Emir Kir sur la vaccination Covid à Saint Josse : "Dès qu'on évoque AstraZeneca, les gens ne vous parlent plus"

Saint Josse est la commune la plus pauvre du pays, c’est également la commune qui enregistre le plus faible taux de vaccination contre le coronavirus auprès des + de 65 ans. Pour la première dose, le taux atteint à peine 51% dans cette commune bruxelloise, contre 80% à Woluwe-Saint-Pierre, 3 kilomètres plus loin. Quels sont les groupes sociaux les plus sujets à l’hésitation vaccinale, quels sont les moyens mis en œuvre pour surmonter ces obstacles ? Invité de La Première ce mercredi, le bourgmestre de Saint Josse Emir Kir a répondu à ces questions.

Selon lui, "il y a une corrélation claire entre la situation socio-économique de la population et la vaccination". En lien avec cette pauvreté, le bourgmestre de Saint Josse pointe la fracture numérique, c’est-à-dire l’inégalité d’accès aux technologies de l’information. "Comme dans toutes les communes qui ont une population modeste, la fracture numérique est très présente à Saint Josse. Les gens n’ont pas toujours accès à des ordinateurs, ne comprennent pas toujours la technique. Et comme l’inscription à la vaccination se fait par application, c’est très compliqué pour certains d’y accéder," explique Emir Kir.

Nous n’avons pas la liste des personnes qui ont refusé de se faire vacciner

Sachant cela, continue-t-il, "des campagnes d’information ont été lancées. Notre call center répond dans 8 langues. Nous avons mis en place des points d’information. Résultat : au marché sur la place Saint Josse, 18 personnes ont été inscrites à la vaccination". Mais le problème, souligne-t-il, c’est que "nous n’avons pas la liste des personnes qui ont refusé ou qui n’ont pas été contactées pour se faire vacciner. Nous faisons ce travail un peu dans le brouillard."


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Emir Kir demande donc : "J’aimerais que le ministre bruxellois Alain Maron nous donne la liste des familles, des personnes qui n’ont pas pu être contactées. Avec nos gardiens de la paix, nos travailleurs sociaux, nous avons la proximité. On ne demande que ça depuis trois mois : se mettre à la disposition de la Région et du fédéral pour aider."

Un facteur religieux ?

Le ministre bruxellois de la Santé, Alain Maron, avait déclaré lundi sur nos antennes :"Après le ramadan, plus de Bruxellois iront se faire vacciner". Que pense Emir Kir de cette explication ?

"Je crois qu’il y a peut-être un effet parce qu’avec le ramadan certaines personnes se lèvent un peu plus tard", réagit-il. Selon lui, l’explication est toutefois un peu légère parce que "ça fait 3 mois que la campagne a été lancée et le ramadan vient de commencer." Il insiste: "Je crois que les gens voudraient se faire vacciner. "

Méfiance vis-à-vis des vaccins ?

Les habitants de Saint-Josse ne sont-ils pas quand même plus enclins à l’hésitation vaccinale, à la méfiance ? Ça dépend, selon Emir Kir. "Si vous parlez d’AstraZeneca, c’est foutu. Mais que vous alliez chez les Belges, les Turcs ou les Congolais, c’est la même chose. Il n’y a plus personne qui a envie d’en entendre parler sur le terrain. Dès qu’on parle d’AstraZeneca, les gens ne vous parlent plus", explique-t-il. "Pourquoi ? Parce que la communication nationale et internationale ont été catastrophiques", continue-t-il.

Toutefois, Emir Kir insiste : "En général, les personnes demandent à avoir un accompagnement pour se faire vacciner. Et à chaque fois qu’on en met un en place, on y arrive."

Ces prochaines semaines, le bourgmestre de Saint-Josse se montre sceptique et même inquiet quant au respect des mesures sanitaires. "L’adhésion aujourd’hui n’existe plus dans le chef d’une partie de la population. Les gens en ont marre. Ça fait 7 mois à Bruxelles qu’on est sous cloche", déclare-t-il. "Le 8 mai ce sera la libération. Mais à 22 heures, on va demander aux restaurants de fermer leurs terrasses. Sauf que vous pensez que les gens vont s’arrêter ? Non. Ils vont se concentrer sur les places." Il demande donc: "Ouvrez les centres culturels, les centres de fitness… Évitez de concentrer les gens dans des espaces publics."

Dans un autre registre, Emir Kir a été interrogé sur la reconnaissance du génocide arménien par Joe Biden, chose jamais faite avant par un président américain, afin de ne pas fâcher l’allié turc de l’OTAN. Le bourgmestre de Saint-Josse, d’origine turque, reconnaît-il lui-même le génocide ? Emir Kir a simplement répondu : "Au Parlement, j’ai été de ceux qui ont approuvé, à un moment, la commémoration de cet événement."

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