Enseignement supérieur et inégalités sociales : "Encore aujourd’hui, un fils de médecin a plus de chance de réussir qu’un fils d’ouvrier"

Chems Mabrouk, présidente sortante de la Fédération des Étudiants francophones, était l’invitée de Matin première, afin de parler de cette année académique "sous covid" pour les étudiants et étudiantes du supérieur.

Cette session de juin 2021 a été particulière pour les étudiants de première année de psychologie à l’UCLouvain : à peine cinq d’entre eux, sur 645, ont réussi leurs 60 crédits du premier coup, un taux d’échec très impressionnant.

Pour Chems Mabrouk, il ne faut pas pointer du doigt un ou une responsable, mais "le système d’enseignement supérieur qui existe aujourd’hui, les inégalités qui existent et qu’on ne combat pas." Et d’insister sur cette tendance à mettre la responsabilité d’un échec sur l’étudiant seul : "on met une responsabilité individuelle, mais nous à la FEF on voit que l’enseignement est extrêmement inégalitaire, qu’en fonction de votre statut socio-économique, vous aurez plus ou moins de chance de réussir. On voit aussi un définancement qui mène à questionner le principe de l’accessibilité pour tous." Et que la promesse de la ministre Glatigny de remettre 50 millions par an à partir de 2024 : "ce n’est clairement pas suffisant, car l’enseignement supérieur travaille en enveloppe fermée."

Concernant cette première année de psycho à l’UCLouvain, c’est un cours à 14 crédits qui pourrait expliquer techniquement le taux d’échec assez élevé. "On craint une forme de sélection" de par ce cours à gros crédits, confirme la présidente sortante de la FEF. Et de critiquer au passage toute forme de sélection à l’entrée, ou au début, des études.

La première année sous covid a été assez particulière pour les étudiants, et le taux de réussite a été, globalement, meilleur que l’année précédente (+10%). Chems Mabrouk ne sait pas s’il faut y voir une forme de bienveillance, mais appelle à analyser la manière dont ces chiffres ont été établis, pour comprendre comment est calculé ce taux de réussite. "On nous a donné des chiffres bruts, après savoir ce que ça signifie vraiment, ça, on ne le sait pas." "En tout cas, on sait que les étudiants ont très mal vécu ces sessions d’examens. Toute cette période a été stressante, et le décrochage a été massif."

La réforme du décret paysage, "une forme de sélection"

Et de se demander : "Comment l’année prochaine, on va résorber les inégalités qui ont été créées" par cette crise ? La ministre Glatigny a promis différentes mesures pour les prochaines années, avec notamment un élargissement du gel du minerval. "La ministre doit prendre des mesures, elle a promis de le faire, mes successeurs s’assureront que les engagements qu’elle a pris resteront sur la table."

La nouvelle réforme du décret paysage fera en sorte que les étudiants seront obligés de passer leurs 60 premiers crédits en deux années, afin d’éviter de traîner des cours derrière soi durant tout son cursus. Pour Chems Mabrouk, la réforme telle que proposée "va rajouter une sorte de sélection à l’entrée des études. C’est extrêmement violent de dire à l’étudiant qu’il doit absolument réussir ses 60 crédits en deux années. Il faut d’abord s’attaquer à la racine du problème, soit les inégalités socio-économiques."

"Le problème de l’échec en FWB n’est pas que l’étudiant est particulièrement paresseux, ce sont les inégalités sociales, par exemple le fait qu’un étudiant sur quatre doive travailler durant ses études. Encore aujourd’hui, un fils de médecin a plus de chance de réussir qu’un fils d’ouvrier."

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