Entre écologie et économie, l'extension de l'aéroport de Nice au centre d'une querelle politique

Le terminal 1 de l'aéroport international de Nice Côte d'Azur le 25 juillet 2019
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Le terminal 1 de l'aéroport international de Nice Côte d'Azur le 25 juillet 2019 - © VALERY HACHE

A Nice, la bataille pour ou contre l'extension d'un terminal du troisième aéroport de France a opposé mercredi au tribunal administratif des associations dénonçant un "surtourisme" néfaste aux partisans du projet les accusant de "paranoïa écologique". D'ici vendredi, le juge des référés doit décider s'il suspend ce chantier, soutenu par le gouvernement et le maire de Nice Christian Estrosi, mais symbole pour des associations et un collectif citoyen d'une économie du "surtourisme", remise en cause dans d'autres villes du globe. "Notre maison est en feu, agrandir l'aéroport c'est y jeter du carburant", a plaidé Thierry Bitouzé pour ces associations de défense de l'environnement (Capre 06, France Nature Environnement Provence Alpes Côte d'Azur, FNE Alpes-Maritimes) et le Collectif Citoyen 06.

Il a cité l'exemple de Bristol en Grande-Bretagne "qui vient juste de décider de ne pas agrandir son aéroport". S'appuyant sur les projections du gestionnaire aéroportuaire niçois, il a calculé que les huit millions de passagers supplémentaires prévus d'ici 2030 équivalaient au nombre de voyageurs du projet abandonné de Notre-Dame-des-Landes près de Nantes et génèreraient 22.000 vols supplémentaires. "Combien de morts et de malades en plus à cause de ces huit millions de passagers et de ces 22.000 vols supplémentaires ?", a-t-il interrogé, au moment où les émissions carbone du transport aérien font débat. M. Bitouzé dénonce "l'indigence de l'étude d'impact environnemental".

"Paranoïa écologique" 

"Paranoïa écologique", a rétorqué Me David Jacquemin, avocat du préfet des Alpes-Maritimes qui a délivré le permis de construire en janvier.

Il s'agit d'"un ouvrage local aux incidences limitées", a-t-il soutenu, balayant "les fantasmes, les chimères et les arguments impalpables" des opposants à l'extension. Face à l'urgence sanitaire et environnementale invoquée par les associations, les avocats de l'Etat et du concessionnaire aéroportuaire ont eux plaidé l'urgence à démarrer les travaux pour "un tout petit bâtiment" qu'ils ont chiffré à 75 millions d'euros et ont nié tout projet de troisième terminal.

"On ne peut pas se permettre d'accueillir des gens comme des bestiaux ou dans des conditions de sécurité insuffisantes", a argumenté de son côté Me Jean-Pierre Boivin, défendant l'aéroport, privatisé en 2016 et "diabolisé" à tort. La plateforme aéroportuaire de Nice est contrôlée par un consortium associant la société italienne Atlantia (ex-Autostrade, filiale du groupe Benetton et gestionnaire de l'aéroport de Rome), EDF Invest et Monaco.

Lutte politique

A l'approche des municipales, les adversaires du maire LR sortant Christian Estrosi se sont emparés du dossier, questionnant l'économie touristique de cette ville de la Côte d'Azur et ses répercussions, y compris sur le logement avec l'essor des meublés de tourisme au détriment des habitants permanents.

"Se projeter dans un agrandissement de l'aéroport au détriment du climat est une absurdité", a dénoncé le leader écologiste Yannick Jadot en déplacement à Nice pour soutenir la liste Nice Ecologique (EELV, Cop21, AEI, Génération Ecologie) dont le chef de file Jean-Marc Governatori s'est engagé à stopper le projet s'il était élu. Pour la liste socialiste Nice au Coeur, "quatre millions de passagers supplémentaires à l'aéroport paraît déraisonnable, pour des questions de pollution et de desserte terrestre", indique Patrick Allemand, proposant de donner la priorité à la relance du rail. "Le Paris-Nice de nuit, c'est l'économie de trois navettes aériennes et un transport tout à fait acceptable... mais avec un changement de mentalité", dit-il.

A gauche des socialistes, la liste de rassemblement citoyen avec le Parti communiste et La France Insoumise, dit "trois fois non" à l'extension et plaide pour un référendum. La position est plus nuancée du côté du challenger Rassemblement national de Christian Estrosi, l'ancien identitaire Philippe Vardon: "Si le projet consiste uniquement à étendre l'aérogare, il n'y a rien de scandaleux", explique sa colistière Odile Texier. "Mais augmenter le trafic aérien et faire peser tout le poids écologique sur Nice alors qu'un passager sur trois séjourne dans la ville, cela ne nous semble ni souhaitable ni équitable".

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