Electrifier les voitures ancêtres pour moins polluer

La conversion des voitures ancêtre à la propulsion électrique, une nouvelle niche du marché automobile
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La conversion des voitures ancêtre à la propulsion électrique, une nouvelle niche du marché automobile - © Creative Commons

Depuis le 1er juillet dernier, le centre-ville de Paris est interdit à la circulation des véhicules datant d'avant 1997. A l'heure où de plus en plus de métropoles envisagent de suivre l'exemple de la capitale française, comment concilier passion pour les voitures old-timer et réduction de l'impact environnemental ? Quelques amoureux de belles mécaniques anciennes pensent avoir trouvé la solution: convertir leurs bijoux sur roues à la propulsion 100% électrique!

La survie des ancêtres passe-t-elle par la fée électricité ?

Laurent Blond est un jeune ingénieur français amateur de voitures vintage et fondateur de la société Ian Motion. "Acheter une voiture électrique neuve pour réduire son impact sur la planète, c'est bien; mais jeter une voiture ancienne fonctionnelle à la casse, c'est un non sens écologique." D'où l'idée de chercher une solution pour revaloriser les old-timer et leur assurer une certaine pérennité. Il s'agit d'ailleurs d'une pratique courante de l'autre côté de l'Atlantique, où la réglementation en termes de modifications des véhicules est beaucoup plus flexible qu'en Europe.

Nicola Venuto, ingénieur sicilien tout aussi passionné, s'est lancé dans une aventure similaire. "J'ai relevé le défi de donner une deuxième vie presque éternelle à des voitures anciennes, sans pour autant renoncer à leur identité et à leur histoire", raconte-t-il. L'autre objectif de sa société Newtron, c'est de professionnaliser la transformation des véhicules à moteur thermique en voitures électriques. "Nous ne sommes pas les premiers à convertir des ancêtres à l'électricité, un certain nombre de particuliers l'ont déjà fait avant nous, mais nous avons lutté pour obtenir le statut de 'constructeur automobile' afin de créer une filière professionnelle".

Techniquement, pas si compliqué

Les voitures choisies par Laurent Blond et Nicola Venuto sont deux voitures mythiques: l'Austin Mini et la Fiat 500. Compactes et légères, elles constituent la base idéale pour une voiture électrique urbaine. En plus de proposer 4 places pour le conducteur et ses passagers, ce que les voitures électriques modernes de moins de 3 mètres, comme la Smart EV, ne sont pas en mesure de garantir.
 

Autant pour la petite anglaise que pour le pot de yaourt italien, la conversion en voiture écologique ne pose pas de grand défi technologique majeur. "Tous les composants nécessaires à la transformation - des batteries au moteur électrique en passant par l'électronique et les câblages - sont facilement accessibles. On a dû se montrer créatifs seulement pour arriver à connecter le nouveau moteur à la boîte de vitesse d'origine", explique Nicola Venuto. Qui propose d'ailleurs plusieurs configurations techniques, pour s'adresser à différents profils de clients. Il y a même un modèle homologué pour deux passagers, immatriculé en Italie comme un quadricycle et donc accessible dès 14 ans. "Nous avons également une version dont les performances sont équivalentes à celles de le Fiat 500 d'origine, sans le bruit et sans la pollution bien sûr."

En Belgique, on mise plutôt sur l'avenir

Chez nous, le pionnier de la mobilité électrique s'appelle Xavier Van Der Stappen. Explorateur, ethnographe, journaliste, auteur, entrepreneur... il est surtout le concepteur d'une nouvelle marque automobile 100% belge appelée "Icare", dont le premier modèle, la "333", sera présenté à l'occasion du prochain Salon de l'Auto de Bruxelles. "Mon premier projet de voiture électrique fut la conversion d'un ancêtre en 2011, mais j'ai fini par le remettre dans son état d'origine quelques années plus tard. Notamment parce que chez nous, le gros problème c'est l'impossibilité d'obtenir une nouvelle homologation pour ce genre de véhicule. Entre la lourdeur administrative et la nécessité d'obtenir l'autorisation du constructeur, c'est mission impossible".

La législation étant plus favorable à ce genre de transformations en Italie et en France, ceci explique donc cela. "De toute façon, en Belgique il n'y aurait pas assez de demande de la part des consommateurs pour des véhicules ancêtres électriques, qui en plus posent des problèmes de sécurité car ils ne sont plus adaptés aux conditions de circulation actuelles." Et quid de la fiabilité des composants à long terme ? Autant de raisons qui ont poussé l'entrepreneur belge à se lancer dans la production de voitures électriques certes, mais modernes.

Conversion oui, mais à quel prix ?

Autre frein, et non des moindres: la conversion électrique d'une voiture ancienne a bien évidemment un prix. La charmante Fiat 500 Newtron coûte entre 16 800 euros et 19 500 euros en fonction de la version choisie. Si vous préférez la "so British" Austin Mini, il faudra compter environ 40 000 euros, restauration et peinture comprise, même si "le coût des batteries baisse d'année en année, et que notre prix de vente diminuera si la demande augmente" promet Laurent Blond. Sans oublier le prix environnemental lié à la fabrication des batteries, dont le bilan carbone est toujours une donnée assez floue.

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