Enfants de djihadistes belges en Syrie : comment les sortir des camps ? Que faire de leurs parents ?

Combien sont-ils ? C’est extrêmement compliqué d’y répondre. Les chiffres varient, mais ils seraient une quarantaine, une cinquantaine. Qui ? Des enfants belges en Syrie. Où ? Dans des camps, des "prisons à ciel ouvert", au Kurdistan syrien, à Roj, à Al-Hol. Qui sont-ils ? Certains ont été emmenés par leurs parents, enrôlés en Syrie pour se battre aux côtés du groupe terroriste État Islamique tandis que d’autres ont été enlevés par l’un de leurs parents. Et cela se complique encore lorsque certains sont supposés Belges, mais nés sur le sol syrien, sans certificat de naissance ni donc enregistrement à l’état civil.

Après de multiples rebondissements, judiciaires notamment, plusieurs retours opérés, le Premier ministre Alexander De Croo s’est engagé la semaine dernière à rapatrier tous les enfants de moins de 12 ans.

Sur le plateau de CQFD, la députée européenne ECOLO Saskia Bricmont a salué cet accord et a avancé trois raisons fondamentales qui ont poussé le gouvernement à agir : les conditions humanitaires "déplorables" sur place, une situation humanitaire largement dégradée, et aussi un principe de légalité. Regardez son intervention :

Comment aller les chercher ?

C’est toute la question. Car clairement, sur place, la situation se détériore. Le risque ? Perdre le contact totalement avec ces mères, avec ces enfants. Exemple dans un camp comme à Al-Hol, où certains disent même qu’il est hors de contrôle et que Daech est devenu " maître des lieux. "

"Il y a des femmes et des enfants belges dans les camps de Roj et Al-Hol depuis 2018 mais surtout depuis 2019, donc certaines familles sont là depuis longtemps ", avance Thomas Renard, chercheur à l’Institut Egmont. "Elles ont eu des trajectoires un petit peu différentes, et pendant une certaine période, on avait un accès, on savait plus ou moins ce qu’il se passait dans ces camps-là, soit via les autorités kurdes – avec lesquelles on a des contacts et des échanges – soit parce qu’il y avait du personnel humanitaire qui allait sur place et pouvait faire passer un certain nombre d’informations. Ces familles sur place avaient aussi, par exemple, souvent des smartphones et pouvaient communiquer avec leurs familles. Mais tout cela s’est fortement réduit ces derniers temps parce que les Kurdes ne rentrent quasiment plus dans les camps, parce que les smartphones sont confisqués dès qu’on en trouve, parce que le personnel humanitaire ne rentre plus que très peu dans cette partie du camp, et donc on a de moins en moins de vue, de compréhension sur ce qui se passe, on observe une dégradation de la situation, et donc l’analyse de risque est très difficile à faire", poursuit Thomas Renard.

Après l’état des lieux et le "repérage" de ces familles, encore faut-il pouvoir discuter avec les autorités locales pour effectivement les sortir des camps. Et là aussi, c’est loin d’être évident comme l’explique Thomas Renard ci-dessous :

Et puis, il y a toute la question des mères : faut-il les rapatrier ? Peuvent-elles être jugées en Belgique ou doivent-elles exécuter leur peine, si elles sont condamnées, sur place en Syrie ? Certains internautes, sur la page Facebook de l’émission notamment, se demandent s’il ne faudrait tout simplement pas les déchoir de leur nationalité belge. "Ce n’est pas un choix judicieux selon moi. Car ensuite, quoi ?" interroge Saskia Bricmont, eurodéputée verte. "Une personne déchue de sa nationalité est une personne sans droit. Typiquement, c’est une décision qui pousserait à se retourner vers ceux qui sont prêts à accueillir ces personnes, à savoir Daech, qui ne cherche que ça. Les rapatrier, c’est aussi une question de droit d’accéder à un procès équitable."

Un enjeu particulier pour le personnel pénitentiaire

Si ses mères sont effectivement ramenées de Syrie, cela posera la question des détenues radicalisées en prison chez nous. En principe, les autorités s’y sont préparées. "Il y a une particularité", entame le chercheur Thomas Renard : "La population carcérale féminine en Belgique est très limitée, elles sont entre 420 et 450. Il n’y a là-dedans que 9 femmes qui sont condamnées pour des faits de terrorisme ou de radicalisation. Donc en ramenant potentiellement 10, 13 femmes, on va plus que doubler cette population-là." Un enjeu important ? "Oui, et même si les autorités pénitentiaires ont été entraînées pour y faire face, il reste un problème structurel : la capacité des prisons à accueillir ces femmes, peut-être les séparer si besoin."

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