Emmanuel André : "La situation reste grave mais nos efforts commencent à payer"

CQFD, Ce Qui Fait Débat, en mode grand entretien : 25 minutes quotidiennes avec un.e spécialiste, pour vous aider à mieux comprendre la crise du coronavirus, mais aussi pour vous permettre de poser toutes vos questions (via l’adresse mail cqfdrtbf@rtbf.be). Notre invitée, ce mercredi : Emmanuel André, Porte-parole interfédéral pour la lutte contre le covid-19.

Les chiffres officiels du jour sur l’évolution de l’épidémie de coronavirus en Belgique sont encourageants à certains égards : pour la première fois, il y a plus de personnes qui sont sorties de l’hôpital que de malades qui y sont rentrés en 24 heures.

Autrement dit, il y a un petit peu moins de personnes hospitalisées dans les services dédiés au covid-19 chez nous. Par ailleurs, le nombre de morts, lui, reste élevé : 205 décès annoncés aujourd’hui.

Le pic est-il passé ? Trop tôt pour le dire

Pour Emmanuel André, il ne faut pas se réjouir trop vite : "Les hôpitaux sont encore très chargés. Il reste des milliers de personnes hospitalisées, des personnes parfois très malades. Les efforts que nous faisons depuis des semaines commencent à porter leurs fruits, mais ça doit continuer. On cherche tous des signaux encourageants et aujourd’hui, il y en a, mais la situation reste grave".

Le porte-parole covid-19 encourage donc à maintenir les efforts malgré les beaux jours et la tentation de sortir, "c’est trop tôt pour relâcher".

Nous pensons donc être dans la bonne direction mais il faut encore attendre quelques jours pour bien comprendre si le pic est derrière

La diminution, pour la première fois, du nombre d’hospitalisations signifie-t-elle que le pic est passé ? Pour Emmanuel André, on semble s’approcher de ce pic.

La question est maintenant de savoir si la courbe va redescendre aussitôt ou si nous sommes plutôt au début d’un "plateau". "Pour observer une tendance, on fait peu attention aux chiffres au jour le jour. Il faut qu’une évolution se confirme sur 3, 4, 5 jours pour être certain que c’est une tendance qui ne serait pas liée à des événements ponctuels. Nous pensons donc être dans la bonne direction mais il faut encore attendre quelques jours pour bien comprendre où l’on va".

Les hôpitaux tiennent bon

On le sait, le taux de remplissage des hôpitaux n’est pas homogène sur le territoire belge, la situation n’est pas pareille dans chaque hôpital, certains sont presque saturés d’autres ont encore beaucoup de lits disponibles pour accueillir des patients covid-19.

Globalement, il n’y a pas de saturation. Emmanuel André rappelle que le système hospitalier belge a fortement augmenté sa capacité d’accueil en soins intensifs ces dernières semaines. De telle sorte que "s’il se confirme bien que nous arrivons à un pic ou un plateau, non, nous n’aurons pas atteint ce niveau de saturation des hôpitaux et c’était bien l’objectif de toutes les mesures prises".

Hier, derniers chiffres disponibles, 1276 étaient aux soins intensifs pour une capacité de 1900 lits dans le pays.

Le déconfinement prendra du temps

Pour le moment, les mesures de confinement sont d’application jusqu’au 19 avril. Pour Emmanuel André, il est illusoire de croire que tout va revenir à la normale le 19 avril : "Plus grand monde n'y croit et il ne faut pas y croire. Il faut se préparer à une autre logique. Une logique qui va sembler longue à certains. Maintenant que le pic est peut-être passé, qu’on arrive dans une zone où l'on sent que la situation est sous contrôle, il faut quand même maintenir des règles pour éviter que ce virus ne se propage à nouveau et de revenir à une situation difficilement contrôlable". Il ne faut donc surtout pas aller trop vite.

Pour ce faire, un groupe d’experts a été mis en place début de semaine pour établir une stratégie de déconfinement et un phasage dans le temps pour éviter une sortie brusque. "Il faut absolument accompagner la réouverture d’un niveau de sécurité. Une sécurité qu’il faut bien mesurer. Il nous faut donc, pour cette longue période de reprise, bien monitorer la situation, avec des indicateurs les plus précis possible de l’impact de ce que nous faisons pour éviter que des choses ne se développent de nouveau à une échelle que nous ne voulons pas. En sachant que ce virus restera et qu’il restera donc toujours un risque résiduel".

CQFD, Ce Qui Fait Débat, en mode grand entretien : 25 minutes avec un spécialiste pour nous aider à mieux comprendre/vivre la crise du coronavirus. Chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h35 sur La Trois. L’entièreté de l’émission à revoir ci-dessous :