En Belgique, 424 000 enfants vivent sous le seuil de pauvreté

En Belgique, 424 000 enfants vivent sous le seuil de pauvreté
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En Belgique, 424 000 enfants vivent sous le seuil de pauvreté - © Tous droits réservés

Ce constat est posé dans une étude originale de l’IWEPS, l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statique. Il est cosigné par une économiste Anne-Catherine Guio et Christine Mahy du réseau wallon de Lutte contre la pauvreté qui apporte les témoignages des familles et des enfants.

L’option a été prise de croiser différents indicateurs afin d’approcher la réalité vécue par la population.Les enfants sont particulièrement touchés par la pauvreté en Wallonie. Le Wallon pauvre est un enfant dans un cas sur trois.

Une personne sur six vit en situation de pauvreté monétaire en Belgique, une sur cinq en Wallonie, une sur dix en Flandre et une sur trois à Bruxelles.

Vivre en situation de pauvreté monétaire : qu'est-ce que ça signifie concrètement ?

Le seuil de pauvreté est fixé en fonction du revenu de l’ensemble des personnes dans le pays.

En Belgique, pour une personne qui vit seule, vivre sous le seuil de pauvreté, c’est vivre avec moins de 1000 euros nets par mois. Pour un ménage de deux adultes et de deux enfants, ce seuil est de 2100 euros nets par mois.

Plus le pays est riche, plus le seuil est élevé et vice versa… C’est donc une approche relative. Par exemple, pour un isolé en Roumanie, le seuil de pauvreté est inférieur à 200 euros par mois.

Pour calculer le taux de pauvreté régional, on prend le seuil de pauvreté belge.

D’autres indicateurs basés sur les conditions de vie montrent la même chose : il y a deux fois plus de personnes touchées en Wallonie qu’en Flandre.

Et les enfants ?

En Belgique, les enfants sont proportionnellement plus nombreux à être pauvres que le reste de la population, quelque soit l’indicateur choisi – que l’on prenne un indicateur monétaire ou un indicateur basé sur les conditions de vie de ces enfants (avoir une nourriture saine, des chaussures, des vêtements, un peu de loisirs, quelques livres, etc.).

424 000 enfants vivent sous le seuil de pauvreté en Belgique

Près d’un enfant sur quatre vit sous le seuil de pauvreté ou subit la déprivation en Wallonie ,un sur dix en Flandre. Ce chiffre atteint 4/10 à Bruxelles.

Cette différence régionale ne résulte pas du seul différentiel de pauvreté entre la Flandre et la Wallonie/Bruxelles. Il s’agit bel et bien d’une vulnérabilité des enfants plus importante en Wallonie/à Bruxelles comparativement à la Flandre. Le Wallon/Bruxellois pauvre est un enfant (moins de 18 ans) dans un cas sur trois (il s’agit d’un enfant dans un cas sur 5 en Flandre).

Procéder à une comparaison régionale dans un pays comme la Belgique où la sécurité sociale et la taxation des personne physiques sont communes, permet de mettre en évidence, dit Anne–Catherine Guio, l’importance du contexte socio-économique et de l’histoire de chacune des régions mais également l’importance des politiques régionales, communautaires et locales. Cet exercice permet de montrer qu’à revenu égal, la pauvreté monétaire se traduit par des difficultés quotidiennes plus importantes en Wallonie qu’en Flandre. L’existence de dispositif publics ou privés qui permettrait, avec un même revenu, d’accéder à davantage de biens et services en Flandre pourrait expliquer cette différence. 

Les familles monoparentales d'abord touchées

En Wallonie, une famille monoparentale sur deux vit sous le seuil de pauvreté.

Cette situation est très préoccupante, car la pauvreté se traduit par de nombreuses privations vécues au quotidien par les enfants comme le montre l’analyse des indicateurs relatifs aux conditions de vie des enfants.

La pauvreté n'est pas une transmission culturelle

Comme le souligne Unicef Belgique (2010) : "Cette situation est inquiétante, parce que la pauvreté est bien plus qu’un manque de revenus. Elle touche les êtres humains - et en particulier les enfants - dans tous les aspects de leur vie. Une mauvaise alimentation, une santé fragile, un sentiment de honte et d’infériorité, une limitation des possibilités d’éducation ainsi que l’exclusion des activités sociales ne sont que quelques-uns des aspects ayant un impact négatif sur les différents domaines de vie et le développement des enfants touchés par la pauvreté".

L'impossibilité d'accès à certains biens: un mal surtout bruxellois

L'étude mesure aussi le taux de "déprivation matérielle". Par déprivation, l'étude entend l'impossibilité d'accéder à certains biens ou de réaliser certaines dépenses (chauffage, vacances, deux repas par jour contenant des protéines, etc.). En Belgique, les taux de déprivation sont inférieurs à la moyenne européenne. La Wallonie se situe juste au-dessus alors que la Flandre est au même niveau que les pays nordiques, la Suisse ou le Luxembourg. Bruxelles est quant à elle à nouveau en bas du classement, proche de la Grèce ou de Chypre.

Graphique : proportion d’enfants (moins de 16 ans), selon la région, qui vivent dans un ménage qui est dans l'impossibilité financière d'accéder à certains biens, ou qui cumule au moins trois problèmes, 2009.

La proportion de personnes touchées par cette déprivation est deux fois plus importante en Wallonie qu'en Flandre: 38 pc des Wallons ne peuvent pas faire face à une dépenses imprévue de l'ordre de 1000 euros. Et si l'on se concentre sur les besoins de base, comme le chauffage de son logement ou deux repas protéinés par jour, la proportion de personnes touchées est loin d'être négligeable: respectivement 10 pc et 6 pc de la population wallonne.

Cette situation est d’autant plus préoccupante que la transmission intergénérationnelle de la pauvreté est largement documentée par de nombreuses études: les dégâts faits par la pauvreté dans l’enfance diminuent les chances d’y échapper une fois adulte.

"Chez nous, on fait Noël quand je retouche, en février ou en mars"

"Les petits voulaient des pantalons à 10-15 euros… Ils veulent avec des dessins et des marques mais j’ai dit que ce n’est pas possible, ce sera 5 euros au marché. Partir en vacances ? Non, je ne connais pas. Une voiture : pas possible. Frais d’huissiers : 100 euros d’arrangements… S’il fallait compléter mes revenus ? Trop juste de 500 euros malgré les allocations de handicap mais il y a les frais."

F. Baré

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