Enfants placés en institution : le difficile travail des éducateurs au temps du coronavirus

Travailleurs sociaux, éducateurs et éducatrices, psychologues, assistants sociaux : leur travail s’est largement complexifié depuis l’apparition du virus.

Depuis la suspension des cours dans les écoles, la réalité de ces professionnels a bien changé, explique Bernard De Vos, délégué général aux droits de l’enfant, interrogé sur La Première : "Ils connaissent des situations extrêmement complexes, et je pense évidemment notamment aux travailleurs sociaux qui bossent dans les services résidentiels et qui, pratiquement du jour au lendemain, se retrouvent à devoir gérer 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, une marmaille assez impressionnante".

On craint qu’ils s’épuisent à la longue

"Certaines institutions doivent encadrer une trentaine d’enfants dans des groupes verticaux de deux ans à 18 ans sans avoir de perspective réelle, et donc ça les oblige à beaucoup de créativité et à beaucoup d’engagements. Beaucoup sont sur le terrain, très volontaires, très dynamiques, très créatifs, mais c’est vrai qu’on craint qu’ils s’épuisent à la longue. C’est un peu ça la difficulté, c’est de ne pas encore voir vraiment le bout du tunnel et de devoir s’organiser sans savoir jusqu’à quand ça va durer".

Il n’y a pas de solution toute faite

Les éducateurs doivent être là 24 heures sur 24 et ce sont souvent des enfants placés par le juge, donc il y a des contextes familiaux très compliqués. Mais "il n’y a pas de solution toute faite, elle est au cas par cas. Certaines institutions sont très créatives et on a mis en avant des solutions il y a plusieurs semaines déjà. On réfléchit par exemple s’il n’est pas possible de ramener certains enfants dans des familles qui pourraient éventuellement les reprendre en charge et les confiner avec eux.

Pour ceux où ce n’est pas possible, il y a certaines institutions qui ont par exemple pensé à essayer de permettre à un enfant d’aller dans la famille d’un éducateur, mais ça pose des questions administratives, ça pose des questions légales : est-ce que ces éducateurs peuvent prendre en charge un enfant chez eux sans être connus comme famille d’accueil ?

Certains se sont mis en mode 'camp' : beaucoup d’institutions font des camps pendant les vacances. Certains disent : 'OK, à partir de demain, pour éviter que le virus ne pénètre dans l’institution et assurer la garde des enfants, on va travailler sept jours d’affilée, 24 heures sur 24 pour éviter les allées et venues'. Il y a beaucoup de solutions qui sont dans l’air, mais elles ont toutes des avantages et des inconvénients et elles sont compliquées à mettre en place", poursuit Bernard De Vos.

Protection du travailleur

Il y a aussi la question de la protection de ce travailleur par rapport au virus, ajoute-t-il : "C’est le cas pour les éducateurs qui travaillent dans les institutions, mais c’est aussi surtout le cas pour les éducateurs, les travailleurs sociaux et les psys qui travaillent en famille, qui vont rencontrer des familles qui sont en difficulté et qui doivent être accompagnées, les travailleurs sociaux qui travaillent en rue, au contact des SDF au Samusocial, dans les institutions qui brassent beaucoup de public.

La protection est donc effectivement très limite et à la longue on voit bien que les travailleurs sociaux se fatiguent et sont inquiets comme tout le monde. Les travailleurs sociaux sont aussi des êtres humains qui sont confrontés à des angoisses, à des peurs parfois incontrôlables et à un risque réel parfois à certains moments".


►►► À lire aussi : Toutes les infos sur le coronavirus


"Mon rôle est de faire un peu l’interface entre les institutions qui ne savent pas très bien où aller, qui sont confrontées à des difficultés. Par exemple: est-ce qu’on peut permettre à un enfant de rentrer dans sa famille le week-end comme il le faisait avant et de revenir dans l’institution le lundi parce que la famille n’est pas assez costaude pour reprendre le gamin en charge ? Mais rompre tout contact et toute relation avec la famille est quand même délicat en termes de santé mentale et en termes de bien-être des enfants et des familles. Ça pose des questions.

Donc, pour le moment, je fais l’interface entre les responsables politiques, les administrations et les services. Et je continue, avec mes collaborateurs, à répondre aux questions autour de l’application du droit de l’enfant. Il y a beaucoup de parents qui sont inquiets pour la suite de la scolarité de leur enfant.

On essaye donc de répondre à une série de questions, mais on s’est aussi mis en mode confiné, on travaille à domicile le plus possible parce qu’on est un service de troisième ligne et qu’on a envie de laisser la place aux services de première ligne pour être sur le terrain, en les encourageant le mieux possible", conclut Bernard De Vos.