Effet positif du coronavirus ? Un exceptionnel "carnet rose" en Camargue

Jamais les salins d’Aigues-Mortes en Camargue n’avaient vu autant de naissances de "bébés" flamants roses. Dépassant rarement le millier, les naissances ont été multipliées par dix cette année : 40.000 heureux "parents" veillent sur près de 16.000 boules de plumes… grises (car les poussins ne sont pas tout de suite roses). Cet exceptionnel "carnet rose" a plusieurs explications, notamment une tranquillité exceptionnelle due au confinement.

En trente-cinq ans de carrière, Thierry Marmol, le garde des Salins du midi, n’a pu observer une telle quantité de "poussins" qu’à de très rares occasions. La crèche, cet endroit où ils nichent aux tréfonds des bassins d’extraction de sel, est peuplée de 16.000 petits flamants tout gris. Cette année, les naissances ont été multipliées par dix, un phénomène intervenu à trois reprises seulement depuis les années 1980.

Chaque parent nourrit exclusivement son poussin

À 7 heures pétantes, à l’heure où le soleil fait le plus scintiller le rose des bassins, Thierry Marmol nous offre une visite privée. À quelques semaines, les petits craignent le moindre bruit et les silhouettes humaines. Il est rare de pouvoir autant les approcher. Nous observons le va-et-vient des "parents", qui se déplacent en couple. Ils vont chercher de la nourriture à quelques kilomètres à la ronde – en eau salée ou douce. "Ils se remplissent le jabot de plancton et de micro-crevettes puis reviennent régurgiter la nourriture dans le bec des petits poussins, explique-t-il. Le plus extraordinaire, c’est que chaque parent nourrit exclusivement son poussin ! Ils arrivent à reconnaître grâce aux cris des jeunes flamants, où est leur progéniture au milieu de cette nuée d’oiseaux."

Au bout de dix semaines, les petits prennent leur premier envol, par exemple vers le parc ornithologique du Pont de Gau, voisin des salins. Frédéric Lamouroux, passionné d’ornithologie, a poursuivi l’œuvre de son père et de son grand-père en faisant vivre ce lieu très naturel, tout juste aménagé pour permettre aux visiteurs d’observer les espèces de près. Ici, nous trouvons une femelle de l’année – adolescente, si l’on veut filer la métaphore : "Il se peut tout à fait qu’elle soit née dans les Salins. Mais peut-être vient-elle aussi de Catalogne ou de Sardaigne", raconte Frédéric Lamouroux.

La vie d’un jeune flamant gris n’est pas facile. 30% de ces oiseaux meurent avant leurs premières années. "Leurs deux premières années sont délicates, ils doivent apprendre à échapper aux prédateurs, à ne pas faire d’erreur dans leurs déplacements, pas se lancer dans une traversée de la Méditerranée tout de suite, longer les côtes et devenir opportuniste, ce qui est vraiment le trait de caractère de cet oiseau." À 4 ans, ils deviennent adultes et à leur tour reproducteurs.

Des oiseaux protégés en Camargue

Dans les années 1970, les flamants roses étaient très rares en Camargue. Puis sous l’impulsion d’ornithologues passionnés comme Alan Johnson, une politique de protection a été mise en place pour attirer cet oiseau migrateur, devenu aujourd’hui l’emblème de la région. Des îlots sont notamment aménagés pour aider à la nidification dans les salins. Mais cela n’explique pas l’exceptionnel carnet rose 2020. Les spécialistes ont d’autres explications : l’hiver très doux – et cette année plus que jamais – la tranquillité absolue durant la période de confinement. "C’est en mars et avril que les oiseaux prospectent justement, reprend Thierry Marmol. Cette année, il n’y a pas eu de dérangement aérien puisque tous les vols comme les ULM et les petits avions touristiques avaient été suspendus."

Dès l’automne, les danses nuptiales vont commencer, et de nouveaux couples se former. Une belle période pour observer leur pas de deux dans les airs.

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