Égalité homme-femme en politique: "L'équilibre, c'est une manière de faire frein à la violence"

Alors que l'on vote ce dimanche, les femmes restent peu nombreuses en politique. Et si elles sont bien présentes sur les listes, à peine une tête de liste sur quatre est une femme. Dans certaines communes bruxelloises, il n’y a même aucune liste électorale emmenée par une femme.

Pourtant, pour ces élections, le principe de parité va plus loin puisque le système de la tirette - l’alternance homme-femme sur les listes électorales - est désormais obligatoire. Mais est-ce vraiment suffisant pour briser le plafond de verre ? 

Sylvie Lausberg, vice-présidente du Conseil des Femmes Francophones de Belgique confirme que si les femmes sont sur les listes, "elles ne sont pas forcément aux places éligibles. Et c'est ça un petit peu le problème".  

Cette historienne et psychanalyste (elle a consacré plusieurs ouvrages à la place des femmes dans la société contemporaine) rappelle que "dans la politique belge, on a évolué d'un système qui était purement et uniquement masculin. Jusque dans les années 70' c'était très compliqué pour les femmes d'avoir des places en politique, malgré les lois qui leur permettaient d'être élues, et aujourd'hui, on voit que l'on plafonne à une place sur cinq. Donc cela reste très disparate par rapport à la proportion de la population puisqu'il y a 51% de femmes et 49% d'hommes en Belgique"

Très peu de femmes pour tirer les listes, pourquoi ?

Pour Sylvie Lausberg, c'est une question de mentalité qu'il faut changer. "Je crois que tous les dispositifs permettent aux femmes de rentrer dans un monde qui reste très machiste et où maintenant elles ont quand même des places. Mais c'est au fond le reflet de la société dans son ensemble. On le voit dans les conseils d'administration, les CEO's, elles sont très peu (3 sur 20, par exemple, dans les entreprises du BEL20). Dans les hautes fonctions de l'administration, c'est pareil (1 poste de direction sur 5). On voit qu'il y a une difficulté d'abandonner ce qui était un privilège. Les sytsèmes permettent que les femmes rentrent dans le monde actif (politique ou d'entreprise), mais il y a un moment où elles n'acquièrent pas les places de décision"

Et de rappeler que l'"on vient d'une situation où la place des femmes a dû se conquérir avec beaucoup de ténacité" et que "cela reste compliqué"

La difficulté, ajoute-t-elle, ce n'est pas seulement de trouver des femmes, mais aussi de faire en sorte qu'elles restent. Au point qu'elle se demande "s'il n'y a pas une difficulté d'accepter que l'égalité, c'est moitié-moitié", histoire de permettre aux femmes "d'avoir un rapport à leur profession et à ce que cela suppose être une femme en politique" (horaires particuliers, situation précaire, etc.). "Je pense que c'est tout ça qui fait qu'il y a peut-être une difficulté de trouver des femmes, mais d'un autre côté, il y a aussi un plafond qui est mis par ceux qui ont déjà des postes".

Pas question pour cette historienne de parler d'auto-censure des femmes car "ce serait encore leur faute finalement. Je pense que c'est la structure de la société dans son ensemble qui doit porter cet idéal d'égalité et de parité. Et la question de la conciliation de la vie familiale et professionnelle, c'est évidemment un enjeu fondamental et très démocratique. On voit que cela change. On a maintenant des couples où il y a une meilleure répartition. Mais les structures publiques ne tiennent pas encore compte de ça".

Autrement dit, "il y a un vrai travail sur les mentalités à faire".  

"On les jauge d'abord sur leur apparence"

Force est de constater que beaucoup de femmes ont encore peur de rentrer en politique. "Il y a la question de la peur mais aussi de la perception", explique Sylvie Lausberg. "C'est à dire que les femmes sont perçues en politique très souvent comme des alibis et elles sont d'abord jaugées sur leur apparence et pas sur la façon dont elles font de la politique".  

Et de donner en exemple ce cas à Verviers où la bourgmestre a été insultée sur les réseaux sociaux avec menaces de mort "et aussi une manière de faire croire qu'elle est arrivée là en couchant". Ce qui est un peu le cas "pour beaucoup de femmes politiques qui arrivent à des postes de pouvoir. Disons que quand elles sont candidates au conseil communal, cela va encore. Échevine, bon...Mais alors bourgmestre, pire ministre, (...) il y a un sexisme  qui repousse les femmes dans leur place de femme. Donc, elles ne sont pas d'abord du personnel politique, elles sont d'abord une femme".  

Or, "ce serait quand même un très bon signal que d'avoir, là où on prend les décisions pour l'ensemble de la population, la moitié d'hommes et de femmes".   

Et de préciser qu'il ne s'agit pas d'une question féministe. "C'est la question de représenter la population". Les femmes ne sont pas une minorité. "C'est la moitié de la population. Donc, ce n'est que logique dans une société, qui se dit démocratique, qu'elle soit au poste comme les hommes"

"Il faut briser finalement un carcan"

Mais ce changement de mentalité, "ce n'est pas naturellement, de façon soft et presque spontanée que cela va se faire. Il faut briser un carcan qui était celui d'un monde uniquement masculin. Et c'est très bon pour les hommes aussi parce que les hommes vont pouvoir aussi un peu souffler, avoir une vie qui est plus équilibrée par rapport à leurs aspirations, qu'elle soit familiale ou de loisirs ou autre. Maintenant, il y a une place pour chacun. Et ensemble, les femmes et les hommes peuvent avoir un impact pour une société plus équilibrée. L'équilibre, c'est aussi une manière de faire frein à la violence", conclut-elle.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK