Election présidentielle: les sondages faussent-ils le scrutin?

Election présidentielle: les sondages faussent-ils le scrutin?
Election présidentielle: les sondages faussent-ils le scrutin? - © LIONEL BONAVENTURE - AFP

A deux jours des élections présidentielles françaises, interrogeons-nous sur les sondages avec Marc Dumoulin administrateur délégué de l’Institut de sondages belge, Dedicated. Quel regard porte-t-il sur la campagne en France?

Est-ce que les sondages n’ont pas parfois imposé le tempo de cette campagne assez particulière?

En tout cas, il en sort quotidiennement et ils ont par exemple, surtout ces dernières semaines, alimenté l’intérêt pour le candidat Mélenchon, qui fait une remontée fulgurante. Si on regarde la quinzaine de sondages sortis sur les 15 derniers jours, ils sont plutôt stables pour les deux premiers, Emmanuel Macron et Marine Le Pen. En plus, il y avait pour le candidat Macron comme disait un de mes collègues français il y a quelques semaines, pour lui un intérêt bienveillant, une curiosité bienveillante à son égard. Depuis lors, il s’est armé, il a des soutiens de poids.

Il passe très bien dans les congrès, dans les débats contre les autres candidats, il consolide, il est chaque fois considéré comme le meilleur, donc il donne le sentiment que ça se solidifie bien. Du reste, aux questions "est-ce que vous êtes certain que vous allez voter pour ce candidat?", il a énormément progressé.

Les partisans de Le Pen étaient déclarés très tôt et ceux qui se sont déclarés vont probablement continuer à voter pour cette candidate, mais il reste qu’il y a 30 % d’indécis. Et dans ces indécis, parmi lesquels il y a énormément de personnes en colère, fâchées contre la société, on risque d’avoir un grand captage de voix par Mélenchon, qui est en très forte progression. Depuis le début du mois, il a pris 10 points en intentions de vote. Il est devant Fillon maintenant, qui semble ne plus devoir trop bouger, il est vraiment trop empêtré dans différentes affaires, son image est trop écornée par ces affaires et il a maintenant eu récemment quelques démêlés avec des médias qui lui ont refusé l’accès parce qu’il commandait les questions, etc. Donc Mélenchon pourrait faire basculer les choses.

Est-ce que les sondages ne rendent pas les électeurs calculateurs? À partir du moment, par exemple, où un électeur de gauche qui veut voter Hamon se dit, sur base des enquêtes d'opinion, que c’est Mélenchon qui peut l’emporter grâce au sondage, est-ce que ça ne fausse pas tout le jeu?

Est-ce que ça fausse le jeu ? À un moment donné, même s’il y a une grande diversité d’électeurs de gauche, un électeur de gauche va préférer retrouver au second tour un candidat de gauche. Et, en ce sens, Mélenchon est plus proche que les autres candidats de la sensibilité des électeurs d’Hamon. Donc maintenant que les sondages le crédibilisent, le mettent en possibilité, je parle ici de marge d’erreur, d’aller chercher cette deuxième place chez Marine Le Pen sur un territoire qui est assez similaire.

A savoir, les gens fâchés sur la société. Effectivement, il y a une possibilité de se retourner vers Mélenchon, donc il rallie des électeurs de Hamon. D’autant que Mélenchon semble faire ça plus dans la joie que dans la haine, dans la colère noire, que ne le fait Le Pen.

Difficile de ne pas évoquer ce qui s’est passé hier. Est-ce que l’attentat aux Champs-Élysées peut avoir un impact ce dimanche sur le vote et renforcer un vote Le Pen? 

Je ne pense pas parce que pour avoir sondé les populations belges et françaises sur le ressenti de la menace terroriste, ce ressenti est encore très élevé, on vit avec ça, c’est permanent. Il n’y a plus grand-chose à rajouter.
Ce n’est pas une nouveauté. Emblématiquement, les Champs-Élysées, on en parlait énormément, mais ce n’est pas le plus gros attentat, il vise spécifiquement la police. Je ne pense pas que ça devrait changer fortement les choses.

 

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