Emmaüs, depuis 60 ans à Mons

Emmaüs, depuis 60 ans à Mons
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Emmaüs, depuis 60 ans à Mons - © I. Palmitessa

Les belles histoires commencent souvent par des rencontres. La création de la communauté Emmaüs de Ghlin par exemple est née de l'amitié entre un chanoine montois et le célèbre Abbé Pierre. Celui qui en 1954 avait réveillé la générosité des Français en lançant un appel à l'aide pour tous les sans abris jetés à la rue par la crise du logement de l'après-guerre. Après cela, les communauté Emmaüs s'étaient multipliées à travers la France. En Belgique, c'est donc par Mons que tout a commencé, en 1957. Dans le quartier du Pont-Canal d'abord et ensuite à Ghlin, à partir de 1975. Tout au long de ces soixante années, l'objectif est resté le même: accueillir les "laissés pour compte" comme dit le site internet de la communauté. Les "compagnons" comme on les appelle ici sont des hommes, de plus de 25 ans et souvent sans logement. Difficile d'en donner le profil type. Chaque histoire est unique. Anne-Marie Lestrade, l'une des administratrices de la communauté explique que la pauvreté a bien changé de visage en plus d'un demi-siècle: "on a une misère qui est beaucoup plus psychologique aujourd’hui, plus familiale, qui est toujours économique évidemment mais davantage liée à des accidents de vie. Et la misère touche une population de plus en plus jeune". 

Un toit, un travail, une raison de vivre

Le but depuis toujours a été d'offrir un toit à qui en a besoin, mais contrairement aux maisons d'accueil, il n'y a pas de limite dans le temps. "Certains restent quelques semaines, d'autres parfois plus de cinq ans" nous dit le Président d’Emmaüs Ghlin, Vincent Lannoije. En échange du gîte et du couvert, les membres de la communauté doivent travailler. "Comme dans n'importe quelle maison, il faut s'acquitter des tâches: ranger, nettoyer et il faut gagner de quoi payer les factures - explique Anne-Marie - car nous ne recevons pas de subsides". Le travail consiste à récolter, trier et valoriser ce que la société rejette. Tous les objets qui ne servent plus. Mais parfois aussi des objets neufs, des fins de séries offertes gracieusement par des entreprises et des magasins. Vaisselle, vêtements, meubles, livres, tableaux... Les articles réparés, en bon état sont soigneusement exposés dans les différentes pièces du magasin. Le rayon le plus impressionnant est celui des verres, des centaines de tailles, de modèles, de services qui font le bonheur des collectionneurs et des petits budgets.

Le dépôt, royaume de Willy

Parmi les huit compagnons qui vivent en ce moment à Ghlin, il y en a un que l'on pourrait appeler le "maître de maison". Willy Ninove est bénévole, il vit ici par choix. "J'étais cadre dans une multinationale et à cinquante ans, j'ai tout arrêté, j'ai fait mes valises et je me suis lancé dans le bénévolat. Je ne le regrette pas!". Willy nous ouvre la porte du dépôt, c'est là que sont rangés les objets offerts, en attendant le tri. Tout ce qui ne peut pas être vendu fait l'objet d'un tri sélectif qui permet de valoriser les matériaux. "On nous offre des choses étonnantes parfois, raconte Vincent Lannoije, nous avons déjà eu un kayak, des voitures, des tableaux de maîtres, une croix de pierre tombale". Un anniversaire, c'est évidemment occasion de se souvenir des anecdotes, des belles histoires et des crises aussi (la communauté a connu plusieurs épisodes de fermetures). C'est également l'occasion de rendre hommage à la quinzaine de bénévoles qui offrent leur temps et leur énergie pour continuer de faire vivre le rêve de l'Abbé Pierre. "Et nous pourrions être plus nombreux" ajoute le Président. L'appel est lancé...

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