En immersion avec un 'patient Covid' : la vie ou la mort – Série 5/6

Les maisons de repos sont particulièrement touchées par la maladie, les personnes âgées étant la cible privilégiée du Covid-19. Mais les conditions là-bas sont chaotiques, car les maisons de repos ne sont pas prioritaires pour bénéficier du matériel de protection et de soins.

Elles manquent cruellement de personnel. Du coup, c’est la débrouille. Beaucoup font appel à des dons et depuis quelques jours, les militaires sont appelés en renfort dans certains homes. "Une équipe de Médecin sans Frontière est déjà venue deux fois pour nous donner des formations", explique Shirley Doyen, responsable du nursing à la résidence Christalain, à Jette. "C’était bien utile !". Dans cette maison de repos, 18 résidents sur 112 sont suspects ou confirmés Covid.

Équipée d’une charlotte, d'une blouse et d’un simple masque chirurgical, Shirley Doyen entre dans la chambre d’une dame âgée de 87 ans, qui revient de l’hôpital où elle a été testée positive. Aujourd’hui, son état semble se dégrader. La dame peine à respirer. "On va vous chercher de l’oxygène," tente de rassurer la nurse. "Son amie est décédée", m’explique-t-elle, "tout le groupe qui jouait aux cartes ensemble, ne se sent vraiment pas bien…Et le plus difficile, c’est que ça va très vite. On ne s’attend pas à une fin de vie. Des personnes nous ont quittées en deux jours ! C’est difficile à accepter…".

Les patients des maisons de repos, parfois, viennent dans les hôpitaux pour mourir. Un phénomène auquel les infirmiers et les médecins sont confrontés de manière inhabituelle… "Une dame est arrivée d’une maison de repos et en effet, elle était au bout de la maladie", explique Christelle Meurice, médecin infectiologue au CHU de Liège. "Même avec une haute dose d’oxygène, elle ne saturait pas bien. On a donc décidé de ne lui administrer que des soins de confort".

Le personnel médical donne alors des anxiolytiques ou de la morphine pour soulager ces patients, mais dans cet état, beaucoup sont inconscients. "C'est difficile pour l’équipe, parce que dans la même journée, on a eu trois fins de vie. C’est une situation inédite et émotionnellement, je pense qu’on ne sortira pas indemne de cette crise"…

Parfois, les médecins demandent une autopsie pour confirmer les causes du décès ou pour des raisons scientifiques. Gregory Schmit, médecin légiste à l’hôpital St-Luc, en a pratiqué déjà trois sur des patients Covid, au service du laboratoire de pathologie de l’hôpital. "On fait des prélèvements de plusieurs organes pour examiner au microscope si morphologiquement il y a des altérations spécifiques causées par le virus. On peut faire aussi des analyses de microbiologie ou de biologie clinique, plus centrées sur la recherche de l’action du virus. On peut également faire des recherches sur l’aspect moléculaire, au niveau de l’ADN ".

Ces analyses ont une visée scientifique. Elles permettront dans un avenir proche, de mieux connaître le coronavirus. "Aujourd’hui, il est trop tôt pour tirer des conclusions. Il faut avoir de nombreux échantillons avant de se prononcer. On y travaille…"

Heureusement, la majorité des patients guérissent du Covid. Nous sommes allés à la rencontre de Georgel Pancea, un patient âgé de 56 ans, qui lui, est sur le point de quitter l’hôpital le CHC de Liège. Il a été soigné dans l’unité de soins intensifs dédié aux patients atteint du Covid-19. Mais il aura besoin d’oxygène en rentrant chez lui, et cela, pendant plusieurs jours encore…

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK