Emmanuelle Papleux, pneumologue : "Nous ne sommes pas prêts à supporter une 2e vague"

Cela fait maintenant plus de deux mois que l’épidémie de coronavirus s’est imposée dans notre pays. Deux mois pendant lesquels le personnel soignant a tout donné pour lutter contre la maladie. Aujourd’hui, alors que le nombre d’hospitalisations est en baisse, c’est l’heure d’un premier bilan.

"Ces huit semaines ont été épuisantes pour l’équipe. Aussi bien physiquement que psychologiquement. On a mis notre vie privée de côté pour se consacrer aux patients", déclare Emmanuelle Papleux, pneumologue pour les hôpitaux bruxellois Iris Sud, sur le plateau du journal télévisé de 13h.


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La médecin, à la tête d’une unité Covid sur le site de Bracops à Bruxelles, insiste : "Nous ne sommes pas prêts à supporter une deuxième vague. Les équipes sont très fatiguées. On demande à l’ensemble de la population de faire très attention."

Emmanuelle Papleux raconte alors ce jour de mars où elle découvre dans le journal télévisé de la RTBF un reportage sur la situation en Italie. "Ça a vraiment été un coup de tonnerre, se souvient-elle. L’Italie, c’était proche de nous, un système de santé proche du nôtre. Ce n’était pas lointain, ce n’était pas la Chine."


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Passé l’électrochoc, place à la préparation. "On s’est dit qu’on devait s’organiser", poursuit la pneumologue. "Très vite, dans nos hôpitaux, il y a eu ce dynamisme, cette volonté de créer quelque chose d’efficace." Le problème, c’est que le Covid-19 est une maladie encore mal connue. "Il fallait gérer cette nouvelle pathologie"… et avoir du matériel en suffisance.

Les mêmes masques pendant trois jours

"Tous les masques de tous les services ont été recentralisés à un seul endroit pour permettre une distribution bien réfléchie." Malgré ça, les protections manquent. "On a dû garder des masques pendant trois jours de manière successive", rapporte Emmanuelle Papleux. Et ce jusqu’à ce qu’un système de stérilisation efficace soit mis au point pour les masques FFP2.

Chaque jour, la gestion des nouveaux cas génère "énormément de stress et d’anxiété" pour ces soignants qui "ne quittaient pas l’unité de toute la journée".

Jusqu’à cette lueur d’espoir "quand on a commencé à voir nos premiers patients revenir des soins intensifs après trois ou quatre semaines sous respirateur".

Pendant ce temps, la solidarité et l'effort collectif dépassent les murs de l’hôpital. Les médecins unissent leurs connaissances, partagent, discutent, échangent, y compris sur les réseaux sociaux… "On a appris au fur et à mesure", souligne la spécialiste qui évoque "un groupe Facebook avec 15.000 médecins français, suisses, belges".

Fatigue physique et psychologique

Mais la fatigue est bien là. Physique et mentale. Emmanuelle Papleux décrit la solitude dans laquelle des patients, privés de contacts directs avec leurs proches, sont décédés. Certains ont pu échanger quelques mots avec leur famille par téléphone. Pour d'autres, le départ s'est fait "sans aucun contact".

Après avoir géré jusqu’à 100 patients infectés au coronavirus en même temps (pour un total de 620 en huit semaines), les hôpitaux bruxellois Iris Sud en accueillent pour le moment 35. Les unités Covid vont donc fermer les unes après les autres. Le repos ? Ce sera pour plus tard. "On a repris notre activité depuis ce lundi, sans aucune transition. On est toujours en plan d’urgence hospitalier."

Dans le même temps, "nos hospitalisations classiques n’ont pas arrêté. On a énormément de patients qui sont là pour d’autres pathologies". Et les consultations ont, elles aussi, repris leurs cours. "Nos patients chroniques ne pouvaient plus rester à domicile sans être vus ou avec des consultations téléphoniques."

Pas question donc de relâcher la vigilance à quelques jours d’une nouvelle phase de déconfinement en Belgique.

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