Frédéric Martel sur l'Église catholique: "Ce n'est pas l'homosexualité qui est contre-nature, c'est la chasteté"

« Sodoma », c’est le titre d'un ouvrage, paru aux éditions Robert Laffont le 21 février et qui fait grand bruit. Dans son livre, Frédéric Martel révèle les résultats de son enquête au cœur du Vatican sur la place de l’homosexualité au sommet de l’Eglise. Un livre choc, dans lequel l’auteur pointe les incohérences entre les discours de l’Eglise, et les pratiques de certains de ses dirigeants.

Dans son livre, Frédéric Martel explique que l’Eglise s’est installée comme refuge de ce que la société civile refusait d’assumer, à savoir l’homosexualité. Les fils de familles se retrouvaient dans l’Eglise pour pouvoir y vivre une homophilie, une homosexualité latente, opprimée ou assumée. « Quand vous étiez homosexuel, ou homophile (un homophile est un homosexuel qui est chaste, qui ne pratique pas), ou tout simplement quand vous n’étiez pas trop attiré par les filles, vous deveniez prêtre. C’est une règle sociologique, et c’est le chemin qu’ont suivi des centaines de milliers de prêtres. Que des cardinaux ou des évêques soient homosexuels, cela ne me pose aucun problème, c’est autorisé par la loi. En revanche il y a un problème avec l’Eglise, mais c’est le problème de l’Eglise et pas le mien. Mais cette majorité silencieuse a des effets sur la doctrine et sur tout le fonctionnement de l’Eglise, et aussi sur ses dysfonctionnements » dit-il, interrogé sur La Première, dans les émissions Au bout du jour et Matin Première.

Je pense que la situation est  la même pour les religieuses avec le lesbianisme 

La société étant plus ouverte aujourd’hui, l’Eglise perd cette raison d’être. « Cela ne veut cependant pas dire que ces prêtres n’étaient pas dans leur foi. Bien souvent ces prêtres homosexuels étaient d’ailleurs parmi les plus rigides en termes de liturgie, ce sont de grands intellectuels théologiens, etc. »

« Je pense que la situation est d’ailleurs la même pour les religieuses avec le lesbianisme. » Il se défend de faire un amalgame entre pédophilie et homosexualité : « L’amalgame est fait par l’Eglise. Depuis des décennies, on y explique que la pire chose au monde c’est l’homosexualité. Et jusqu’à la fin du pontificat de Benoît XVI, les abus sexuels n’étaient pas discutés dans l’Eglise, et pas ou peu sanctionnés ». Frédéric Martel dénonce « la culture du secret » qui règne au sein de l’Eglise, et « la capacité qu’elle a de mentir constamment pour protéger ses prêtres, une sorte de cléricalisme homosexuel. »

Ce n’est pas mon job que de changer l’Église. Moi j’ai fait le boulot, c’est aux gens maintenant à s’approprier le livre et à ceux qui le souhaitent de changer l’Eglise

Après le pape mal informé et le pape naïf, le pape François doit agir, estime l’auteur. « Je crois que le pape François est très au courant de tout ce qui se passe. Autant Jean-Paul II était probablement mal informé par son entourage et ne savait pas ce qu’il se passait réellement et le taux très important d’homosexuels pratiquants, y compris dans ses proches collaborateurs. Autant Benoit XVI était probablement très naïf à l’égard de son entourage, où il voyait parfois des personnes un peu homophiles mais dont il ne pensait pas qu’elles pouvaient agir sexuellement. Autant François est très au courant de tout ce qui se passe. Pour François, il est temps de changer les choses. »

«Mais en même temps c’est très compliqué parce que c’est une théocratie, il y a une majorité relative peut-être, mais qui lui est très hostile et on voit bien que même sur les abus sexuels, ils ne veulent pas que l’on règle ces problèmes. Il y a des cardinaux très influents qui ont dit que ce n’était pas aux hommes de juger les évêques, mais à Dieu. Avec ce type de raisonnement on voit bien à quel point l’Eglise est en retard sur tout ça », poursuit-il.

« L’Eglise ne peut pas continuer comme ça. Elle ne peut pas, chaque mois, avoir un nouveau scandale, devoir faire face à de nouvelles affaires. L’Eglise va mourir si elle continue comme ça. Il faut qu’elle change et cela passe forcément par une remise en question de la chasteté et des vœux de célibat. Ce n’est pas l’homosexualité qui est contre-nature, c’est la chasteté. »

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