Egypte : quand les industriels wallons étaient les rois de la modernité au pays des pyramides

1830 à 1952, la Wallonie a été l’une des premières puissances industrielles au monde. Mais les ouvriers et les ingénieurs de la région du Centre, les capitaines d'industrie de Haine Saint Pierre, de Morlanwelz, ou de Charleroi, ont été particulièrement actifs en Egypte, où ils ont érigé des ponts, installé des voies ferrées ou encore un réseau électrique.  Une exposition au musée de Mariemont, retrace cette folle histoire qui a fait d'une partie de la Wallonie, le centre du monde.

L'exposition "Made in Belgium", installée au cœur du site minier de Bois-du-Luc, classé au patrimoine mondial de l'Unesco, nous plonge au temps de l'expansionnisme belge.

Les grands industriels belges de l'époque, Raoul Warocqué ou Edouard Empain, poussés par le roi Léopold II, partent vers l'Egypte où le canal de Suez est en chantier. Les grandes familles industrielles wallonnes s'installent alors au pays des pharaons où elles se spécialisent dans la construction métallique et le ferroviaire. Les Belges construisent des centaines de ponts et installent, notamment au Caire, des tramways et des lignes ferroviaires pour y mettre leurs trains. "Les tramways et les locomotives sont une spécialité belge ", explique l’un des conservateurs, Arnaud Quertinmont. " La majeure partie du réseau de trams du nord de l’Egypte était géré par des sociétés belges, et le matériel provenait directement du bassin du Centre et du bassin liégeois ".

Constitution des collections égyptologiques belges

Au même moment, les collections d'antiquités égyptiennes se constituent en Belgique. " La plupart des grands patrons, des ingénieurs et des diplomates belges, sont tombés amoureux du patrimoine égyptien. Ils ont apporté le savoir-faire belge et sont repartis avec le savoir-faire égyptien qu’ils ont acquis auprès d’antiquaires égyptiens ", explique le conservateur.

Statuettes, colliers et autres masques de momies deviendront alors, le noyau des collections égyptologiques publiques belges, installées aux musées du Cinquantenaire, de Mariemont ou de Verviers.

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Statuettes égyptiennes visibles à l'exposition "Made in Belgium" © RTBF

Une véritable empreinte belge en Egypte

Les belges marquent l'Egypte en créant entièrement la ville d'Héliopolis, ou en aménageant Alexandrie et Le Caire, où le pont d'Embabeh de 480 mètres de long, construit en Belgique, est considéré, encore aujourd'hui, comme étant l'Atomium des cairotes.

Les plans d’époque du fameux pont, conservés près de La Louvière, s’avèrent toujours utiles aujourd’hui : "Il y a près d’une vingtaine d’années, les ingénieurs égyptiens sont venus consulter les plans et les archives pour retrouver des données techniques utiles pour le rénover ", explique Arnaud Quertinmont. 

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Le pont d'Embabeh du Caire - 480 mètres de long, construit en Belgique © Tous droits réservés

Le moindre boulon ou le moindre rivet, mais aussi la structure ont été pensés à Morlanwelz au début du XXème siècle chez Baume et Marpent. Aujourd’hui il ne reste rien des usines, juste des noms de rues.  

La deuxième guerre mondiale, a détruit les usines wallonnes et l’indépendance de l'Egypte et les nationalisations qui s'en suivirent mirent un terme à cette présence importante des belges, et singulièrement des wallons dans le pays.

Aujourd'hui encore, certains groupes belges sont toujours présents dans le delta du Nil.

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