Employés en pleurs: la charge de travail extrême pour les développeurs de Fortnite

Employés en pleurs: la charge de travail insurmontable pour les développeurs de Fortnite
Employés en pleurs: la charge de travail insurmontable pour les développeurs de Fortnite - © JUSTIN SULLIVAN - AFP

Avec ses 250 millions de joueurs, le jeu Fortnite a poussé son développeur Epic Games à engager beaucoup plus de main d’œuvre pour maintenir son succès tout en noyant ses employés dans une pression constante. Une enquête de Polygon révèle une culture du travail où les semaines de 100 heures qui se suivent ne sont pas rares.

Les mises-à-jour régulières du jeu proposent toujours plus de contenu pour les joueurs. Mais elle poussent aussi l’entreprise à travailler sous un régime de "crunch" permanent. Le crunch désigne la période qui précède le lancement d’un jeu où des heures supplémentaires sont nécessaires pour s’assurer que tout est bien prêt pour le jour J.

Je travaille en moyenne 70 heures par semaine.

Du contenu, du contenu et encore du contenu

Fortnite Battle Royale suit le modèle du "games as a service" ou "jeux services". Il permet une source de revenu constante. Après la vente initiale (le jeu est parfois offert gratuitement comme dans le cas de Fortnite), du contenu comme des objets cosmétiques ou des nouvelles armes et univers sont ajoutés de manière régulière. Combiné à l’élimination de bugs et aux événements saisonniers, les développeurs ne voient jamais vraiment la lumière au bout du tunnel, un mythe de Sisyphe moderne façon gaming.


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Si le travail est si difficile, c’est pour une double raison : se renouveler en permanence pour garder fraîcheur et compétitivité et amasser des sommes d’argent exorbitantes. Trois milliards d'euros de profit en 2018 selon TechCrunch.

Des employés au bout du rouleau

Polygon a enquêté auprès de nombreux employés : des CDD, des CDI et certains qui ont quitté le navire.

"Je travaille en moyenne 70 heures par semaine", dit un employé. "Il y a certainement entre 50 et 100 personnes qui travaille autant. Je sais que d’autres font des semaines de 100 heures. L’entreprise nous permet de prendre congé mais c’est quasiment impossible. Si je prends congé, la charge de travail sera distribuée aux autres et personne ne veut être ce genre de personne", déplore un employé d’Epic Games alors qu’un autre explique que certains de ses amis sont venu lui dire qu’ils n’en pouvaient plus, en pleurs.

C’est une vie de crunch difficile et éreintante. Tout le monde le sait.

Même si rien ne les oblige à faire des heures supplémentaires, les managers s’attendent implicitement à ce que les développeurs travaillent en régime de crunch. "Je connais certaines personnes qui refusait de travailler le weekend, ce qui nous a fait rater une date butoir parce que leur travail n’était pas fait et ils ont été virés", explique une autre source.

Salaires intéressants

Si le travail est difficile, la plupart des sources semblent concorder sur un point crucial : les salaires. "C’est une vie de crunch difficile et éreintante. Tout le monde le sait. Vous êtes payé plus d’argent que la plupart pourront se faire de toute leur carrière dans d’autres entreprises. La plupart des employés n’ont rien contre le fait d’être écrasés si vous leur donnez trois fois leur salaire en primes. Alors on la ferme, on garde la tête baissée, et on fait le boulot."

C’est en train de tuer des personnes.

Cette mentalité est surtout présente chez les jeunes qui font tout pour se tuer à la tâche, dans l’espoir d’être promus. Un comportement qui nourrit un environnement de compétitivité déjà dangereux pour la santé.

"C’est en train de tuer des personnes. Quelque chose doit changer. Au début, ça allait, Fortnite était un tel succès qu’on se sentait bien. Nous réglions des problèmes qui étaient neufs pour Epic : comment gérer un énorme jeu service. Mais maintenant, la charge de travail est tout simplement insurmontable."

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