Migrants, exclus... "Sans un système de soins de santé accessible à tous, l'épidémie va toujours rejaillir", affirme Emmanuel André

Emmanuel André en appelle à ouvrir nos systèmes de soins de santé à tous.
Emmanuel André en appelle à ouvrir nos systèmes de soins de santé à tous. - © THIERRY ROGE - BELGA

"La capacité de l’Europe à contenir l’épidémie du coronavirus en cette période de déconfinement sera largement déterminée par sa capacité à fournir un accès universel et inclusif aux systèmes de soins de santé aux populations les plus vulnérables, comme les migrants et les autres personnes exclues ". Simple. Lapidaire. Un tweet bref dans le style d’Emmanuel André, l’ex porte-parole du centre de crise interfédéral de lutte contre le covid-19, aujourd'hui chargé de coordonner le contact tracing.

Et c’est écrit en anglais, histoire de bousculer la sphère des pays européens. Nous avons contacté Emmanuel André pour en savoir plus. Il assume. Pour lui c’est à la fois une question sanitaire et une question humaine. De toute façon, "les deux sont liées". Voici ses explications.

Pouvez-vous préciser votre pensée concernant ce message posté ce jeudi soir sur Twitter ?

Nos systèmes de soins de santé sont performants même s’ils ont été mis à rude épreuve. Et nous sommes en train d’éviter que nos systèmes doivent faire à une nouvelle poche d’épidémie. Ce que l’on sait des autres épidémies et de ce qui s’est passé en Asie, qui a une avance sur nous avec l’épidémie, c’est que sans un système de soins de santé inclusif, universel, l’épidémie va toujours rejaillir et ces populations vulnérables vont toujours servir d’amplificateur.

Si l’on veut éviter des nouveaux foyers importants dans nos pays il faut offrir ces services à tout le monde, sinon on aura toujours des caisses de résonance.


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Et ce n’est pas le cas en Belgique ?

En Belgique, les services médicaux doivent travailler avec les services administratifs car nous avons besoin d’identifier les personnes pour les soigner. C’est beaucoup plus compliqué de travailler avec deux systèmes parallèles comme on a aujourd’hui. On perd en efficacité et en énergie.

Le problème c’est la question de l’enregistrement administratif. Aujourd’hui, ce système parallèle touche aussi bien les migrants et que les personnes qui travaillent à la Commission européenne et que l’on ne peut pas identifier. Et pour les personnes vulnérables, l’accès au système de soins de santé est difficile. Et demain ce seront aussi les simples voyageurs qui ne font que passer.

Il faut que ce système de soins de santé soit à 100% inclusif. Il faut lever les barrières. Le problème c’est qu’à chaque étape administrative on perd du temps et on décourage les gens.

Mais ça concerne tous les pays européens, c’est pour ça aussi que j’ai tweeté en anglais, pour attirer l’attention des pays européens.

En quoi ces populations peuvent représenter un risque dans la propagation de l’épidémie ?

Lorsque l’on observe les pics de l’épidémie, les moments où l’on a été le plus exposé, on se rend compte que ces populations l’ont été tout autant. Car ces populations font partie de notre communauté. Et certaines collectivités sont davantage à risque, ce sont souvent des populations précarisées où la distanciation sociale est impossible, parfois, comme dans la situation des camps, les personnes sont enfermées et le virus aussi.

C’est à la fois une question scientifique purement et simplement mais aussi une question humaine. Et en médecine d’ailleurs, les deux aspects sont toujours liés.


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