus diffuse que jamais"

Entretien avec Paul Van Tigchelt, le directeur de l'OCAM
Entretien avec Paul Van Tigchelt, le directeur de l'OCAM - © LAURIE DIEFFEMBACQ - BELGA

À l'occasion de l'ouverture du procès de Mehdi Nemmouche, le directeur de l' Organe de coordination pour l'analyse de la menace (OCAM), Paul Van Tigchelt, a accepté de nous accorder un entretien. Les lieux liés aux intérêts juifs sont toujours placés en niveau 3, soit une menace possible et vraisemblable. Dans le reste du pays, le niveau est fixé à 2, une menace peu vraisemblable. C'est le cas depuis maintenant un an.

L’homme se veut d'emblée prudent. Il commence cet entretien par cette mise en garde : "La menace est plus diffuse que jamais", affirme-t-il. "Aujourd’hui, la menace vient des loups solitaires comme Benjamin Herman à Liège ou encore Chérif Chekatt, le tireur du marché de Noël de Strasbourg." Et de préciser leur profil : "Ce sont souvent des personnes avec des problèmes économiques, psychiques ou encore psycho-sociaux qui se font manipuler".

Les loups solitaires sont très difficiles à repérer

Il est très difficile pour les services de renseignement et les services de sécurité de repérer ces individus avant qu’ils ne passent à l’acte.

"Ils n’ont pas eu de contact avec les zones de conflits, ils n’ont pas bénéficié de l’aide de réseau. C’est un réel défi de les repérer et de les identifier", admet-il.

La prison est le lieu de radicalisation par excellence

Une catégorie de personnes est très surveillée par l’OCAM, celle qui concerne les combattants qui sont partis en Syrie et qui en sont revenus. Ils sont connus par les services de police et fichés par l’OCAM. Parmi eux, il y a ceux qui sont en prison et ceux qui sont libres après avoir purgé leur peine.

Le passage en prison est un moment clé. "Il ne faut pas nier la vérité. La prison est un endroit où les gens se radicalisent parce qu’ils sont privés de leur liberté contre leur volonté. L’autorité est alors perçue comme un ennemi", précise-t-il.

Paul Van Tigchelt souligne le travail de collaboration nécessaire entre les différents services pour permettre un bon partage du flux d’informations. "Une fois que ces personnes sortent de prison, il faut que les autorités et les services de police soient au courant, mais également les bourgmestres. On peut ainsi réaliser un monitoring précis", explique-t-il.

Il faut réintégrer ces personnes

L’OCAM privilégie donc une approche multidisciplinaire en impliquant les services socio-préventifs dans les prisons. "Ces services doivent essayer, non pas de déradicaliser ces personnes, mais bien de les réintégrer dans la société. Il faut leur donner une perspective", avance le directeur de l’OCAM.

Paul Van Tigchelt reconnait toutefois une chose : "Le résultat n’est pas garanti, mais les services de sécurité sont là pour faire un monitoring après leur libération".

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