Élections 2019: les obstacles au " Votez Femmes "

Le nombre d’élu.e.s dans les différents parlements après les élections de ce 26 mai est tombé, les statistiques le montrent: si la plupart des organes politiques voient le nombre de femmes élues politiques augmenter, l’égalité n’est pas encore au rendez-vous.

A la Chambre, elles sont désormais 43,3% de femmes élues contre 39,3% à l'issue des dernières élections de 2014. A Bruxelles, elles sont 44% (pour 40,2% lors des élections précédentes). Au sein de ce parlement bruxellois, PTB, Ecolo, MR ont plus de femmes politiques élues que d'hommes.

Le PS se contente quant à lui de 5 femmes sur 12 quand les partis flamands en comptent 6 femmes sur 11.  Sur les 124 élu.e.s que compte le parlement flamand, 59 sont des femmes, soit une proportion de 47,6%. C'est davantage qu'à l'issue des élections régionales de 2014, lors desquelles 55 femmes avaient été élues (44,4%).

Le Vlaams Belang, la N-VA et le sp.a sont les seuls partis qui comptent moins de femmes élues que de députés masculins. 9 femmes figurent parmi les 21 Belges élu.e.s dimanche soir au Parlement européen, soit deux de plus qu'à la fin de l'actuelle législature.

« Stagnation » 

Au total, avec 41,3% de femmes députées, le parlement wallon voit une légère hausse depuis 2014 (une élue supplémentaire).

« Je constate une certaine stagnation, notamment au Parlement wallon. En Flandre, par contre, le nombre de femmes politiques élues a bien augmenté. Depuis l’installation des systèmes des quotas et de la tirette (qui exige l’alternance entre les genres placés en tête de liste à Bruxelles et en Wallonie), les écarts commencent à se réduire, il y a des différences régionales bien sûr mais le nombre d’élues stagnent autour des 40-45%», explique Caroline Close, chargée de recherche (FNRS) et enseignante en science politique à l'ULB.


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«Je pense que le fait de voter pour des femmes peut tout à fait donner un signal fort aux partis même si cela passera aussi par un changement graduel dans la société en général. En tout cas, il faut faire en amont le choix du parti, regarder quel parti parle de la parité, quelle importance il donne à ce thème et quelles mesures il mettra en place une fois au pouvoir. Voter femmes pour des partis d’extrême-droite peut s’avérer contreproductif », continue-t-elle.

« Combien de ces femmes vont se retrouver dans des gouvernements? »

La place que les partis accordent aux candidates en interne est aussi essentielle. «Il  est  également de la responsabilité des partis politiques de veiller à mettre en place un fonctionnement soucieux de l’égalité entre les hommes et les femmes. Cela passe par une sensibilisation régulière des militant-e-s à l’importance de la participation à la vie politique. Ils doivent porter une attention particulière à ce que les femmes se sentent inclues, au même titre que les hommes, dans le processus démocratique. Et que cela ne passe pas seulement par le droit de vote mais aussi par la participation directe à la prise en décision en se  portant  candidates sur les listes électorales et en participant aux structures décisionnelles de leurs instances», écrivaient les Femmes Prévoyantes Socialistes lors des élections de 2014.

Et en 2019?  «Ce qu’on peut voir, c’est qu’Ecolo est le parti qui donne la plus grande importance aux femmes, ça se voit aussi dans la manière dont le parti s’organise. Le PTB également, dans une moindre mesure. Le CDH s’en sort aussi pas mal généralement, notamment parce que les valeurs du parti sont celles de la famille et de la petite enfance qui sont traditionnellement associées aux femmes. Le parti a aussi eu une présidente, ce qui a pu encourager la participation des femmes. Un cas contre-intuitif est celui du Parti Socialiste. Si on regarde son programme et ses slogans, l’égalité hommes-femmes fait partie des revendications mais la stratégie finit par l’emporter et c’est l’un des partis qui scorent le moins bien en terme de femmes élues. C’est difficile de penser à une femme marquante du côté du PS. Il y a bien Laurette Onkelinx ou Karine Lalieux mais c’est tout. Si le MR fait mieux au niveau de la représentation, ce qu’on voit dans le parlement bruxellois par exemple, les arguments avancés sont différents: on sait que les partis de droite vont plus argumenter sur la capacité des femmes en tant qu’individus à réussir, là où les partis de gauche vont inscrire les inégalités entre les hommes et les femmes au sien des inégalités de la société en général», explique encore Caroline Close pour qui la plus grosse inconnue demeure.

«Combien de ces femmes vont se retrouver dans des gouvernements après les coalitions? Voilà ce à quoi il faudra rester vigilant dans les prochains jours. Un plafond de verre existe vraiment en politique: il y a un certain nombre de femmes élues, il y en a moins qui entrent dans la composition des gouvernements et il y a encore moins qui arrive à une fonction élevée comme celle de ministre-président. Il y a aussi la question du portefeuille qu’on leur donne. Il y a très peu de femmes qui reçoivent des postes régaliens comme la défense ou les finances, même au niveau communal. Elles sont plutôt cantonnées à la petite enfance, à l’enseignement, à la culture, etc. On devra donc vérifier si elles accèdent aux parlements et si elles accèdent à des portefeuilles considérés comme plus importants», conclut-elle. 

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