Électricité : la Belgique pourra-t-elle vraiment sortir du nucléaire en 2025?

Pour "Le Scan" du JT de 19h30, nous nous sommes intéressés à la production d’électricité dans une période chargée : l’hiver. La Belgique est privée, pour le moment, de trois réacteurs nucléaires, sur les sept en activité. C’est 2 GW (gigawatts) de moins qu’en temps "normal". La situation est moins alarmante que l’an dernier, où seul un réacteur était en fonctionnement. Reste qu’il faudra rester vigilant tant du côté d’Elia, le gestionnaire du réseau d’électricité, que de celui des producteurs, par exemple le leader du marché chez nous, Engie-Electrabel. L’atmosphère est à l’apaisement chez l’un comme chez l’autre.

Le spectre du black-out s’éloigne…

Reste que pour passer l’hiver sans black-out, il nous faudra importer de l’électricité. Une opération basique, en temps normal : tous les jours nous achetons (ou vendons) de l’électricité à nos voisins. Ce sont les prix qui guident les actions des fournisseurs belges. Il arrive – plus qu’on peut le penser – qu’acheter de l’électricité aux Pays-Bas, en Allemagne ou en France (voire en Grande-Bretagne) est moins cher que de la produire chez nous.

Il s’agit, comme nous l’explique le responsable de la gestion du portefeuille "Europe occidentale" d’Engie-Electrabel Vincent Verbeke, d’atteindre un "équilibre" entre production et consommation tout en essayant de fournir l’électricité la moins chère possible. Lorsque celle-ci vient à manquer, lorsque nos capacités de production ne sont plus suffisantes, l’importation est indispensable pour la Belgique. "Nous sommes dépendants des pays qui nous entourent" confirme Vincent Verbeke.

Nos capacités d’importation ont augmenté ces dernières années. Sur le papier, nous pouvons importer 5,5 GWh (gigawatts-heure). C’est quasi la moitié des pointes de consommation les plus élevées, autour de 12, voire 13 GWh. De quoi donc, cet hiver, éviter les mauvaises surprises. Car tous les interlocuteurs que nous avons interrogés sont formels : sauf catastrophe, le spectre d’un black-out s’éloigne pour cet hiver.

Sortir du nucléaire en 2025 : "5 chances sur 10"

Nous avons rencontré Marie-Christine Marghem, la ministre fédérale de l’Energie. Elle critique durement ses prédécesseurs, tous gouvernements confondus, insiste sur le fait que le gouvernement sortant est le premier à avoir réellement avancé sur la question de la transition énergétique. Ainsi, elle ne donne que "5 chances sur 10" - car "commencer avec un retard de 15 ans, c’est se donner moins de chance de réussir" - à la sortie totale du nucléaire en 2025.

Julien Vandeburie est l’un des meilleurs experts Ecolo sur la question de l’énergie. Il a coécrit, avec Jean-Marc Nollet et Jean-Luc Bastin, "Terre-Mer-Soleil : 10 mensonges nucléaristes et 3 scénarios verts" aux éditions Etopia. Julien Vandeburie est tout sauf un supporter du nucléaire, pourtant, il l’admet, sortir totalement de l’atome en 2025 sera compliqué : "Le but ce n’est pas d’être dogmatique et de vouloir tout fermer. Le but est d’assurer le bien-être et la sécurité de tout le monde. Est-ce que c’est grave en 2026 ou 2027 ? Non, bien sûr. Mais un moment il faut prendre un cap, une direction, ce qui a manqué par le passé."

Ces deux prises de position d’acteurs pas toujours d’accord sur la question du nucléaire sont rejointes par l’une des voix les plus respectées chez nous, lorsqu’il est question de climat : Jean-Pascal Van Ypersele. L’ancien vice-président du GIEC estime qu’il faut maintenir quelques centrales ouvertes, "à condition que la sécurité soit garantie." La balle est désormais dans le camp du politique. Rappelons que dans la seule note Magnette qui a fuité pour le moment, l’informateur royal écrit que le calendrier de sortie du nucléaire "sera respecté et mis en œuvre. […] Le gouvernement identifiera, endéans les 3 mois de son installation, les besoins alternatifs nécessaires, afin de garantir la sécurité d’approvisionnement." Et si ce besoin passait par la prolongation, tout de même, de deux voire trois centrales ?

 

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