En Belgique, un tiers des discriminations sont fondées sur des critères "raciaux" selon le dernier rapport d'UNIA

Dans son rapport annuel 2019, Unia, l'institution publique indépendante qui lutte contre la discrimination et défend l’égalité des chances, relève que le nombre de signalements et de dossiers sur la discrimination a une fois de plus augmenté.

"Le nombre de signalements individuels a progressé de 13,2% par rapport à 2018, tandis que le nombre de dossiers ouverts a grimpé de 6,9%. Sur les réseaux sociaux, nous avons constaté que le langage s’est durci, ciblant notamment les personnes en situation de handicap, les musulmans et les réfugiés", déclare Patrick Charlier, codirecteur d'Unia.

Un problème profond en Belgique

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En Belgique, un tiers des discriminations fondées sur des critères "raciaux" selon le dernier rapport d'UNIA © Tous droits réservés

Concrètement, sur les 8478 signalements relatifs à des faits présumés de discrimination, qui ont donné lieu à l’ouverture de 2 343 dossiers. Pas moins de 35,9% concernent une prétendue race, la couleur de peau, la nationalité, l’ascendance (juive) ou l’origine (nationale ou ethnique).

Pour le codirecteur d’Unia, le problème de discriminations raciales dans notre pays est profond : "Depuis toujours, un quart au moins des dossiers qu’on ouvre sont liés à ces critères dits raciaux. Pour moi, c’est l’illustration que la question du racisme reste un problème d’actualité". Une analyse qui repose également sur le nombre de signalements qui a presque doublé en cinq ans. Parmi les raisons évoquées par UNIA, la normalisation des messages de haine sur les réseaux sociaux et dans l'espace public.

Les critères raciaux en tête  

Si l'on examine le nombre de dossiers ouverts en 2019, il apparaît que les dossiers fondés sur des critères raciaux restent le groupe le plus important (951). Les dossiers sur le handicap suivent en deuxième position (614). Suivent d'autres catégories importantes tels que les dossiers relatifs aux convictions religieuses et philosophiques (336) et à l'orientation sexuelle (133). Les domaines où les comportements discriminatoires sont les plus souvent rapportés sont l'emploi avec 657 dossiers. Arrivent ensuite le logement, le transport, les produits bancaires et d'assurance avec 641 dossiers. D'autres domaines sont également touchés. C'est notamment le cas pour les secteurs des médias (346 dossiers), de l'enseignement (308 dossiers) et de la police/justice (81 dossiers).

Un durcissement du langage en ligne et en rue  

Parmi les éléments symptomatiques, le durcissement du discours sur les réseaux sociaux et dans la rue est particulièrement frappant pour Patrick Charlier : "Après les élections du 26 mai 2019, il n’y a plus eu aucune retenue (...) Certains ont vu les résultats de ces élections comme le signal qu’ils pouvaient se laisser aller. Le ton du débat social est devenu plus dur, plus brutal, plus agressif."

Solidarité de la part de citoyens

Une tendance qui semble se poursuivre en 2020. "Récemment, de nombreuses controverses sont apparues à propos du racisme et des actions de la police en Belgique, après la mort tragique de George Floyd aux États-Unis. Cela a été accompagné de nouveaux messages de haine. Heureusement, nous avons également constaté une réaction contraire : un courant d'actions de solidarité de la part de citoyens qui souhaitent que des mesures soient prises contre le racisme structurel."  

Reconnaître le caractère systémique et structurel des inégalités

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En Belgique, un tiers des discriminations sont fondées sur des critères "raciaux" selon le dernier rapport d'UNIA © Tous droits réservés

"Il y a dans notre société une sorte de consensus pour condamner le racisme en général et les comportements individuels de racisme. Si quelqu’un se fait agresser sur base de sa couleur de peau, il y a peu de monde dans le spectre politique, associatif ou autre qui va l’accepter ou le justifier", pointe Charlier. Mais admettre qu’il existe des situations de racisme individuel, ce n’est pas reconnaître le caractère systémique et structurel du problème, insiste le responsable d’Unia.

En d'autres termes, explique-t-il, nous vivons dans un système de reproduction des inégalités. "L'organisation de notre société a encore tendance à reproduire les inégalités" dans tous les domaines, que ce soit la santé, l'accès au logement ou encore au travail. Et c'est cela qui constitue notamment "le caractère structurel ou systémique", indique Patrick Charlier.


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Certains "acceptent de stigmatiser un comportement individuel mais affirment que notre société offre toutes les opportunités et que, si on est en échec, c’est une responsabilité individuelle", signale Patrick Charlier. Or le monitoring socio-économique montre en tout cas que l’organisation du marché du travail génère et reproduit pourtant bien les inégalités.

Banalisation ?

Patrick Charlier revient également également  sur une étude indiquant que la parole des uns peut être un déclic pour d'autres. "On a constaté par exemple, que le résultat des élections fédérale, avec la montée du Vlaams Belang avait légitimé, par rapport à une série d'internautes mais aussi d’interactions sociales, des paroles méprisantes, des propos que l'on entendait pas par le passé, disant par exemple en s'adressant à des personnes étrangères 'maintenant nous sommes là vous n'allez plus être en paix, nous avons gagné'. C'est ce genre de propos que nous avons vu à la suite des élections". 

L'âge également critère discriminant

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En Belgique, un tiers des discriminations fondées sur des critères "raciaux" selon le dernier rapport d'UNIA © Jasmin Merdan - Getty Images

Si les discriminations raciales et ethniques tiennent le haut du pavé, la discrimination basée sur le critère de l'âge inquiète également UNIA. En 2019, cela a représenté pas moins de 143 dossiers. Et UNIA, de rappeler la condamnation dont à fait l'objet la société Skeyes (ex-Belgocontrol) fin 2019

Le contrôleur aérien avairt en effet été condamné par le tribunal du travail de Bruxelles pour discrimination fondée sur l’âge. L’entreprise refusait d’inviter des candidats de plus de 25 ans à des entretiens d’embauche. Sept candidats contrôleurs aériens refusés en raison de leur âge ont finalement pu être indemnisés. UNIA avait porté le problème devant la justice après que les tentatives pour résoudre le problème à l’amiable n’aient pas abouti. 

Payer une prime trop élevée

"Si nous examinons le domaine de l’emploi, nous constatons que le processus de recrutement entraîne de nombreux problèmes. Les plus concernés par des problèmes de discrimination sont les personnes âgées de 45 à 64 ans. Les jeunes se plaignent plus souvent des difficultés d’accès au logement. Et les personnes âgées sont confrontées au fait qu'elles ne peuvent pas souscrire à une assurance ou doivent payer une prime trop élevée", précise Patrick Charlier. 

Le droit à la liberté de religion

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En Belgique, un tiers des discriminations fondées sur des critères "raciaux" selon le dernier rapport d'UNIA © yacobchuk - Getty Images/iStockphoto

Dans la plupart des écoles belges, le port de signes religieux est interdit, tant pour les élèves que pour les professeurs. En Flandre, il existe une interdiction générale du port de signes religieux dans les écoles publiques primaires et secondaires pour tous les élèves et les professeurs (à l’exception des professeurs de religion).

Le Conseil d’État a cependant jugé qu’une telle interdiction générale de tout signe philosophique ostentatoire à l’école constitue une interférence avec le droit à la liberté de religion. Malgré cela, le Raad van het Gemeenschapsonderwijs (Conseil de l’enseignement communautaire flamand) continue à appliquer ces interdictions.

 La question du voile

À Bruxelles et en Wallonie,  depuis 2010, UNIA a reçu plus de 300 signalements d’étudiantes musulmanes majeures. Elles sont confrontées à des écoles de l’enseignement supérieur qui interdisent le port du foulard ainsi qu’à la difficulté de trouver des entreprises ou des écoles qui leur permettent le port de signes religieux lors des stages.

Mais les signalements émanent également d’enseignantes en charge du cours de religion musulmane, à qui l’on interdit le port du foulard. Cette interdiction s’applique soit en dehors de leur salle de classe, soit parfois même au sein des salles de classe.Ces dernières  

Ces dernières années, le Conseil d’État s’est prononcé à plusieurs reprises sur des situations similaires et a annulé des dispositions interdisant le port du foulard aux enseignants en charge du cours de religion musulmane. UNIA, dans son rapport 2019 recommande à nouveau l’adoption d’une circulaire qui entérine la position du Conseil d’État en ce qui concerne le port des signes religieux par les enseignants en charge des cours philosophiques afin de lui donner une efficacité juridique. 

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